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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207741

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207741

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantMANYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et deux mémoires, enregistrés le 17 octobre 2022 et les 11 avril et 20 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Manya, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le garde des sceaux, ministre de la justice a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle et l'a radiée des cadres à compter du 22 août 2022 ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, à compter de la notification du jugement à intervenir, de prononcer sa réintégration ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de sa signataire ;

- il est entaché d'un défaut de motivation au regard des dispositions de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979, alors qu'intervenu en cours de stage, il devait être motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit ; en effet, faute d'avoir été informée de ce qu'elle était licenciée pour insuffisance professionnelle à compter du 22 août 2022, elle a continué à exercer ses fonctions jusqu'au 19 septembre 2022, date à laquelle l'arrêté attaqué lui a été notifié, et a ainsi bénéficié d'une prolongation automatique de son stage pour une durée d'un an ; l'administration, qui ne pouvait dès lors prononcer son licenciement en fin de stage, était tenue, soit de prononcer la prolongation de son stage pour une durée d'un an, soit de prononcer son licenciement en cours de stage à l'issue d'une procédure différente ;

- l'arrêté contesté est entaché d'une rétroactivité illégale, dès lors que s'il a été édicté le 17 août 2022 avec une prise d'effet à compter du 22 août suivant, il ne lui a été notifié que le 19 septembre 2022 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle n'a pas été en mesure d'accomplir son stage dans des conditions normales pour des raisons indépendantes de sa volonté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'arrêté contesté du 17 août 2022 a été retiré par un arrêté du 30 octobre 2022 portant licenciement pour insuffisance professionnelle et radiation des cadres de Mme B à compter du 16 septembre 2022 ;

- les moyens de la requête de l'intéressée dirigés contre cet arrêté du 17 août 2022 ne sont pas fondés.

Par un courrier du 20 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, d'une prévision d'enrôlement de l'affaire et d'une date prévisionnelle de clôture d'instruction à effet immédiat au plus tôt le 17 janvier 2024.

La clôture de l'instruction est intervenue le 4 mars 2024.

Par un courrier du 25 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, du 17 août 2022, dès lors que cet arrêté a été retiré, en cours d'instance, par un arrêté du 30 octobre 2022 devenu définitif.

Mme B a produit, le 25 mars 2024, des observations en réponse à ce moyen d'ordre public qui ont été communiquées au défendeur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gueguen ;

- et les conclusions de M. Pineau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Suite à sa formation au sein de l'École nationale d'administration pénitentiaire, Mme A B, élève surveillante de la 207ème promotion des surveillants de l'administration pénitentiaire, a été nommée surveillante stagiaire et affectée à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas à compter du 22 août 2021 en vue d'y effectuer un stage probatoire d'une durée d'un an. Le 7 juin 2022, le directeur-adjoint de cet établissement pénitentiaire a émis un avis défavorable à sa titularisation dans le corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire et a sollicité une " prolongation de stage ". Réunie le 10 août 2022, la commission administrative paritaire (CAP) compétente a, s'agissant de Mme B, rendu " un avis de licenciement ". Enfin, par un arrêté du 17 août 2022, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, le garde des sceaux, ministre de la justice a prononcé le licenciement pour insuffisance professionnelle de l'intéressée et l'a radiée des cadres à compter du 22 août 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 7 du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire, alors applicable : " Les élèves dont la scolarité a donné satisfaction sont nommés surveillants stagiaires et affectés selon leur rang de classement dans un établissement pénitentiaire ou tout autre service relevant de l'administration pénitentiaire. Ils sont classés à l'échelon de stagiaire du grade de surveillant. ". Selon les termes de l'article 9 du même décret : " Le stage dure un an. / Les stagiaires dont le stage a été jugé satisfaisant sont titularisés et classés selon les modalités prévues par le chapitre IV du présent titre. Ceux qui ne sont pas titularisés à l'issue du stage peuvent être autorisés à accomplir un stage complémentaire d'une durée maximale d'un an. / Les stagiaires qui n'ont pas été autorisés à effectuer un stage complémentaire ou dont le stage complémentaire n'a pas donné satisfaction sont soit licenciés s'ils n'avaient pas la qualité de fonctionnaire, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine. ". En l'absence de décision expresse de titularisation en fin de stage, l'agent conserve après cette date la qualité de stagiaire, à laquelle l'administration peut mettre fin à tout moment pour des motifs tirés de l'inaptitude de l'intéressé à son emploi.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". Selon les termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

4. En outre, un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.

5. Enfin, lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 30 octobre 2022, postérieur à l'introduction de la requête, le garde des sceaux, ministre de la justice, a retiré l'arrêté attaqué du 17 août 2022 portant licenciement pour insuffisance professionnelle et radiation des cadres de Mme B, à compter du 22 août 2022 et, a prononcé le licenciement pour insuffisance professionnelle ainsi que la radiation des cadres de l'intéressée à compter du 16 septembre 2022, en se fondant sur les motifs tirés de ce " qu'au regard de (son) absence total d'engagement () et de son incapacité à rendre compte, faisant douter de son professionnalisme, la CAP de titularisation du 10 août 2022 compétente pour le corps d'encadrement et d'application s'(était) prononcée pour un licenciement ". Ce nouvel arrêté, qui, contrairement à ce que soutient la requérante, comporte, sans ambiguïté, la mention régulière des voies et délais de recours, a été produit par l'administration le 15 janvier 2024 par l'intermédiaire de l'application informatique Télérecours accessible par le réseau internet mentionnée à l'article R. 414-1 du code de justice administrative et communiqué le jour-même à son conseil, qui la représente dans tous les actes de la procédure conformément aux dispositions de l'article R. 411-6 du même code et qui en a pris connaissance le lendemain. Ainsi, Mme B est réputée avoir eu connaissance de cet arrêté, au plus tard le 16 janvier 2024, la circonstance alléguée que ledit nouvel arrêté ne comporte " aucune mention " de sa notification étant à cet égard sans incidence. Par suite, et ainsi qu'en ont été informées les parties en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, dès lors que la requérante n'établit ni même n'allègue avoir formé, dans le délai de recours contentieux de deux mois prévu par les dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, un recours à l'encontre de ce nouvel arrêté du 30 octobre 2022, en tant qu'il retire l'arrêté contesté du 17 août 2022, d'une part, le retrait ainsi opéré a acquis un caractère définitif et d'autre part, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B dirigées contre cet arrêté du 17 août 2022.

7. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que les arrêtés des 17 août et 30 octobre 2022 comportent les mêmes motifs, ils ne peuvent cependant être regardés comme ayant la même portée compte tenu de la modification de l'un des éléments de leurs dispositifs, le premier prononçant le licenciement pour insuffisance professionnelle et la radiation des cadres de la requérante " à compter du 22 août 2022 " et le second " à compter du 16 septembre 2022 ". Par suite, les conclusions à fin d'annulation de Mme B ne peuvent être regardées comme tendant également à l'annulation de ce nouvel arrêté du 30 août 2022 en tant qu'il prononce son licenciement pour insuffisance professionnelle et sa radiation des cadres à compter du 16 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui prononce un non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 août 2022 sans rediriger les conclusions de la requête de l'intéressée à l'encontre du nouvel arrêté du 30 octobre 2022 n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État une somme au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le garde des sceaux, ministre de la justice, a prononcé le licenciement pour insuffisance professionnelle et la radiation des cadres de Mme B à compter du 22 août 2022.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

Le rapporteur,

C. Gueguen

La présidente,

A. Baux

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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