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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207742

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207742

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantPINHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 octobre 2022 et 30 octobre 2023,

M. B A, représenté par Me Pinhel, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 6 mai 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a ordonné de se dessaisir de ses armes, de ses munitions et de leurs éléments, quelle que soit leur catégorie, dans un délai de trois mois et a procédé à l'enregistrement de son interdiction d'acquérir ou de détenir des armes, des types d'armes et des munitions de toute catégorie au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de supprimer son inscription au FINIADA ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ; en effet :

• elle est dirigée contre l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a ordonné de se dessaisir de ses armes, de ses munitions et de leurs éléments quelle que soit leur catégorie, dans un délai de trois mois à compter de sa notification, ainsi que contre la décision procédant à l'enregistrement de son interdiction d'acquérir ou de détenir des armes, des types d'armes et des munitions de toute catégorie au FINIADA dont il a été informé de l'existence par une lettre du 9 mai suivant ;

•

• la date mentionnée sur cet arrêté étant illisible, il a légitimement pensé qu'il comportait la même date que la lettre du 9 mai 2022 qui l'accompagnait ;

• ledit arrêté ne comportant pas la mention des voies et délais de recours, il disposait d'un délai raisonnable d'un an pour le contester à compter de sa notification le 5 août 2022 ;

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ; en effet :

• son signataire demeure inconnu, dès lors que seule la première page de cet arrêté lui a été notifiée le 5 août 2022 ;

• il appartiendra au préfet du Rhône de lui communiquer sa deuxième page et, s'il n'est pas lui-même son signataire, de justifier que ce dernier bénéficiait d'une délégation de signature régulière ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision procédant à l'enregistrement de son interdiction d'acquérir ou de détenir des armes, des types d'armes et des munitions de toute catégorie au FINIADA est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui ordonnant de se dessaisir de ses armes, quelle que soit leur catégorie, dans un délai de trois à compter de sa notification.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête de M. A est irrecevable ; en effet :

• elle est dirigée contre une décision matériellement inexistante, dès lors que le dessaisissement des armes du requérant a été ordonné par un arrêté préfectoral du 6 mai 2022, et non par un arrêté préfectoral du 9 mai 2022 ;

• cet arrêté du 6 mai 2022 ayant été notifié le 5 août 2022 et l'intéressé ne justifiant pas avoir formé un recours administratif de nature à proroger le délai de recours contentieux, sa requête enregistrée le 17 octobre 2022, soit postérieurement à ce délai de recours contentieux de deux mois, est tardive ;

• lors de cette notification, M. A n'a pas indiqué qu'il manquait une page à l'arrêté préfectoral du 6 mai 2022 ;

• la lettre du 9 mai 2022 qui accompagnait cet arrêté ne constitue pas une décision faisant grief ;

- en tout état de cause, les moyens du requérant ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gueguen ;

- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public ;

-

- et les observations de Me Pinhel, représentant M. A.

Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 15 mars 2024. Considérant ce qui suit :

1. Le 17 février 2022, M. A a déclaré auprès des services de la préfecture du Rhône l'acquisition de deux armes de catégorie C. Suite à une enquête administrative ayant révélé que l'intéressé avait " été mis en cause le 10 juin 2014 pour violence sur un mineur de (quinze) ans sans incapacité et le 31 août 2014 pour violence sur un mineur de (quinze) ans suivie d'incapacité n'excédant pas (huit) jours ", par une lettre du 11 mars 2022, le préfet du Rhône a informé M. A de ce qu'il envisageait " de mettre en œuvre une procédure de dessaisissement en application des articles L. 312-11 et suivants du code de la sécurité intérieure " et l'a invité à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. Après que l'intéressé a présenté ses observations écrites le 6 avril 2022, par un arrêté du 6 mai suivant, le préfet du Rhône a ordonné à M. A de se dessaisir de ses armes, de ses munitions et de leurs éléments, quelle que soit leur catégorie, dans un délai de trois mois à compter de sa notification, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes, des types d'armes et des munitions de toute catégorie, a procédé à l'enregistrement de cette interdiction au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et lui a retiré la validation de son permis de chasser. L'intéressé demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions précitées du 6 mai 2022.

