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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207633

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207633

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207633
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPILONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Pilone, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2022 par laquelle le maire de Plats a rejeté sa demande de modification du plan local d'urbanisme de la commune en tant qu'il classe une partie de sa parcelle en zone 1AU, ainsi que la délibération du 19 juin 2019 approuvant le plan local d'urbanisme, en tant qu'elle décide de ce classement ;

2°) d'enjoindre au maire de Plats de convoquer le conseil municipal et d'inscrire à l'ordre du jour sa demande de modification du plan local d'urbanisme, l'abandon de l'orientation d'aménagement et de programmation dite " quartier du stade " et la prise en compte de la division parcellaire de laquelle est issue sa parcelle, dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Plats la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le classement de sa parcelle en zone 1AU est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ; ce zonage est illégal dès lors qu'il ne prend pas en compte la division parcellaire accordée au cours de l'année 2016, de laquelle est issue sa parcelle, et qu'il rend l'orientation d'aménagement et de programmation " quartier du stade " irréalisable.

Par ordonnance du 11 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 février 2024 à 16 h 30.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Flechet, rapporteure,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- et les observations de Me Ortial, substituant Me Pilone, représentant Mme A, requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est propriétaire d'une parcelle située au lieu-dit Moutais, sur le territoire de la commune de Plats, issue de la division d'une ancienne parcelle plus vaste en trois lots. Par délibération du 19 juin 2019, le conseil municipal de Plats a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU), lequel classe la parcelle de Mme A en zone 1AU et crée, sur un périmètre englobant cette parcelle, l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) " quartier du stade ". Par courrier du 2 mai 2022, M. et Mme A, par l'intermédiaire de leur fils, ont demandé au maire de Plats d'inscrire à l'ordre du jour du conseil municipal leur demande de modification du PLU tendant au classement de leur parcelle en zone urbanisée. Cette demande ayant été rejetée par décision du maire du 5 mai 2022, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que la délibération du 19 juin 2019 approuvant le PLU de Plats, en tant qu'elle classe sa parcelle en zone 1AU.

2. Aux termes de l'article R. 123-6 du code de l'urbanisme, dans sa version alors applicable : " Les zones à urbaniser sont dites " zones AU ". Peuvent être classés en zone à urbaniser les secteurs à caractère naturel de la commune destinés à être ouverts à l'urbanisation. / Lorsque les voies publiques et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement définissent les conditions d'aménagement et d'équipement de la zone. Les constructions y sont autorisées soit lors de la réalisation d'une opération d'aménagement d'ensemble, soit au fur et à mesure de la réalisation des équipements internes à la zone prévus par les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Lorsque les voies publiques et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU n'ont pas une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone, son ouverture à l'urbanisation peut être subordonnée à une modification ou à une révision du plan local d'urbanisme. ".

3. Le préambule de la zone 1AU du règlement annexé au PLU de la commune de Plats précise que : " Il s'agit de secteurs à caractère naturels destinés à être ouverts à l'urbanisation sous forme d'opérations d'ensembles. / Les prescriptions concourent à créer une urbanisation semi-groupée plus dense et organisée en ordre semi-continu. / Ces règles sont complétées par des orientations d'aménagement qui sont opposables aux tiers (voir pièce n° 6). / L'ouverture à l'urbanisation est conditionnée à la réalisation d'une opération d'ensemble couvrant toute la zone et s'inscrivant dans les orientations d'aménagement et la réalisation des équipements prévus (voirie de desserte, réseaux Voir pièce n° 6). ".

