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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207506

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207506

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207506
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) de solliciter la communication avant-dire-droit du rapport médical établi par le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour, ou de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'apporte pas la preuve qu'un avis a été rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que ce collège était composé de trois médecins, dûment et préalablement habilités par le directeur de l'OFII et que le médecin ayant établi le rapport médical transmis au collège n'est pas intervenu au cours de la délibération ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement, par application des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Rhône a produit des pièces, enregistrées le 10 octobre 2022, mais n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,

- et les observations de Me Guillaume, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 16 mai 1997, ressortissant macédonien, déclare être entré en France le 20 octobre 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 8 octobre 2020, et par la Cour nationale du droit d'asile, le 13 janvier 2021. Il demande l'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour au regard de son état de santé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Les décisions attaquées ont été signées par Mme B D, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, titulaire à cet effet d'une délégation de signature par un arrêté préfectoral du 8 juin 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Rhône le 9 juin suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, si M. A conteste l'existence et la régularité de la procédure suivie devant le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il ressort des pièces du dossier et notamment des pièces transmises par le préfet du Rhône qu'un rapport médical a été établi par le docteur E, le 18 juillet 2022, à la suite de la demande de titre de séjour présentée par le requérant. Ce rapport a été transmis au collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui s'est prononcé le 9 août 2022 sur l'état de santé de M. A. Le collège était composé des docteurs Delprat-Chatton, Laouabdia et Quilliot, préalablement à l'édiction de la décision attaquée, le médecin ayant établi ledit rapport médical n'ayant pas participé à la délibération de ce collège. Ainsi, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

5. La partie qui justifie d'un avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Le requérant produit plusieurs certificats médicaux concernant les suivis médicaux et traitements réguliers dont il fait l'objet, pour une pathologie rénale chronique, pour laquelle il est inscrit sur la liste d'attente en vue d'une greffe de rein, et qui nécessite des dialyses hebdomadaires, à hauteur de trois fois par semaine. S'il ressort notamment des certificats médicaux établis par un médecin néphrologue les 11 octobre 2021 et 29 septembre 2022 que l'arrêt de ces dialyses entrainerait un risque vital pour l'intéressé, ces éléments, qui portent sur les conséquences d'un défaut de traitement, ne suffisent pas à remettre en cause le sens de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pourrait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du pays dont il est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, l'avis ajoutant que l'intéressé pourra voyager sans risque vers la Macédoine. Si M. A produit également une attestation du centre de néphrologie de Skopje (Macédoine) du 30 septembre 2022, au terme de laquelle seule une dialyse hebdomadaire peut être assurée en Macédoine pour ce type de patient, il n'est pas établi par cette seule pièce que ce traitement ne serait pas adapté à son état de santé, ainsi que l'a estimé le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dès lors, sans qu'il soit besoin de demander la communication du rapport médical établi par le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Le requérant, qui résidait en France depuis environ trois ans à la date de la décision attaquée, ne se prévaut d'aucune attache familiale ou privée sur le territoire français et n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ne justifie pas d'une insertion particulière sur le territoire français. Par suite, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France de l'intéressé, et alors même qu'il souffre de problèmes de santé, les moyens tirés de ce que le préfet du Rhône aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de cette illégalité.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment, ainsi que cela ressort de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que M. A pourra effectivement bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié à son état de santé et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers la Macédoine. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

12. En troisième lieu, si M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen, en l'absence de tout autre élément invoqué par le requérant et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

13. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

15. En second lieu, d'une part, ainsi qu'il a été dit précédemment, le requérant pourra bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel il peut voyager sans risque. Enfin, s'il allègue être exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Macédoine, il n'apporte aucun élément précis et circonstancié à l'appui de ses allégations, alors qu'au demeurant sa demande d'asile a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 13 janvier 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fonder à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Rhône du 26 septembre 2022. Dès lors, la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

P. Boulay

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet La greffière,

S. Rivoire

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution,

Un greffier,

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