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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207566

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207566

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP VINSONNEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 octobre 2022, M. D A, représenté par la SA Cabinet Jean-Pierre Guin, demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la maire de Beaumont ne s'est pas opposée à la déclaration préalable de M. C déposée en mairie le 29 novembre 2021 pour la construction d'une terrasse, ainsi que la décision du 1er août 2022 rejetant son recours gracieux.

Il soutient que :

- la décision attaquée emporte désaffectation et déclassement de l'emprise foncière du domaine public ; or, le conseil municipal est seul compétent pour procéder à cette désaffectation et à ce déclassement ;

- le projet étant intégralement implanté sur la place de l'Eglise, domaine public communal, le pétitionnaire n'avait pas qualité pour déposer la demande et la maire était tenue de s'y opposer ;

- le dossier de déclaration préalable est délibérément inexact en ce qu'il identifie le terrain d'assiette du projet sur la parcelle cadastrée C 346 ;

- le dossier est incomplet, la pièce exigée par l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme n'y étant pas jointe ;

- la construction autorisée est implantée à moins de trois mètres de la limite parcellaire, en méconnaissance de l'article UA 2.1.2 du règlement de plan local d'urbanisme intercommunal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2023, la commune de Beaumont, représentée par la SCP Vinsonneau Avocats associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. A le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le requérant est dépourvu d'intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. B C qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Par ordonnance du 1er février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 16 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chapard,

- les conclusions de Mme Flechet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lalubie, pour la commune de Beaumont.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a déposé en mairie de Beaumont, le 29 novembre 2021, une déclaration préalable pour la réalisation d'une terrasse. Il a obtenu, le 17 janvier 2022, un certificat de non-opposition à cette déclaration. M. A demande l'annulation de la décision implicite par laquelle la maire de Beaumont ne s'est pas opposée à cette déclaration et de la décision du 1er août 2022 rejetant son recours gracieux.

2. En premier lieu, la décision attaquée a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'elle autorise avec la réglementation d'urbanisme. Le requérant ne peut, dès lors, pas utilement soutenir qu'elle emporte un déclassement et une désaffectation du terrain d'assiette du projet du domaine public communal que seul le conseil municipal aurait pu prononcer.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : /a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / () ".

4. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte de ce qui précède que les tiers ne sauraient utilement invoquer, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, la circonstance que l'administration n'en aurait pas vérifié l'exactitude.

5. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif. Il en est notamment ainsi lorsque l'autorité saisie de la demande de permis de construire est informée de ce que le juge judiciaire a remis en cause le droit de propriété sur le fondement duquel le pétitionnaire avait présenté sa demande.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a attesté, dans le dossier de déclaration préalable, avoir qualité pour procéder à une telle déclaration. Ainsi, et dans la mesure où la maire lui a délivré, par arrêté du 6 décembre 2021, une autorisation d'occupation du domaine public pour la réalisation des travaux litigieux sur la place de l'Eglise, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle la maire ne s'est pas opposée au projet de M. C méconnaît l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme.

7. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme, relatif à la composition du dossier de demande de permis de construire, est inopérant à l'appui de conclusions tendant à l'annulation d'une décision de non-opposition à déclaration préalable.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme : " La déclaration préalable précise : / () b) La localisation et la superficie du ou des terrains ; / () ".

9. Le plan de masse joint au dossier de déclaration préalable déposé en mairie par le pétitionnaire est sans ambiguïté quant à l'implantation des travaux litigieux sur la place de l'Eglise, dans le prolongement est de la construction existante située sur la parcelle cadastrée C 346. Le moyen tiré de ce que le dossier de demande serait inexact dans l'identification du terrain d'assiette du projet doit ainsi être écarté.

10. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision en litige méconnaît l'article UA 2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives, le projet en cause étant implanté en limite d'une emprise publique.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite du 29 décembre 2021 par laquelle la maire de Beaumont ne s'est pas opposée à la déclaration préalable de M. C ainsi que de la décision du 1er août 2022 rejetant son recours gracieux.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à la charge de la commune de Beaumont les frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Beaumont fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à la commune de Beaumont et à M. B C.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Jean-Pascal Chenevey, président,

- Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,

- Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

La rapporteure,

M. Chapard

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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