4. Il ressort du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) annexé au PLU de Plats, librement accessible tant au juge qu'aux parties, que les auteurs de ce document d'urbanisme ont retenu un objectif tendant à " Permettre un développement raisonné qui limite l'étalement urbain, la consommation des terres, prend en compte les équipements existants et diversifie l'habitat ". En vue de répondre à une augmentation maîtrisée de la population de 1,03 % par an, les auteurs du PLU ont fixé une estimation de 53 nouveaux logements par an, dont 6 remobilisés dans l'existant et 3 par subdivision de parcelles bâties. Le PADD précise qu'en vue de limiter la consommation des espaces et l'étalement urbain, un peu moins de la moitié de cet objectif se traduira par une urbanisation sous forme d'opérations d'ensemble sur des grands tènements fonciers, dans la partie urbanisée du village où sera envisagée la réalisation de maisons de village en bande ou jumelées, voire de petits collectifs. En cohérence avec cet objectif, l'OAP " quartier du stade ", dans le périmètre de laquelle se situe la parcelle de Mme A, prévoit, en partie nord du tènement qu'elle couvre, la réalisation de deux logements individuels groupés avec jardins privatifs et, en partie sud, de quatre logements individuels groupés avec jardins privatifs, l'élargissement de la voirie étant en outre prévu au niveau de la bordure sud du tènement. Il ressort ainsi des pièces du dossier que les auteurs du PLU de Plats ont choisi d'inclure la parcelle en litige dans la zone à urbaniser, non pas en raison de l'insuffisance des équipements devant desservir les futures constructions, mais en vue d'intégrer les constructions à venir dans une opération d'aménagement d'ensemble. Par suite, alors que la parcelle de Mme A relève d'un ensemble de parcelles non bâties toutes couvertes par l'OAP " quartier du stade ", dont plus de la moitié font l'objet d'un classement en zone 1AU, délimitée au cœur d'un espace certes urbanisé mais peu dense, les circonstances que cette parcelle soit desservie par une voie adaptée à la circulation des véhicules et soit située à proximité des réseaux d'assainissement, d'eau potable et d'électricité, d'une capacité suffisante pour satisfaire les besoins des futures constructions, ne sont pas susceptibles de révéler que la décision d'inclure le terrain en litige dans la zone 1AU est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Si la requérante se prévaut également du classement en zone UB d'une partie de la parcelle contiguë à son terrain, elle n'établit par aucune pièce que cette portion de parcelle voisine, également couverte par l'OAP, présenterait les mêmes caractéristiques que la sienne, la seule circonstance que les modalités de desserte par les réseaux publics soient identiques n'étant, ainsi qu'il a été dit, pas déterminante pour le choix du zonage en l'espèce. De même, elle ne justifie pas de l'illégalité du classement de son terrain en le comparant avec trois parcelles voisines, classées certes en zone UB mais situées dans un environnement plus lointain, à l'extérieur du périmètre de l'OAP, et pour lesquelles elle se borne à avancer, d'une part, une superficie et un secteur géographique similaires à son terrain, d'autre part, des conditions de desserte moins favorables justifiant selon elle un classement de ces trois parcelles voisines plus adapté en zone 1AU.

5. En outre, il est constant que la délimitation du zonage ne suit pas les limites séparatives des parcelles nées de la division foncière accordée antérieurement à l'approbation du plan local d'urbanisme, celui-ci classant une des parcelles issue de cette division, autre que celle de la requérante, pour partie en zone 1AU et pour partie en zone UB. Toutefois, cette circonstance, qui ne saurait d'ailleurs à elle seule révéler l'illégalité du classement de ce terrain, est sans incidence sur la légalité du classement de la parcelle de Mme A en zone 1AU.

6. Enfin, si la requérante invoque l'incohérence du classement de sa parcelle en zone à urbaniser alors que les terrains situés au nord, couverts également par l'OAP " secteur du stade ", sont classés en zone UB, cette seule circonstance, alors que la superficie de la zone 1AU litigieuse est nettement plus importante que celle de cette zone UB, ne permet pas de caractériser une erreur manifeste d'appréciation dans le choix du classement en zone 1AU de la parcelle en litige. De même, la circonstance alléguée que le zonage retenu sur l'ensemble du périmètre de cette OAP aurait pour effet de soustraire une bande de terrain classée en zone 1AU, trop étroite pour pouvoir accueillir quatre logements, à la réalisation des aménagements prévus, est, par elle-même, sans incidence sur la légalité du classement de la seule parcelle de Mme A.

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement de la parcelle de Mme A en zone 1AU doit être écarté en toutes ses branches. Par suite, le maire de Plats pouvait légalement refuser d'inscrire à l'ordre du jour du conseil municipal la demande de M. et Mme A de modification du plan local d'urbanisme. Les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent ainsi être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Plats.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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