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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207509

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207509

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207509
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 octobre 2022 et 16 janvier 2024, M. C D, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 14 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- compte tenu des particularités de sa situation sur le territoire français, le refus de titre de séjour qui lui a été opposé méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- dès lors qu'il poursuit des études supérieures en France sans interruption depuis l'âge de treize ans, la préfète ne pouvait lui opposer l'absence de détention d'un visa de long séjour ; ce refus méconnaît par suite les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- dès lors qu'il justifie de motifs exceptionnels, en refusant de lui délivrer un titre de séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète a entaché le refus de titre de séjour litigieux d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- dans l'application de cet article, la préfète n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- ce refus est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une telle décision sur sa situation ;

- compte tenu de ce qui a été dit précédemment, il est fondé à exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français en litige ;

- pour les mêmes raisons que précédemment, cette obligation méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- pour les raisons exposées ci-dessus, il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français qui lui ont été opposées à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire ;

- la décision fixant le pays de renvoi est elle-même illégale en raison de l'illégalité de ce refus et de cette obligation.

Par une ordonnance du 10 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Chenevey, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant albanais né le 17 février 2003, est arrivé en France, selon ses déclarations, en juin 2016. Il a présenté le 9 mars 2021 une demande de titre de séjour auprès de la préfecture du Rhône. Dans le dernier état de ses écritures, il demande au tribunal d'annuler les décisions du 14 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, Mme A B, directrice des migrations et de l'intégration, justifiait d'une délégation de signature consentie par la préfète du Rhône, par un arrêté du 30 novembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, l'habilitant à prendre les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. "

4. Le requérant n'établit pas qu'il suivait des études supérieures à la date du refus de titre de séjour attaqué, ou même à la date de sa demande de titre de séjour. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en application des dispositions précitées du deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'absence de détention d'un visa de long séjour ne pouvait lui être opposée par la préfète du Rhône. Au surplus, il ne conteste pas l'autre motif de ce refus tiré du fait qu'il ne justifie pas disposer de moyens d'existence suffisants.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

6. M. D, qui soutient être entré en France au cours de l'année 2016 à l'âge de treize ans, a été scolarisé sur le territoire français et, notamment, a obtenu le baccalauréat en juin 2022. Il a ensuite suivi une formation au CFA " Institut de gestion sociale ", du 4 novembre 2022 au 3 février 2023, établissement dans lequel il souhaiterait reprendre une formation dans l'hypothèse de la délivrance d'un titre de séjour, afin d'obtenir un brevet de technicien supérieur. Il justifie d'une promesse d'embauche par le département du Rhône, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée de deux ans, établie le 24 novembre 2022. Toutefois, M. D, qui ne conteste pas les mentions du refus de titre de séjour litigieux selon lesquelles ses parents, qui ont fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français, ne résident pas régulièrement en France, ne justifie d'aucun lien personnel ou familial particulier sur le territoire. Dans ces conditions, et même si M. D justifie d'une bonne intégration sur le territoire français, comme le démontrent les nombreuses attestations en sa faveur qu'il produit, les circonstances précitées ne sont pas de nature à permettre d'établir que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Cette dernière n'est donc pas contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".

8. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. D avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 435-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, pour les motifs indiqués au point 6 ci-dessus, le requérant ne démontre l'existence d'aucune circonstance particulière susceptible de justifier la délivrance d'un titre de séjour en application de ces dispositions. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par la préfète du Rhône dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, en conséquence, être écarté.

9. En cinquième lieu, il ne résulte pas de ce qui a été dit précédemment qu'en refusant de délivrer un titre de séjour à M. D, la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation particulière de l'intéressé.

10. En sixième lieu, M. D ne démontre pas que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour est entachée d'illégalité. En conséquence, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, qu'il soulève à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée, doit être écarté.

11. En septième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont serait entachée l'obligation de quitter le territoire français doit, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à cette obligation, être écarté pour les mêmes raisons que précédemment, s'agissant du refus de titre de séjour.

12. En dernier lieu, le requérant n'établit pas que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'illégalité. En conséquence, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions, qu'il soulève à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi, ne peut être accueilli.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'illégalité et doivent être annulées. Les conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées.

14. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution au titre des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Il y a lieu, en conséquence, de rejeter les conclusions présentées à cette fin par le requérant.

15. L'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par le requérant au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,

Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le président-rapporteur,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

F.-M. Jeannot

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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