vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207681 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CARNOT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 octobre 2022, Mme B C, représentée par le cabinet Asterio (Me Bracq), demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 juin 2022 par laquelle le directeur général des Hospices civils de Lyon lui a infligé une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux semaines, dont une avec sursis, et la décision du 22 septembre 2022 par laquelle son recours gracieux a été rejeté ;
2°) de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon la somme de 1 500 euros par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure au terme de laquelle la sanction contestée a été édictée est irrégulière :
* en effet, le rapport de saisine du conseil de discipline a été lu en séance hors sa présence ;
* les observations qu'elle avait formulées pour sa défense devant cet organe n'ont pas été lues en séance ;
* elle n'a pas eu accès à l'intégralité des pièces sur lesquelles le rapport de saisine s'est fondé ;
- ce rapport se fonde en partie sur des témoignages anonymes ;
- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;
- la sanction n'est en toute hypothèse pas proportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2023, les Hospices civils de Lyon, représentés par la Selarl Carnot avocats (Me Prouvez), concluent au rejet de la requête de Mme C et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de cette dernière par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que les moyens soulevés ne sont pas susceptibles de prospérer.
La clôture de l'instruction est intervenue le 29 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Allais,
- les conclusions de M. A,
- et les observations de Me Teston, représentant Mme C, et de Me Litzler, représentant les Hospices civils de Lyon.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, agent des services hospitaliers qualifié titulaire aux Hospices civils de Lyon, affectée depuis 2012 au service de transport interne des patients du groupement hospitalier Est, a fait l'objet, par une décision du 21 juin 2022, d'une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de deux semaines, dont une avec sursis. Elle a saisi le tribunal d'une requête par laquelle elle demande l'annulation de cette sanction, et de la décision du 22 septembre 2022 par laquelle son recours gracieux a été rejeté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, selon l'article 6 du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière : " Lorsque le conseil de discipline examine l'affaire au fond, son président porte en début de séance à la connaissance des membres du conseil les conditions dans lesquelles le fonctionnaire poursuivi et, le cas échéant, son ou ses défenseurs ont exercé leur droit à recevoir communication intégrale du dossier individuel et du rapport mentionné à l'article 1er. / Ce rapport et les observations écrites éventuellement présentées par le fonctionnaire sont lus en séance. / Le conseil de discipline entend séparément chaque témoin cité. / A la demande d'un membre du conseil, de l'autorité ayant pouvoir disciplinaire, du fonctionnaire ou de son ou ses défenseurs, le président peut décider de procéder à une confrontation des témoins ou à une nouvelle audition de l'un d'eux. / Le fonctionnaire et, le cas échéant, son ou ses défenseurs ainsi que l'autorité investie du pouvoir disciplinaire peuvent, à tout moment de la procédure devant le conseil de discipline, demander au président l'autorisation d'intervenir afin de présenter des observations orales. Ils doivent être invités à présenter d'ultimes observations avant que le conseil ne commence à délibérer ".
3. Tout d'abord, s'il est vrai que le rapport de saisine de la commission administrative paritaire locale a été lu hors la présence de Mme C, cette circonstance ne l'ayant privée d'aucune garantie, la procédure à l'issue de laquelle la sanction contestée a été prise n'a pas, de ce fait, été viciée.
4. La requérante conteste ensuite l'absence de lecture, en séance devant le conseil de discipline, des observations qu'elle avait produites devant cet organe. Toutefois, la lecture ou l'examen en séance de ces observations ne peut davantage être regardée en elle-même comme une garantie dont la seule méconnaissance suffirait à entacher d'illégalité la décision prise au terme de la procédure. Ainsi, et alors qu'il ressort du procès-verbal du conseil de discipline que ce dernier a bien pris connaissance des observations préalablement transmises par Mme C, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que la procédure à l'issue de laquelle la sanction a été édictée est, pour ce motif, entachée d'irrégularité.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 137-1 du code général de la fonction publique : " Le dossier individuel de l'agent public doit comporter toutes les pièces intéressant la situation administrative de l'intéressé, enregistrées, numérotées et classées sans discontinuité ". Et aux termes de l'article L. 532-4 du même code : " Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et tous les documents annexes. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le rapport de saisine du conseil de discipline fait référence, en citant certains de ses passages, à l'évaluation professionnelle de Mme C réalisée au titre de l'année 2021. Si cette évaluation professionnelle ne figurait pas, ainsi que cela devait pourtant être le cas, dans le dossier individuel de l'intéressée mis à sa disposition pour consultation dans le cadre de la procédure disciplinaire, cette irrégularité est toutefois en l'espèce insusceptible de l'avoir privée d'une garantie dès lors que le rapport de saisine, qui lui a été préalablement communiqué, ne procède pas à un simple renvoi à cette évaluation, mais en cite certains de ses passages, étant relevé, au demeurant, que l'intéressée avait nécessairement été rendue destinataire de son évaluation professionnelle en dehors de la procédure disciplinaire contestée dans le présent litige. Mme C a pu, dans ces circonstances, préparer utilement sa défense.
