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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207490

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207490

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207490
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 6 et 7 octobre 2022, M. C G, représenté par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2022 par lequel la préfète de l'Ain l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pendant une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours et sous la même astreinte, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours et sous la même astreinte, enfin, dans tous les cas, d'effacer son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen (SIS) dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, ou au requérant si ce dernier n'est pas admis à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

- il doit être justifié de la délégation de signature consentie au signataire des décisions litigieuses ;

- les décisions litigieuses sont entachées d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation et d'une erreur d'appréciation des faits dès lors qu'il est présent depuis plusieurs années en France, qu'il démontre une intégration sociale et professionnelle en France et qu'il entendait déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour ; le préfet indique à cet égard à tort qu'il a un fils alors qu'il s'agit du fils de sa compagne ; en outre, les décisions refusant le délai de départ volontaire et d'assignation à résidence sont entachées d'une contradiction de motif tenant à la possession d'un passeport ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ;

- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le risque de soustraction à la mesure d'éloignement est fondé sur un motif erroné en fait dès lors qu'il est en possession d'un passeport et qu'il justifie par ailleurs d'un bail de location à son nom ; il justifie en outre de circonstances particulières tenant à sa vie privée et familiale et professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions sur lesquelles elle se fonde ;

- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet n'a pas examiné les circonstances humanitaires dont il justifiait et en ce que la durée de deux ans est disproportionnée au regard de son comportement et de son intégration en France ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans son principe ;

- elle est excessive dans ses modalités par rapport à l'objectif de mise à exécution de la mesure d'éloignement.

La préfète de l'Ain a produit des mémoires en défense, enregistrés les 6 et 7 octobre 2022, par lesquels elle conclut au rejet des conclusions dirigées contre la mesure d'assignation du 4 octobre 2022.

Elle fait valoir que :

- faute de moyens, la requête est, sauf régularisation, irrecevable ;

- sa mesure d'assignation est régulière et justifiée dans son principe comme dans ses modalités.

Le préfet de la Haute-Savoie a produit un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, par lequel il conclut au rejet des conclusions dirigées contre ses décisions du 4 octobre 2022 en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sautier, magistrate désignée ;

- les observations de Me Paquet, représentant M. G, qui reprend les conclusions de la requête et demande en outre qu'il soit enjoint au préfet de restituer le passeport à M. G ; elle reprend les moyens de la requête, et précise que M. G entendait déposer une demande de titre de séjour en février 2023 afin de pouvoir se prévaloir d'une durée de cinq ans sur le territoire, que son épouse est enceinte de sept mois et non de cinq mois comme indiqué dans son mémoire et que l'enfant de son épouse est scolarisé en classe de CE2 ;

- les observations de M. G.

Les préfets de la Haute-Savoie et de l'Ain n'étant ni présents, ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 4 octobre 2022, notifié le 4 octobre à 12h00, le préfet de la Haute-Savoie a obligé M. G, ressortissant tunisien né le 2 novembre 1998, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour notifié le même jour, la préfète de l'Ain a assigné l'intéressé à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de maximale de quarante-cinq jours. Le requérant demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions :

3. En premier lieu, d'une part, Mme A F, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, signataire des décisions du préfet de la Haute-Savoie, a reçu délégation de ce dernier par un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié le même jour, en cas d'absence ou d'empêchement de M. H, directeur de la citoyenneté et de l'immigration de la préfecture de la Haute-Savoie, à l'effet de signer la totalité des actes relevant des attributions de son bureau, à l'exception de ceux au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas davantage allégué, que M. H n'aurait pas été absent ou empêché.

4. D'autre part, M. I, rédacteur juridique au bureau de l'éloignement et du contentieux à la préfecture de l'Ain, signataire de la décision d'assignation à résidence en litige, a reçu délégation de la préfète de l'Ain par un arrêté du 31 janvier 2022, régulièrement publié le 1er février 2022, en cas d'absence ou d'empêchement simultanés de Mme D, directrice de la citoyenneté et de l'intégration, et de M. B, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, à l'effet de signer les actes établis par cette direction en matière d'éloignement des étrangers, à l'exception de ceux au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas davantage allégué, que Mme D et M. B n'auraient pas été absents ou empêchés.

5. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence des signataires des décisions litigieuses manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes des décisions attaquées ni des pièces du dossier que la situation de M. G n'aurait pas fait l'objet d'un examen sérieux et complet. Si le requérant fait valoir que le préfet de la Haute-Savoie a mentionné à tort dans sa décision que l'enfant présent à ses côtés était le sien alors qu'il est issu d'une précédente relation de son épouse, il a lui-même évoqué cet enfant comme étant le sien lors de son audition par les forces de police le 3 octobre 2022, et le préfet a en tout état de cause tenu compte de la présence de cet enfant mineur à ses côtés avant l'édiction des décisions en litige, quand bien même il n'a pas visé expressément les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Si le requérant relève également que le préfet de la Haute-Savoie a mentionné qu'il ne disposait pas de passeport pour lui refuser un délai de départ volontaire alors que la préfète de l'Ain a indiqué qu'il avait remis son passeport à l'administration, ces motivations ne sauraient révéler un défaut d'examen de sa situation administrative par chacune des deux autorités administratives.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