Sur les fins non-recevoir opposées en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative :

" La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification () de la décision attaquée. () ". Selon les termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières, dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

4. D'autre part, il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

1.

5. En l'espèce, premièrement, et contrairement à ce que fait valoir la préfète du Rhône, la requête de M. A n'est dirigée, dans le dernier état de ses écritures, ni contre un prétendu

" arrêté préfectoral du 9 mai 2022 ", ni même contre la lettre du 9 mai 2022 accompagnant l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône a ordonné à l'intéressé de se dessaisir de ses armes, de ses munitions et de leurs éléments, quelle que soit leur catégorie, dans un délai de trois mois à compter de sa notification, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes, des types d'armes et des munitions de toute catégorie, a procédé à l'enregistrement de cette interdiction au FINIADA et lui a retiré la validation de son permis de chasser, mais contre les seules décisions précitées du 6 mai 2022 par lesquelles l'autorité préfectorale a ordonné au requérant de se dessaisir de ses armes, de ses munitions et de leurs éléments, quelle que soit leur catégorie, dans un délai de trois mois, et a procédé à l'enregistrement de son interdiction d'acquérir ou de détenir des armes, des types d'armes et des munitions de toute catégorie au FINIADA. Par suite, les fins de non-recevoir opposées en défense, tirées de ce que la requête de M. A serait dirigée contre une décision matériellement inexistante et un acte ne faisant pas grief, ne peuvent qu'être écartées.

6. Deuxièmement, la préfète du Rhône fait valoir que la requête de M. A est irrecevable, dès lors qu'elle n'a été enregistrée au greffe du tribunal que le 17 octobre 2022, soit postérieurement au délai de recours contentieux qui avait commencé à courir le 5 août 2022, date à laquelle l'arrêté du 6 mai 2022 avait été notifié au requérant par voie administrative. Toutefois, alors que M. A soutient s'être uniquement vu notifier, le 5 août 2022, d'une part, la première page de l'arrêté précité du 6 mai 2022, comportant, outre un tampon à la date illisible, ses motifs ainsi que le premier article de son dispositif lui ordonnant de se dessaisir de ses armes, de ses munitions et de leurs éléments, quelle que soit leur catégorie, dans un délai de trois mois à compter de sa notification, laquelle première page ne mentionnait pas les voies et délais de recours lui permettant de le contester, et, d'autre part, une lettre du 9 mai 2022 par laquelle le préfet du Rhône l'informait que " par arrêté, ci-joint ", il lui avait ordonné de se dessaisir des armes qu'il détenait, quelle que soit leur catégorie, et attirait notamment son attention sur l'interdiction qui lui était faite par " cette décision, d'acquérir ou de détenir (d)es armes et types d'armes et les munitions de toute catégorie " ainsi que sur son inscription au FINIADA, laquelle lettre ne comportait pas davantage la mention des voies et délais de recours, l'administration ne démontre pas que le requérant se serait vu notifier ce même arrêté dans son intégralité le 5 août 2022 par la production d'une première lettre, revenue aux services préfectoraux le " 28 juillet 2022 ", comportant un tampon à la date illisible, intitulée " notification d'une procédure de dessaisissement d'arme " et faisant référence tant à un " arrêté du 27 avril 2022 prononçant le dessaisissement des armes de (M.) () A " qu'à un " courrier () ci-joint ", ni par la production d'une seconde lettre émanant des services de la gendarmerie nationale de Villefranche-sur-Saône en date du 10 août 2022, intitulée " notification dessaisissement d'armes concernant M. A " et faisant référence à un " courrier de la préfecture du Rhône en date du (8 mai 2022) ". Au surplus, l'administration ne peut utilement faire valoir que " le requérant n'a(urait) pas indiqué qu'il manquait une page " lors de la notification du 5 août 2022 dès lors qu'il ressort des pièces du dossier non seulement, que l'arrêté précité du 6 mai 2022 ne comportait pas la numérotation de son nombre de pages, étant seulement pourvu de la mention " / ", mais encore, que le 17 novembre 2022, le conseil de l'intéressé s'était adressé aux services préfectoraux en vue d'obtenir la " communication de l'intégralité " de cet arrêté. Aussi, dès lors que la préfète du Rhône n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, de ce que l'arrêté du 6 mai 2022 aurait été notifié le 5 août 2022 avec la mention des voies et délais de recours permettant à l'intéressé de le contester, le requérant disposait du délai de recours contentieux raisonnable d'un an à compter de la date à laquelle il a eu connaissance des décisions précitées du 6 mai 2022, soit à compter du 5 août 2022. Par suite, la requête de M. A, qui a été enregistrée au greffe du tribunal

