mercredi 19 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207713 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire complémentaire enregistrés les 15 et 19 octobre 2022, sous le n° 2207713, M. F B, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (690125 Lyon - Saint Exupéry), représenté par Me Lussiana, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 15 octobre 2022 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. B soutient que :
1°) s'agissant de l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'incompétence ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation individuelle ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les dispositions de l'articles L. 611-3, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) s'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'existe pas de risque de soustraction ;
4°) s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que les quatre critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été pris en compte ;
- elle présente un caractère disproportionné au regard de sa situation familiale et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Le 17 octobre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a produit des pièces.
Vu :
- les pièces produites au cours de l'audience publique, soumises au contradictoire et versées dans Télérecours,
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience du 19 octobre 2022 :
- le rapport de M. Pineau, magistrat désigné, qui au cours de l'audience a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la possibilité de procéder à une substitution de base légale, en substituant le 2° du l'article L. 611-1 au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français suite à la production d'un document émanant des autorités tchèques sous couvert duquel M. B indique être entré en France.
- les observations de Me Lussiana, avocate pour M. B, qui a repris les moyens et conclusions de la requête. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, elle soulève le moyen tiré du défaut de base légale dans la mesure où M. B est entré régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour tchèque, s'étant marié avec une ressortissante tchèque, en cours de validité, de telle sorte que la mesure d'éloignement ne pouvait être fondé sur le 1° de l'article L. 611-1. S'agissant de sa situation personnelle et familiale, M. B est venu en France en raison de la présence de sa fille, effectue des démarches pour obtenir la reconnaissance de sa paternité, exerce deux emplois et assiste également son frère et sa nièce, sa mère résidant en Tunisie et venant très fréquemment en France. S'agissant de la menace à l'ordre public, celle-ci ne peut être établie par les seules mentions au fichier TAJ, en l'absence de condamnations pénales, par la seule détention d'un couteau de type Opinel et par un défaut d'assurance de son scooteur, fait ayant conduit à son interpellation. S'agissant de l'atteinte à la vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de sa fille, M. B indique entretenir des liens avec elle, lui verser de l'argent et lui envoyer des cadeaux et les décisions attaquées auraient pour conséquence une atteinte irrémédiable à la constitution de liens avec cette enfant âgée de six ans, les actes d'automutilation de M. B lors de sa garde-à-vue traduisant le désarroi créé par cette situation. Le refus de délai de départ volontaire ne peut davantage être fondé sur l'absence d'exécution de la précédente mesure d'éloignement, laquelle n'était plus exécutoire puisqu'elle avait été prise plus d'un an auparavant. S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, elle est disproportionnée en raison du jeune âge de sa fille, de sa durée de présence en France et compte tenu du fait qu'il a quitté la Tunisie depuis 2017 et qu'il n'y conserve plus de lien, hormis sa mère.
- les observations de M. B, requérant, assisté de Mme E, interprète en langue arabe, qui répond aux questions posées par le tribunal s'agissant de son parcours depuis son pays d'origine, son statut matrimonial, l'intéressé indiquant avoir divorcé de la ressortissante tchèque qu'il indique avoir épousée, de ses attaches familiales en France et en Tunisie, des contacts entretenus avec sa fille et des raisons pour lesquelles il n'a pas sollicité de titre de séjour depuis son arrivée en France.
- les observations de Me Tomasi, représentant le préfet du Puy-de-Dôme, qui conclut au rejet de la requête dont les moyens ne sont pas fondés. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, elle est valablement fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 dans le mesure où le requérant ne produit aucun document pour démontrer qu'il serait rentré régulièrement sous couvert d'un titre de séjour délivré par un pays de l'Union européenne et qu'en tout état de cause, le caractère régulier d'une telle entrée serait notamment subordonné à la justification de l'objet de son séjour en France. Le requérant ne produit aucune pièce quant à l'existence de l'enfant invoquée, sur sa nationalité française, sur l'existence d'un éventuel droit de garde, sur les contacts entretenus avec cette enfant et sur les subsides qu'il déclare lui envoyer. S'agissant de l'atteinte à la vie privée et familiale, le requérant a vécu en Tunisie jusqu'en 2017 et ne démontre pas la réalité des liens invoqués en France et, en outre, en application du 2° de l'article 8 de la CEDH, la menace à l'ordre public doit être prise en compte. Celle-ci est caractérisée en l'espèce et permet de fonder le refus de délai de départ volontaire puisque le requérant a été placé en garde à vue pour des faits d'outrage, rébellion et menaces de mort, faits ayant donné lieu à des poursuites par le procureur de la République. Ce refus de délai de départ est également valablement fondé sur une précédente mesure d'éloignement non exécutée et sur l'absence de garanties de représentation découlant notamment du défaut de tout document d'identité. Enfin l'interdiction de retour est proportionnée dans sa durée au regard des circonstances de l'espèce et elle procède d'un examen particulier de la situation du requérant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. F B, ressortissant tunisien né le 20 mars 1992, déclare être entré en France au cours de l'année 2019. Par un arrêté en date du 4 juin 2021 du préfet du Rhône, l'intéressé a fait l'objet de décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et par des arrêtés des 4 juin, 7 juillet et 31 juillet 2021, M. B a été assigné à résidence par le préfet de la Loire. Par un arrêté du 15 octobre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a fait obligation de quitter le territoire français à M. B, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé du pays de destination et a prononcé à son interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