7. En troisième lieu, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire peut légalement infliger à un agent une sanction sur le fondement de témoignages qu'elle a anonymisés à la demande des témoins, lorsque la communication de leur identité serait de nature à leur porter préjudice. Il lui appartient cependant, dans le cadre de l'instance contentieuse engagée par l'agent contre cette sanction et si ce dernier conteste l'authenticité des témoignages ou la véracité de leur contenu, de produire tout élément permettant de démontrer que la qualité des témoins correspond à celle qu'elle allègue et tous éléments de nature à corroborer les faits relatés dans les témoignages. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. Le rapport de saisine du conseil de discipline fait référence à un témoignage anonyme dont Mme C ne conteste ni l'authenticité, ni la véracité. La requérante n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que la procédure a été viciée du fait de la prise en compte, par l'autorité disciplinaire, de ce témoignage.
9. En quatrième lieu, il est reproché à Mme C d'avoir manqué de respect à sa supérieure hiérarchique en novembre 2019, d'avoir refusé de prendre en charge le transport d'un patient décédé en décembre 2019, d'avoir modifié seule son affectation en février 2020, d'avoir pris du retard dans la prise en charge d'un bébé devant être transporté sur un autre site de l'hôpital en février 2020, et d'avoir eu une altercation avec son encadrement en février 2022. Les pièces du dossier, constitués de témoignages, d'échanges de mails et de rapports circonstanciés rédigés les jours-mêmes des incidents, établissent l'exactitude matérielle de ces faits, qui présentent un caractère fautif.
10. Selon l'article L. 533-1 du code général de la fonction publique : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : 1° Premier groupe : a) L'avertissement ; b) Le blâme ; c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. 2° Deuxième groupe : a) La radiation du tableau d'avancement ; b) L'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par le fonctionnaire ; c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; d) Le déplacement d'office dans la fonction publique de l'Etat. 3° Troisième groupe : a) La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par le fonctionnaire ; b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. 4° Quatrième groupe : a) La mise à la retraite d'office ; b) La révocation ".
11. Il ressort des pièces du dossier, tout d'abord, que les retard et refus de transport de patients ont entraîné des difficultés d'organisation dans les services, le comportement de Mme C ayant pour effet de reporter la charge de travail sur d'autres agents qui n'étaient pas destinés à les réaliser. Ces difficultés sont également de nature à entraîner des retards de prise en charge des patients. Ensuite, l'attitude irrespectueuse de l'agent ne présente pas, ainsi qu'elle le soutient, un caractère isolé, dès lors qu'il ressort des comptes rendus de ses évaluations professionnelles au titre des années 2020 et 2019 que Mme C " doit modérer ses propos dans les couloirs ", adopte un " comportement d'une grande exigence qui demande à être satisfaite dans l'immédiateté [perturbant] la vie du service avec des désorganisation dans les transports ainsi que des conflits ", ou encore qu'elle présente " un caractère très (trop ') dynamique ". Eu égard à leur caractère répété et à leur degré de gravité, les faits reprochés à Mme C justifiaient que lui soit infligée une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de ses fonctions d'une durée de deux semaines assortie d'un sursis d'une semaine, et ce quand bien même l'intéressée a produit aux dossiers de nombreux témoignages en sa faveur.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la sanction disciplinaire qui lui a été infligée.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des Hospices civils de Lyon la somme réclamée sur leur fondement par Mme C.
14. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme de 250 euros à verser aux Hospices civils de Lyon sur le fondement des dispositions de cet article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Mme C versera aux Hospices civils de Lyon la somme de 250 euros par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et aux Hospices civils de Lyon.
Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Allais, première conseillère,
Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
La rapporteure,
A. Allais
Le président,
T. Besse
La greffière,
C. Réveillé
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026