lundi 17 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207663 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | HMAIDA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 et 17 octobre 2022, M. A C, représenté par Me Hmaïda, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 11 octobre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de 24 mois ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de réexaminer sa situation, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé, révélant en cela un défaut d'examen de sa situation particulière ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- sa situation n'entrait pas dans le champ du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa présence en France ne caractérise pas une menace pour l'ordre public ;
- cette décision méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant mesure d'éloignement ;
- sa situation constitue une circonstance particulière faisant obstacle à l'édiction de cette mesure ; elle procède d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-2 du même code ;
- cette décision méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle procède d'un inexacte application des article L. 612-6 et suivants du code précité ; elle revêt un caractère disproportionné ;
- cette mesure méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Des pièces ont été produites par la préfète de la Loire le 14 octobre 2022 et ont été communiquées.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. D.
Vu la prestation de serment de M. B, interprète en langue albanaise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gilbertas, magistrat désigné,
- les observations de Me Hmaïda, pour M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens, sauf à se désister du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte,
- et celles de Me Tomasi, pour la préfète de la Loire, qui conclut au rejet de la requête, les moyens soulevés n'étant pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant albanais né le 24 mai 1992, conteste les décisions du 11 octobre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de 24 mois.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur l'ensemble des décisions du 11 octobre 2022 :
3. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et relève les éléments de faits pertinents pour cette application, ce que reconnaît le requérant. Si cet arrêté ne mentionne pas la convention internationale relative aux droits de l'enfant, il ressort de ses termes mêmes que la situation de l'enfant du requérant a été prise en compte au regard de son intérêt supérieur, aucune insuffisance de motivation n'en résultant dès lors. Il ne ressort ni de cette motivation, en l'espèce suffisante, ni des autres pièces du dossier que la préfète de la Loire aurait édicté l'acte en litige à l'issue d'un examen incomplet de la situation du requérant. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ".
5. Pour prononcer la mesure d'éloignement en litige, la préfète de la Loire a relevé, au visa des dispositions précitées, que M. C avait été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de menaces de crime contre les personnes, le 10 octobre 2022, et qu'il était défavorablement connu des services de police pour, notamment, des faits de vols à l'étalage et de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique. Contrairement à ce qui est soutenu par M. C, lequel ne conteste pas la matérialité des faits qui lui sont reprochés, le caractère récent et répété, entre 2021 et 2022, de ces faits caractérisent une menace de sa présence pour l'ordre public et la préfète de la Loire a ainsi pu légalement prononcer la mesure d'éloignement en litige sur le fondement des dispositions précitées.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Selon l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. M. C fait valoir sa présence en France depuis près de quatre années à la date de la décision attaquée ainsi que sa vie commune, notamment depuis le mois de juin 2022, avec une ressortissante kosovare avec laquelle il a eu un enfant, né le 20 août 2022. Toutefois de tels éléments, qui ne sont étayés que par une attestation de sa compagne et de son frère, des photographies, un acte de naissance et des éléments médicaux relatifs au suivi de grossesse, ne caractérisent pas, dans le contexte particulier d'une menace pour l'ordre public constitué par sa présence, des liens tels avec la France que la décision en litige y porterait une atteinte disproportionnée. De même, compte tenu du très jeune âge de l'enfant et de la possibilité de reconstruction de la cellule familiale dans le pays d'origine de M. C, qui n'est pas celui dont sa compagne est originaire et au regard duquel elle a obtenu le bénéfice de la protection internationale, la décision en litige ne saurait être regardée comme méconnaissant l'intérêt supérieur de l'enfant du couple. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent ainsi être écartés.
Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
8. D'une part, l'illégalité de la mesure d'éloignement fondant la décision en litige n'étant pas établie, M. C ne saurait soutenir que la décision en litige en serait illégale.
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. " . Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ".
10. Pour refuser un délai de départ volontaire à M. C, la préfète de la Loire a relevé que l'intéressé se maintenait irrégulièrement en France, que sa présence constituait une menace pour l'ordre public et qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dès lors qu'il n'avait pas déféré à une précédente mesure de cette nature. Si M. C conteste les conditions dans lesquelles a été constatée sa carence à déférer à une précédente assignation à résidence, il n'établit pas par-là avoir respecté la précédente mesure d'éloignement le visant dont il est constant qu'elle n'a pas été exécutée. Dans ces conditions, et alors que la menace à l'ordre public constituée par la présence de M. C apparaît établie, la seule présence en France de son fils âgé de deux mois, dans les conditions rappelées au point 7 du présent jugement, ne saurait être regardée comme constituant une circonstance exceptionnelle faisant obstacle au refus de délai de départ volontaire en litige ou caractérisant une inexacte application des dispositions précitées. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.
11. Enfin, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté pour les motifs relevés au point 7 du présent jugement.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire national :
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
13. Pour interdire M. C de retour sur le territoire national, la préfète de la Loire a pris en compte les circonstances tenant à sa brève durée de résidence en France, depuis la dernière mesure d'éloignement non exécutée, de la présence en France de sa compagne et de son très jeune fils, de la menace à l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire national, ainsi que précédemment caractérisée, et de celle tenant à l'inexécution d'une précédente mesure d'éloignement, dans les conditions précisées au point 10 du présent jugement. Les circonstances relevées au point 7 du présent jugement ne peuvent être regardées comme des circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction de la mesure en litige ni caractériser une disproportion dans le quantum, en l'espèce de deux ans, de cette mesure. De même, et ainsi qu'il a été dit, ces circonstances ne caractérisent pas plus une méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant de M. C. C'est ainsi par une exacte application des dispositions précitées et sans méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant que la préfète de la Loire a pu interdire M. C de retour sur le territoire national.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions annexes :
15. D'une part, le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte de la requête ne peuvent dès lors qu'être rejetées par voie de conséquences.
16. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de la Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022
Le magistrat désigné,
M. D
La greffière,
C. Driguzzi
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
Un greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026