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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207480

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207480

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207480
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantADJA OKE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 octobre et 1er novembre 2022, M. D A, représenté par Me Adja Oke, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2022, par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer un emploi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elle sont entachées d'un vice de procédure, tiré de la méconnaissance des articles R. 425-11, R. 425-12, et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'aucun élément ne permet de s'assurer que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qu'aucun élément ne permet de s'assurer que l'avis du collège des médecins a bien été rendu au terme d'une délibération collégiale et que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été pris au vu d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et transmis au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- son état de santé ne lui permet pas de voyager vers son pays d'origine ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône, qui n'a pas produit d'observations mais a produit des pièces, le 10 octobre 2022.

Par ordonnance du 6 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 novembre 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 25 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente ;

- et les observations de Me Adja Oke, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né le 8 juin 1996 est entré irrégulièrement sur le territoire français en juillet 2020. Par un arrêté du 31 mars 2021, le préfet du Rhône l'a assigné à résidence et a prononcé sa remise aux autorités italiennes, alors responsables de l'examen de sa demande d'asile, qu'il a déposée le 11 septembre 2020. Sa demande d'asile a été rejetée le 26 août 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée le 16 février 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 30 juin 2021, il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A demande l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B C, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Rhône en date du 5 avril 2022, régulièrement publié le 8 avril suivant au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.(). ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Selon les termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège de médecins à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. (). ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'un rapport médical relatif à la situation de M. A a été établi le 28 octobre 2021 par le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. C'est ainsi, nécessairement au vu de ce rapport, que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a rendu son avis du 18 novembre 2021 produit en défense par le préfet et qu'il vise dans sa décision. Cet avis mentionne qu'il a été rendu par les trois médecins qui composent le collège, qui ont été régulièrement désignés et ont tous signé l'avis. En outre, il ressort des documents produits en défense par le préfet que le médecin qui a rédigé le rapport préalable prévu par l'article R. 425-11 du code précité, ne faisait pas partie du collège conformément aux dispositions de l'article R. 425-14 du même code. Enfin, il résulte des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 que l'avis du collège des médecins doit être émis au terme d'une délibération collégiale et que la mention, dans cet avis, selon laquelle : " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, permet d'attester du caractère collégial de cette délibération préalablement à l'avis rendu, lequel a été signé par les trois médecins composant le collège. Dès lors, les moyens tirés des vices de procédure relatifs à l'absence d'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à l'absence de rapport médical transmis au collège des médecins de l'Office, à l'absence de preuve que le médecin rapporteur n'a pas siégé en son sein, et à l'absence de débat collégial des médecins, doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

5. En premier lieu, la partie qui justifie de l'avis d'un collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

6. Pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour en raison de son état de santé, le préfet du Rhône s'est approprié l'avis précité du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire et vers lequel il peut voyager sans risque lui permettent de bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Si M. A soutient qu'une partie de son traitement, composée d'un médicament neuroleptique et d'un antidépresseur, n'est pas disponible dans son pays d'origine, et qu'il en va de même s'agissant de la possibilité de bénéficier d'un suivi cardiologique, les certificats médicaux versés aux débats, qui se bornent à indiquer que l'état de santé mentale du requérant nécessite des soins qui ne sont pas disponibles dans ce pays, et que ses problèmes cardiaques nécessitent un traitement au long cours et un suivi régulier, ne suffisent pas à établir les indisponibilités alléguées. En outre, alors qu'il ressort des pièces du dossier que des traitements contre les désordres mentaux sont disponibles au Nigéria, le requérant n'établit pas que le traitement qu'il suit ne pourrait pas être substitué par d'autres molécules pouvant traiter de manière équivalente sa pathologie. En tout état de cause, il n'établit pas davantage que les troubles dont il est affecté trouveraient leur origine dans des évènements subis dans son pays d'origine, ce qui ferait obstacle à ce que les soins s'y poursuivent. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ne pourrait pas bénéficier d'un suivi cardiologique dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, âgé de 26 ans, ne résidait en France, où il est entré au mois de juillet 2020, que depuis deux ans à la date de la décision attaquée, et ne démontre pas d'insertion sociale ou professionnelle en France, ni de vie privée et familiale intense, ancienne et stable. S'il soutient vivre en couple avec une ressortissante nigériane et s'occuper de la fille de celle-ci, laquelle s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 24 mars 2022, ces éléments ne suffisent pas à démontrer qu'il aurait, ainsi qu'il le soutient, le centre de sa vie privée et familiale en France, dès lors qu'il a vécu l'essentiel de son existence au Nigéria, où il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales. Par ailleurs, et comme il a été dit précédemment, il pourra effectivement bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

10. En second lieu, si le requérant soutient que son état de santé ne lui permettrait pas de voyager sans risques vers le Nigéria, le certificat médical qu'il produit, daté du 1er avril 2021, selon lequel son transfert en direction d'un autre pays n'est acceptable qu'aux conditions de pouvoir bénéficier d'un suivi médical rapproché, d'un accès continu à ses traitements médicamenteux, ainsi que d'un hébergement proche d'un centre hospitalier bénéficiant d'un plateau cardiaque fonctionnel, n'est pas de nature à démontrer que M. A serait dans l'incapacité de supporter un voyage vers son pays d'origine.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ou de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant un délai de départ volontaire du fait de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. M. A n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prises à son encontre, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé d'office serait illégale du fait de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

V. Vaccaro-Planchet

L'assesseure la plus ancienne,

A.-S. SoubiéLa greffière,

S. Rivoire

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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