3. En premier lieu, les décisions attaquées, en date du 15 octobre 2022, ont été signées par Mme D A, directrice de la citoyenneté et de la légalité, qui disposait d'une délégation de signature du préfet du Puy-de-Dôme, par un arrêté du 3 février 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, pour signer les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les décisions attaquées visent les textes dont elles font application, notamment les stipulations et dispositions utiles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elles précisent également les motifs ayant conduit le préfet du Puy-de-Dôme à faire obligation de quitter le territoire français à M. B sans délai de départ volontaire à destination du pays dont il a la nationalité ou tout pays où il établit être légalement admissible et à prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par ailleurs, les décisions contestées rappellent les éléments déterminants de la situation de M. B, son parcours depuis son arrivée en France et les attaches familiales dont il se prévaut. Les décisions en litige comportent ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement, permettant ainsi au requérant d'en discuter utilement. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. B avant d'édicter les décisions en litige. Si le requérant fait état de ce que le préfet n'aurait pas tenu compte des démarches entreprises pour faire reconnaître sa paternité et obtenir un droit de garde de sa fille vivant en France, il ressort cependant de la lecture de l'arrêté en litige que le préfet a pris en compte les éléments familiaux dont le requérant s'était prévalu au cours de son audition par les services de police, en relevant à cet égard que l'intéressé ne produisait aucun acte de naissance, ni justification de participation à l'entretien et l'éducation de cette enfant. Le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ().
7. Pour faire obligation de quitter le territoire français à M. B, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 précité en relevant qu'il était entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations il y a trois ans. Le requérant soutient que cette décision serait entachée d'un défaut de base légale dans le mesure où il justifierait du caractère régulier de son entrée puisqu'il serait titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités tchèques. Toutefois, M. B se borne à produire la photographie d'un document, peu lisible, insusceptible de démontrer le caractère régulier de son entrée en France. Au surplus et en tout état de cause, ce document, à supposer qu'il constitue un titre de séjour délivré par un Etat-membre de l'Union européenne autorisant son titulaire à circuler dans l'espace Schengen, ne saurait à lui seul conférer à l'entrée de M. B en France un caractère régulier. Par suite, en l'absence d'entrée régulière sur le territoire français, M. B relevait des prévisions de l'article L. 611-1, 1° du code du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et c'est sans entacher sa décision d'une erreur de base légale que le préfet du Puy-de-Dôme a pu édicter la mesure d'éloignement contestée.
8. En premier lieu, aux termes de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".
9. M. B soutient qu'il serait protégé contre l'éloignement en application des dispositions citées au point précédent dans le mesure où il serait père d'une enfant française mineure résidant en France, la présence de cette enfant sur le territoire national constituant d'ailleurs l'une des raisons de sa venue en France. Toutefois, si le requérant a fait état, lors de son audition par les services de police le 14 octobre 2022, de la présence de cette enfant et de ce qu'un test ADN serait bientôt réalisé, il ne produit toutefois aucun justificatif à l'appui de ses allégations, ni même de documents relatifs à l'identité de l'enfant et à sa domiciliation. Par suite, M. B ne démontre pas être parent d'un enfant de nationalité française ni, au demeurant, qu'il participerait à son entretien et son éducation au sens des dispositions précitées. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Puy-de-Dôme a pu faire obligation de quitter le territoire français à M. B.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
11. M. B fait état de la présence d'une fille mineure en France, des démarches mises en œuvre pour faire reconnaître sa paternité et obtenir un droit de garde. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point 8, le requérant ne produit aucun élément pour établir la situation familiale dont il se prévaut en France. Il ressort par ailleurs du procès-verbal de son audition, que M. B a indiqué être divorcé d'une ressortissante tchèque et il demeure célibataire et sans charge de famille en France et s'il indique que des membres de sa famille résident, sans apporter néanmoins de justificatifs, il ne peut être regardé comme disposant d'attaches à la fois anciennes, intenses et stables sur le territoire national où M. B est entré irrégulièrement, où il s'est maintenu en dépit des décisions mentionnées au point 1 et où il n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En outre, M. B a vécu l'essentiel de sa vie en Tunisie où il conserve nécessairement ses attaches culturelles et sociales et où il ne peut être regardé comme s'y trouvant en situation d'isolement dès lors que sa mère y réside. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. B entretiendrait des liens réguliers avec l'enfant dont il indique être le père, l'intéressé indiquant que l'enfant résiderait avec sa mère à La Rochelle alors qu'il déclare être domicilié à Clermont-Ferrand et M. B ne produit aucune pièce établissant les versements d'argent et divers achats qu'il indique réaliser au profit de l'enfant. Dans ces conditions, en faisant obligation de quitter le territoire français à M. B, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni porté atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant mineure avec laquelle M. B ne vit pas. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent ainsi être écartées.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision.". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
13. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. B, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur les dispositions citées au point précédent en relevant que le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public, l'intéressé étant notamment défavorablement connu des services de police pour des faits de conduite sans permis et de recel de vol, vol simple et violation de domicile, et qu'il existe un risque de soustraction à la mesure d'éloignement prise à son encontre en l'absence d'entrée régulière en France, en raison de la soustraction à une précédente mesure d'éloignement et en raison de l'absence de garantie de représentation.
