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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207499

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207499

mardi 27 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207499
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantBOYER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Boyer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la délégation de signature du signataire de l'arrêté ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'erreurs de faits, dès lors qu'il travaille, qu'il est père d'une fille née en 2021 dont il s'occupe, que la mère de sa fille a vocation à résider en France au moins jusqu'en 2024 et qu'il est entré régulièrement sur le territoire français muni d'un titre de séjour italien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre séjour ;

S'agissant des décisions fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :

- elles sont illégales du fait de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit de mémoire mais des pièces, enregistrées les 10 et 27 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1998, déclare être entré en France le 5 mai 2020 muni d'un titre de séjour italien en cours de validité. Le 30 mai 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au regard de son état de santé. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté du 1er septembre 2022 a été signé par par Mme B E, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet du Rhône du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le lendemain, d'une délégation pour signer de tels actes. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque ainsi en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. M. A se prévaut de ce que la décision en litige serait entachée d'erreurs de faits, dès lors qu'il travaille, qu'il est père d'une fille née en 2021 dont il s'occupe, que la mère de sa fille a vocation à résider en France au moins jusqu'en 2024 et qu'il est entré régulièrement sur le territoire français muni d'un titre de séjour italien. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que M. A travaille depuis plus de deux ans pour une même entreprise, il ne ressort pas de la demande de titre de séjour déposée par le requérant au regard de son état de santé que celui-ci aurait fait état de cette situation professionnelle. En outre, la décision attaquée mentionne sa fille née en France ainsi que le fait que la mère de celle-ci réside sur le territoire national de façon régulière. Ainsi, et alors que le requérant n'établit pas être entré régulièrement en France, la décision attaquée n'apparaît entachée d'aucune erreur de fait de nature à avoir eu une incidence sur son sens.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Selon les termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier (). ".

5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. M. A fait valoir qu'il ne peut pas avoir effectivement accès à un traitement approprié dans son pays d'origine, dès lors que le coût du médicament prescrit pour son traitement est très élevé et que les connaissances médicales sur sa pathologie disponibles en Côte d'Ivoire sont insuffisantes pour prendre en charge globalement l'évolution de celle-ci. Toutefois, les documents issus de revues scientifiques produits par le requérant faisant état du taux de contamination de la population en Côte d'Ivoire par l'hépatite B et des conditions d'accès au traitement ne suffisent pas pour contredire l'avis médical du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, alors que le requérant ne fait pas état d'une spécificité de sa pathologie ni le cas échéant, du coût du traitement sans prise en charge au regard de ses ressources. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et serait entachée d'une erreur d'appréciation de la disponibilité d'un traitement effectif doivent être écartés.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne résidait sur le territoire français que depuis moins de deux ans et demi à la date de la décision attaquée, que sa relation avec sa compagne est récente et que leur communauté de vie n'a débuté qu'après la naissance de leur enfant à la fin de l'année 2021. Ainsi, alors même que M. A réside en Europe depuis 2016 et occupe un emploi en contrat à durée indéterminée, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté. En outre, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

10. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. M. A soutient qu'il vit au quotidien avec sa fille âgée de onze mois, qu'il contribue à son entretien et à son éducation en l'accompagnant et en allant la chercher à la crèche. Toutefois, la décision en litige ne fait pas obstacle à ce que le requérant continue à entretenir des relations avec sa fille et à participer à son éducation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :

13. Compte tenu de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour dont il fait l'objet entache d'illégalité les décisions subséquentes portant fixation du délai de départ volontaire et de son pays de renvoi.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er septembre 2022 du préfet du Rhône doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

16. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2022.

La rapporteure,

A.-S. D La présidente,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

S. Rivoire

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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