1.

le 17 octobre 2022, soit dans ce délai raisonnable d'un an, est recevable, et la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de la tardiveté de la requête, ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant dessaisissement d'armes, de leurs munitions et de leurs éléments, quelle que soit leur catégorie, dans un délai de trois mois :

7. En vertu de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. () ". Selon les termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne () le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles ()

L. 312-11 lorsque : / () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; () ". Le juge de l'excès de pouvoir exerce un entier contrôle sur les décisions prises par l'autorité préfectorale en application de ces dispositions.

8. Pour ordonner à M. A de se dessaisir de ses armes, de ses munitions et de leurs éléments, quelle que soit leur catégorie, dans un délai de trois mois, le préfet du Rhône s'est fondé sur le motif tiré de ce que " l'enquête administrative diligentée a(vait) fait apparaître que (l'intéressé) a(vait) été condamné à (six) mois d'emprisonnement délictuel (avec un) sursis simple total le 23 janvier 2015 pour (des faits de) violence sur un mineur de (quinze) ans sans incapacité () et (des faits de) violence sur un mineur de (quinze) ans suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours ", respectivement commis aux mois de " juin " et " août 2014 ". Toutefois, s'il est constant que, par une ordonnance d'homologation du 23 janvier 2015, M. A a été condamné par le tribunal de grande instance de Lyon à une peine d'emprisonnement délictuel de six mois avec sursis pour des faits de " violences () n'ayant pas entrainé d'incapacité totale du travail " et de " violences () ayant entrainé une incapacité totale du travail personnel inférieure ou égale à (huit) jours, en l'espèce (deux) jours ", respectivement commis à Vaugneray les 10 juin et 31 août 2014 sur la personne de ses enfants, " avec cette circonstance que les faits ont été commis " sur deux mineurs

" de moins de (quinze) ans ", le requérant soutient, sans être contredit, que les faits à l'origine de cette condamnation intervenue " il y a plus de sept ans " à la date de la décision en litige,

" exceptionnels " et " isolés ", " ne se sont jamais reproduits ", qu'il avait " rencontré un psychologue après (c)es faits ", qu'il a " pris conscience de (leur) gravité " suite à ladite condamnation, qu'il est " séparé de la mère de ses enfants " et qu'il n'a plus aucun contact avec eux depuis l'année 2019, ces derniers ayant déménagé à Perpignan. En outre, pour en justifier, M. A verse au débat, d'une part, une attestation circonstanciée rédigée le 19 décembre 2014 par un psychologue clinicien l'ayant " reçu () pour un suivi psychologique suite à deux épisodes de violence sur ses enfants " et qui conclu qu'il n'est

" pas inquiet (de la) situation " et n'est " pas sûr que (le requérant) ait besoin d'un suivi psychologique " après avoir notamment relevé, outre son absence " de déni ou de dénégation vis-à-vis de sa violence ", la manifestation chez l'intéressé d' " un sincère sentiment de culpabilité " et sa reconnaissance de ce " que (l)e dépôt de plainte (par sa compagne) a(vait) sans doute été utile pour une prise de conscience afin que ces moments ne soient plus banalisés ", d'autre part, un jugement du 26 octobre 2016 par lequel le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance (TGI) de Lyon, après avoir relevé une séparation

du couple " intervenue en janvier 2015 ", a notamment constaté que M. A et sa compagne exerçaient en commun l'autorité parentale sur leurs deux enfants mineurs, a fixé la résidence des enfants au domicile de leur mère ainsi que les modalités d'accueil des enfants par leur père à défaut d'accord entre les intéressés et a condamné le requérant au paiement d'une pension alimentaire de 175 euros par mois et par enfant, et, enfin, trois témoignages respectivement rédigés les 16, 20 et 24 septembre 2022 par des proches attestant de ce qu'il " n'a pas vu ses enfants depuis (trois) ans " ainsi que les captures d'écran de deux messages de son ancienne compagne dont l'un, daté du 7 février 2022, fait état d'un retard dans le versement de cette pension alimentaire et de ce que l'intéressée à la charge de leurs deux enfants

