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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207543

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207543

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207543
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 octobre 2022 et le 28 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Saidi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 5 octobre 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de procéder au réexamen de sa situation et de mettre en œuvre la procédure d'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision portant refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour est entachée d'un défaut de base légale et méconnaît les articles R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est fondée sur une précédente mesure d'éloignement et ne revêt pas de caractère dilatoire ou abusif ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- si la préfète verse au dossier l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 25 juillet 2022, cet avis est incomplet et les éléments nouveaux relatifs à l'aggravation de son état de santé n'ont pas été pris en compte ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors que sa situation ne relève ni du 2° ni du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire est illégale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui la fonde ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R.425-11, R.425-12 et R.611-1 et R.611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Schmerber, présidente, a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 20 décembre 1983, est entré régulièrement en France le 17 décembre 2014 muni d'un visa de court séjour. Le 20 juin 2017, il a fait l'objet d'un premier arrêté portant refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, confirmé par le tribunal administratif de Grenoble, le 30 octobre 2017. Le 10 janvier 2020, le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par un jugement du 16 juillet 2020, le magistrat désigné du tribunal administratif de Lyon a annulé cette décision et a enjoint au préfet du Rhône de procéder au réexamen de sa situation. Au terme de ce réexamen, le préfet du Rhône n'a pris aucune décision à l'encontre de M. B. Le 13 mai 2022, le requérant s'est présenté en préfecture de l'Ain afin d'y déposer une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions dont le requérant demande l'annulation, la préfète de l'Ain a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour, l'a obligé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article R. 431-12 de ce code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de le faire, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. En revanche, le simple fait que l'étranger fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ne suffit pas à révéler un tel caractère.

4. Pour refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. B, la préfète de l'Ain s'est fondée sur la circonstance qu'en l'absence d'éléments nouveaux de nature à justifier un réexamen de son dossier et compte tenu du rejet de sa demande d'admission au séjour en 2017 pour les mêmes motifs, cette nouvelle demande devait être regardée comme dilatoire, répétitive et destinée à faire échec à une mesure d'éloignement. Il est constant que M. B a déposé, le 13 mai 2022, une demande de titre de séjour sur le même fondement que celle présentée en 2016, soit plus de cinq ans auparavant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'état de santé du requérant s'est dégradé depuis sa dernière demande de titre de séjour, ainsi qu'il a d'ailleurs été relevé par le magistrat désigné dans son jugement précité du 16 juillet 2020. Cette évolution défavorable de la situation du requérant est avérée par les pièces du dossier dès lors que dans son avis du 11 janvier 2017, le médecin de l'agence régionale de santé a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité alors que le collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration a indiqué, dans son avis du 25 juillet 2022, que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Dans ces conditions, la demande de M. B, ne présentait pas un caractère abusif ou dilatoire de sorte qu'en refusant, pour ce motif, d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. B sur le fondement de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Ain a entaché sa décision d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 5 octobre 2022 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions du même jour par lesquelles la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ". Aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription. () ".

7. D'une part, le présent jugement implique qu'il soit enjoint à la préfète de l'Ain, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B, dans la mesure où ce dernier l'aura déposée au guichet de la préfecture et de délivrer à l'intéressé un récépissé de demande de titre.

8. D'autre part, l'annulation de l'interdiction de retour prise à l'encontre de M. B implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Ain de mettre en œuvre sans délai la procédure d'effacement de ce signalement à compter de la date de notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros en application de ces dispositions sous réserve que Me Saidi, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D É C I D E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les décisions du 5 octobre 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain de procéder à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. B, dans la mesure où ce dernier l'aura déposée au guichet de la préfecture, et de délivrer à l'intéressé un récépissé de demande de titre, dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement.

Article 4 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain de mettre en œuvre, sans délai, la procédure d'effacement du signalement de M. B aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

Article 5 : L'Etat versera à Me Saidi, avocat de M. B la somme de 1 000 euros (mille euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Schmerber, présidente,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

La présidente,

C. SchmerberL'assesseur le plus ancien au tableau,

L. Delahaye

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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