8. M. G se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France, de la présence sur le territoire de sa femme, enceinte de cinq mois, et de l'enfant de cette dernière, âgé de huit ans, qu'il prend en charge et à l'éducation duquel il participe, ainsi que de son intégration socio-professionnelle par le fait qu'il dispose d'un logement et d'une autonomie financière grâce aux différents emplois qu'il a occupés notamment depuis février 2022. Toutefois, le requérant déclare, au demeurant sans l'établir, être en France que depuis 2018 et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prononcée par le préfet du Val-de-Marne le 2 juin 2021 qu'il confirme à l'audience ne pas avoir contestée. S'il justifie avoir occupé plusieurs emplois lui permettant d'assumer financièrement sa famille, il ne démontre pas une intégration professionnelle particulière. Sa compagne, de même nationalité, se trouve également en situation irrégulière sur le territoire. Si M. G soutient qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de l'enfant de sa compagne, né le 15 juin 2014, qui serait scolarisé en classe de CE2, il ne l'établit pas par les pièces qu'il produit. Il n'est en tout état de cause pas contesté qu'il serait dans l'intérêt de cet enfant de vivre aux côtés de sa mère, et le cas échéant, de M. G, notamment en Tunisie, pays dont ils ont la nationalité et où cet enfant est né. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions litigieuses méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, elles ne sont pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation.

En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de délai de départ volontaire est illégal du fait de l'illégalité de l'obligation litigieuse.

10. En deuxième lieu, en application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire s'il existe un risque, sauf circonstances particulières, que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Un tel risque peut être regardé comme établi quant l'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, quand l'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, quand l'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ou quand l'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.

11. Si M. G fait valoir que le risque de soustraction n'est pas établi dès lors que, contrairement à ce qu'indique le préfet de la Haute-Savoie en contradiction avec les mentions de la décision de la préfète de l'Ain, il a remis son passeport à l'administration et qu'il dispose d'un logement à Oyonnax, il ressort des termes de la décision litigieuse que pour lui refuser un délai de départ volontaire, le préfet s'est également fondé sur la circonstance, non contestée, qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français lors de son audition par les services de police le 3 octobre 2022 et qu'il s'est soustrait à l'exécution de la précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 2 juin 2021. Dans ces conditions, la stabilité alléguée de sa situation familiale, de son emploi et de son hébergement et la seule intention alléguée de déposer une demande de titre de séjour en février 2023, ne saurait constituer des circonstances particulières écartant le risque de soustraction. Dès lors, quand bien même l'intéressé pourrait, contrairement à ce qu'a indiqué le préfet de la Haute-Savoie, justifier de son identité par le récépissé qui lui a été remis contre la remise de son passeport tunisien aux autorités de la police aux frontières du Nord le 9 janvier 2022, le préfet pouvait, pour ces seuls autres motifs, estimer qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement et refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

12. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les motifs précédemment exposés au point 8.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation litigieuse.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux :

14. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire et du refus de délai de départ volontaire litigieuses.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

16. Il ressort des termes de la décision en litige que, pour décider du principe et de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige, le préfet de la Haute-Savoie a relevé que M. G s'était soustrait à la précédente mesure d'éloignement, qu'il ne justifie pas d'attaches familiales ou personnelles en France où son enfant et sa femme se situent dans la même situation administrative que la sienne et qu'il n'établit pas être dénué de lien familial dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. Dans ces conditions, et alors que les éléments dont il se prévaut, tels qu'analysés au point 8 du présent jugement, ne peuvent être regardés comme des circonstances humanitaires, ainsi que le préfet l'a nécessairement estimé, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'interdiction de retour en litige méconnaîtrait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile ni qu'elle serait disproportionnée dans sa durée, quand bien même son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

17. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (). " et de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

18. Compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'assignation est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation litigieuse.

19. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Ain a assigné M. G à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, en lui interdisant d'en sortir sans autorisation et en l'astreignant à se présenter quatre fois par semaine, les lundis, mercredis, vendredis et dimanches, y compris les jours fériés, à 10 heures, au commissariat de police d'Oyonnax. D'une part, l'intéressé ne conteste pas que son éloignement demeure une perspective raisonnable. D'autre part, si le requérant fait valoir qu'une obligation de pointage quatre jours par semaine l'oblige à s'absenter de son emploi alors qu'il prend en charge sa famille, cette circonstance ne saurait faire peser sur lui une contrainte excessive au regard de l'objectif poursuivi tenant à l'éloignement de l'intéressé. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation ni d'une erreur manifeste d'appréciation dans ses conséquences sur sa situation.

20. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Ain, que les conclusions à fin d'annulation de M. G doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution de la part de l'administration. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. G doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement au conseil du requérant d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. G est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C G, au préfet de la Haute-Savoie et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.

La magistrat désignée

M. ELa greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie et à la préfète de l'Ain, en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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