" en totalité depuis plus de trois ans ". Ainsi, en dépit de la gravité des faits commis par M. A les 10 juin et 31 août 2014 ayant donné lieu à sa condamnation pénale le 23 janvier 2015, compte tenu du caractère ancien et isolé de ces faits et dès lors que l'administration n'établit ni même n'allègue qu'elle aurait entendu se fonder sur d'autres faits que ceux ayant donné lieu à cette condamnation pénale, il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement de l'intéressé présentait, à la date d'édiction de la décision en litige, une menace pour l'ordre public ou la sécurité des personnes le rendant incompatible avec la détention d'armes. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le préfet du Rhône a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure en lui ordonnant de se dessaisir de ses armes, de ses munitions et de leurs éléments, quelle que soit leur catégorie, dans un délai de trois mois à compter de sa notification.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 6 mai 2022 par laquelle le préfet du Rhône lui a ordonné de se dessaisir de ses armes, de ses munitions et de leurs éléments, quelle que soit leur catégorie, dans un délai de trois mois à compter de sa notification, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés à l'encontre de cette décision.

En ce qui concerne la décision portant inscription au FINIADA :

10. D'une part, aux termes de l'article L. 312-13 du code de la sécurité intérieure :

" Il est interdit aux personnes ayant fait l'objet de la procédure prévue à la présente sous-section d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie. () ". Et selon les termes de l'article L. 312-16 du même code : " Un fichier national automatisé nominatif recense : / 1° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments en application des articles () L. 312-13 ; () ".

11. D'autre part, en raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation du premier acte.

12. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit aux points 8 et 9 que M. A étant fondé à demander l'annulation de la décision du 6 mai 2022 par laquelle le préfet du Rhône lui a ordonné de se dessaisir de ses armes, de ses munitions et de leurs éléments, quelle que soit

1.

leur catégorie, dans un délai de trois mois à compter de sa notification, est, par voie de conséquence, également fondé à demander l'annulation de la décision du même jour par laquelle l'autorité préfectorale a procédé à l'enregistrement de son interdiction d'acquérir ou de détenir des armes, des types d'armes et des munitions de toute catégorie au FINIADA.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Selon les termes de l'article R. 312-77 du code de la sécurité intérieure : " Le fichier de données à caractère personnel relatif aux personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes institué par l'article L. 312-16 est mis en œuvre par le ministère de l'intérieur (service central des armes). Il est dénommé : "Fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes" (FINIADA). / Ce fichier a pour finalité la mise en œuvre et le suivi, au niveau national, des interdictions d'acquisition, de détention, de port et de la confiscation des armes en application de l'article L. 312-16. ".

14. Le présent jugement, qui annule la décision du 6 mai 2022 par laquelle le préfet du Rhône a procédé à l'enregistrement de l'interdiction d'acquérir ou de détenir des armes, des types d'armes et des munitions de toute catégorie de M. A au FINIADA, implique nécessairement que l'autorité préfectorale mette en œuvre la procédure d'effacement des données à caractère personnel relatives à l'intéressé renseignées dans le FINIADA, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à M. A en application des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du 6 mai 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a ordonné à M. A de se dessaisir de ses armes, de ses munitions et de leurs éléments, quelle que soit leur catégorie, dans un délai de trois mois et a procédé à l'enregistrement de son interdiction d'acquérir ou de détenir des armes, des types d'armes et des munitions de toute catégorie au FINIADA, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de mettre en œuvre la procédure d'effacement des données à caractère personnel relatives à M. A renseignées dans le FINIADA, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 500 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

Le rapporteur,

C. Gueguen

La présidente,

A. Baux

Le greffier,

J-P. Duret

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Un greffier,

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