jeudi 29 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207679 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | HMAIDA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2022, Mme B C, représentée par Me Hmaida, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour, ou de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'apporte pas la preuve qu'un avis a été rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que ce collège était composé de trois médecins, dûment et préalablement habilités par le directeur de l'OFII et que le médecin ayant établi le rapport médical transmis au collège n'est pas intervenu au cours de la délibération ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation ;
- la décision attaquée méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.
Le préfet du Rhône a produit des pièces enregistrées le 17 octobre 2022, mais n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 14 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,
- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,
- et les observations de Me Hmaida, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante algérienne, est entrée en France le 10 octobre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour accompagnée de ses deux enfants, nés le 17 mai 2014 et le 25 octobre 2018. Le préfet du Rhône lui a délivré un titre de séjour valable du 24 mars 2021 au 23 mars 2022, en raison de l'état de santé de son fils. La requérante en a sollicité le renouvellement le 5 janvier 2022. Par l'arrêté attaqué du 23 septembre 2022, le préfet du Rhône a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
2. Aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir et sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale, dans toutes les décisions les concernant, à l'intérêt supérieur des enfants.
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C et ses deux enfants résidaient en France depuis trois ans à la date de la décision attaquée, et que son époux l'a rejointe en 2020. Le jeune fils de A C, né en 2018, a subi en 2020 une importante opération chirurgicale en vue de la pose d'implants intra-auriculaires dits cochléaires, et d'appareils auditifs, nécessaires à la prise en charge de la surdité profonde détectée sur cet enfant à l'âge de deux ans. La requérante produit différents documents médicaux, parmi lesquels des compte-rendus d'intervention chirurgicale, des certificats médicaux et des attestations du centre de suivi spécialisé en surdité ainsi que des courriers attestant de la nécessité de poursuivre les soins post-opératoires de son jeune fils en vue de permettre son adaptation à cet équipement, son bon développement psychomoteur, et le bon fonctionnement de cet appareillage spécialisé, à défaut duquel il serait privé de la faculté de communiquer. Il ressort en particulier du certificat médical du 30 septembre 2022, établi par un praticien hospitalier, que l'enfant, atteint de surdité profonde bilatérale, a impérativement besoin d'un suivi par un audioprothésiste spécialisé tous les six mois, et justifie ainsi d'un rendez-vous fixé au 23 janvier 2023. Il bénéficie également dans le cadre de l'adaptation post-opératoire à cet appareillage, de soins paramédicaux hebdomadaires, qu'il effectue auprès d'une orthophoniste et du Centre d'Action Médico-Sociale Précoce déficiences sensorielles de Villeurbanne, ainsi que d'une scolarisation en petite section de maternelle, accompagnée dans le cadre du " dispositif surdité ". Par ailleurs, il n'est pas établi que les réglages permanents, spécifiques et précis aux implants cochléaires pourraient être réalisés en Algérie, ni que les pièces de rechange indispensables à leur bon fonctionnement y seraient disponibles à ce jour. Dès lors, dans les circonstances particulières de l'espèce, l'intérêt supérieur de l'enfant de la requérante implique que son accompagnement médical et socio-éducatif ne soit pas interrompu, dans un contexte post-opératoire récent. Il s'ensuit que le refus de titre de séjour en litige a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, ainsi que de la décision par laquelle il l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
6. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un titre de séjour temporaire soit délivré à la requérante sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Rhône de délivrer à Mme C un certificat de résidence, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :
7. Mme C n'a pas obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate ne peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Rhône du 23 septembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône de délivrer à Mme C un certificat de résidence dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Soubié, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.
La rapporteure,
P. Boulay
La présidente,
V. Vaccaro-Planchet La greffière,
S. Rivoire
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026