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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207730

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207730

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSGUAGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2022, M. A, représenté par Me Sguaglia, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 16 septembre 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour " salarié ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- il n'est pas justifié que le signataire des décisions dispose d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elles ne sont pas motivées révélant un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a estimé que les dispositions de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ne lui étaient pas applicables ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- elles sont illégales par voie d'exception ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 14 novembre 2022 par ordonnance du 17 octobre 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schmerber, présidente ;

- et les observations de Me Sguaglia, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant de nationalité tunisienne né le 22 septembre 1989, est entré en France le 1er décembre 2016 muni d'un visa de court séjour et s'est maintenu sur le territoire à son expiration. Il demande l'annulation des décisions en date du 16 septembre 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour " salarié ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, Directrice de la Citoyenneté et de l'intégration en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet en date du 31 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Ain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté du 16 septembre 2022 vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 611-1, L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail. Par ailleurs, il précise les éléments déterminants de la situation du requérant qui ont conduit à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. En tout état de cause, la préfète n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France de l'intéressé, la circonstance que la décision ne vise pas le bail locatif à son nom dans le 3ème arrondissement de Lyon ou la reprise de ses études qui ne révèle aucun défaut d'examen particulier n'est pas de nature à l'entacher d'un défaut de motivation. Par suite, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Les moyens tirés du défaut de motivation et de l'absence d'examen sérieux doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié ". / () ". Aux termes de l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent accord, dans les conditions prévues par sa législation. " et aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an () ".

5. Pour refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", la préfète de l'Ain pouvait légalement se fonder sur le seul motif, non contesté, qu'il ne justifiait pas d'un visa de long séjour.

6. Au surplus, en deuxième lieu, si l'intéressé se prévaut du contrat à durée indéterminée dont il est bénéficiaire depuis le 10 juin 2022, il ne justifie pas du visa de ce contrat par les autorités compétentes.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, âgé de 33 ans à la date de la décision attaquée, résidait en France depuis 6 ans mais s'est maintenu en situation irrégulière, ainsi qu'il a été dit précédemment, à l'expiration de la durée de validité du visa Schengen C dont il était titulaire. Il n'a entrepris des démarches de régularisation de sa situation que plusieurs années après son entrée sur le territoire. En outre, célibataire et sans charge de famille, il ne démontre pas être dépourvu de toute attache personnelle ou familiale dans son pays d'origine où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. S'il fait valoir l'impossibilité de poursuivre sa vie privée et familiale en Tunisie en raison de la présence de membre de sa famille en France, il n'en justifie par aucun élément versé au dossier. Enfin, l'obtention d'un titre professionnel d'installateur de réseaux de télécommunication en décembre 2020 la signature d'un CDI en juin 2022 en qualité d'ouvrier polyvalent, et un bail locatif signé à son nom ne permettent pas d'établir que le requérant aurait désormais en France le centre de ses attaches familiales et personnelles. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par voie d'exception, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination.

10. En l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont seraient entachée la mesure d'éloignement et celle fixant le pays de destination doivent être écartés pour les motifs énoncés au point 8 s'agissant du refus d'admission au séjour.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au requérant, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Schmerber, présidente,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La présidente,

C. SchmerberL'assesseur le plus ancien au tableau,

L. Delahaye

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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