14. M. B soutient tout d'abord que le préfet du Puy-de-Dôme ne pouvait se fonder sur l'existence d'une menace à l'ordre public pour lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire puisqu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation et qu'il a été arrêté en raison d'un défaut d'assurance, la possession d'un simple opinel ne pouvant caractériser la menace invoquée, pas davantage que les mentions figurant au fichier TAJ. Toutefois, s'il est vrai que le requérant n'a pas fait l'objet, à la date de la décision attaquée, de condamnations pénales, ce seul élément ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative puisse valablement estimer que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Or en l'espèce, M. B a été placé en garde-à-vue pour outrage, rébellion et menaces de mort et que les faits pour lesquels il est personnellement mise en cause ont donné lieu à des poursuites pénales, ainsi qu'il ressort des pièces produites en défense et ainsi que le fait valoir le représentant du préfet à la barre, l'intéressé est convoqué devant le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand pour les agissements sus-décrits. Par suite, c'est sans faire une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-2, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a pu refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. B au motif que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Ensuite, dès lors que le requérant ne justifie pas du caractère régulier de son entrée en France, ainsi qu'il a été exposé au point 7, le préfet a pu valablement estimer qu'il existait un risque de soustraction à la présente mesure d'éloignement, M. B relevant ainsi des cas prévus au 1° de l'article L. 612-3 du code précité. Par ailleurs, si le requérant soutient que la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet, le 4 juin 2021, ne pourrait pas fonder la décision en litige dans la mesure où, édictée il y a plus d'un an, elle n'était plus exécutoire, cette circonstance demeure sans incidence sur les conditions d'application des dispositions du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions trouvant à s'appliquer lorsqu'un étranger n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement, nonobstant le fait qu'elle aurait été édictée plus d'un an auparavant. Ainsi, c'est sans méconnaître les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Puy-de-Dôme a pu également refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire au requérant. Enfin, M. B, dépourvu de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, relevait également du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant que lui soit valablement lui refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire en raison d'un risque de soustraction résultant de son absence de garanties de représentation au sens des décisions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
16. En premier lieu, il ressort de la lecture de la décision attaquée que le préfet du Puy-de-Dôme a pris en compte, au cours de l'examen de la situation de l'intéressé au regard des critères prévus par les dispositions précitées, la durée de séjour de trois ans dont le requérant se prévalait en France, la nature des liens qu'il y faisait valoir, l'existence d'une précédente mesure d'éloignement édictée à son encontre en juin 2021 et la menace que sa présence en France représente pour l'ordre public. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier, ensemble la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
17. En deuxième lieu, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à l'encontre de M. B, le préfet du Puy-de-Dôme a relevé, que le requérant ne justifie pas de circonstances humanitaires, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, qu'en dépit de la durée alléguée de sa présence en France, il ne justifie pas de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire, que son comportement, à la date de la décision attaquée, constitue une menace pour l'ordre public et qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie familiale, M. B n'établissant pas être dépourvu d'attaches dans le pays dont il est ressortissant. Si le requérant fait état des démarches qu'il aurait engagées pour faire reconnaître sa paternité et de ce que sa fille serait âgée de six ans, âge nécessitant ainsi qu'il développe des liens avec elle, ces éléments ne peuvent être regardés comme constituant des circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées devant conduire à ce que le préfet s'abstienne d'assortir la mesure d'éloignement sans délai prise à l'encontre de M. B d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs dès lors que M. B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, en juin 2021, dès lors qu'il ne justifie pas de la nature de ses liens en France, en l'absence de toute pièce produite s'agissant tant de la fille mineure dont il indique être le père que de la présence des membres de sa famille en France, et dès lors qu'ainsi qu'il a été exposé au point 14, son comportement représente menace pour l'ordre public, c'est sans faire une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet au pu fixer la durée de l'interdiction de retour en litige à deux ans, cette durée ne présentant pas le caractère disproportionné invoqué, dans les circonstances de l'espèce, la durée maximale d'une telle mesure pouvant aller jusqu'à trois ans.
18. En dernier lieu, M. B soutient que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en ce qu'elle l'empêcherait de rendre visite à sa fille en France. Toutefois, le requérant ne justifie pas de la réalité et de l'intensité des attaches familiales dont il se prévaut en France, ainsi qu'il a été exposé. Au demeurant, il est loisible à M. B, une fois qu'il aura quitté le territoire national, de solliciter l'abrogation de la décision attaquée pour revenir régulièrement en France. Il résulte de ces éléments que le moyen tiré de l'atteinte de disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B doit être écarté.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2207713 de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Me Lussiana et au préfet du Puy-de-Dôme.
Lu en audience publique le 19 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
N. C
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026