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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207586

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207586

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2022, Mme C A, représentée par Me Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination :

- elles sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre séjour.

La requête a été communiquée à la préfète de la Loire qui n'a pas produit de mémoire mais des pièces enregistrées le 24 octobre 2022.

Par ordonnance du 11 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 novembre 2022.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise née le 1er janvier 1968, est entrée en France le 17 août 2018 pour suivre un traitement médical. Le 23 février 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Elle demande l'annulation de l'arrêté du 14 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. La décision en litige a été signée par M. Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire du 3 mars 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

3. La décision portant refus de titre de séjour précise les éléments déterminants de la situation de la requérante qui ont conduit la préfète de la Loire à refuser de lui délivrer un titre de séjour et indique à cet égard que l'état de santé de Mme A peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si la préfète n'a pas mentionné que la requérante pouvait bénéficier effectivement d'un traitement dans son pays d'origine, cette seule circonstance n'est pas de nature à vicier la décision en litige, dès lors que la préfète s'est approprié l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qu'elle vise. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation devra être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (). ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Selon les termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. (). ".

5. Si Mme A soutient que la préfète de la Loire n'a pas recherché si elle pouvait bénéficier, dans son pays d'origine, d'un traitement effectivement approprié à son état de santé, il ressort de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 11 août 2021 que la préfète s'est approprié, que la disponibilité effective du traitement a été vérifiée par le collège des médecins. L'avis de ce collège, visé par la décision, mentionne à cet égard que l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé du pays d'origine de Mme A lui permettront de bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être rejetés.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours et la décision fixant le pays de destination :

6. Compte tenu de ce qui précède, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour et de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet entache d'illégalité les décisions subséquentes portant fixation du délai de départ volontaire et de son pays de renvoi.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions tendant à d'annulation de l'arrêté du 14 avril 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Compte tenu de ses motifs, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète de la Loire

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La rapporteure,

A.-S. B La présidente,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

S. Rivoire

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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