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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207758

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207758

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207758
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2022 à 15h41, M. B A demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2022 par lequel le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à son conseil la somme de 1000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle souffre d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il n'est pas justifié de la délégation de signature accordée au signataire de la décision ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée.

Des pièces, produites par le préfet de la Drôme, ont été enregistrées les 19 et 20 octobre 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacroix, magistrate désignée ;

- les observations de Me Lebeaux, représentant M. A ;

- les observations de Me Tomasi, pour le préfet de la Drôme ;

- en présence de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité algérienne, né le 30 mai 1997, déclare être entré en France en 2019. A la suite de son interpellation conduisant à la vérification de son droit au séjour en France le 17 octobre 2022, le préfet de la Drôme, par un arrêté du même jour, notifié à 15h15, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par une décision du même jour, M. A a été placé dans un centre de rétention administrative.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. En premier lieu, Mme Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, bénéficie d'une délégation de signature consentie par arrêté du préfet du 27 août 2021 régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les différentes décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent. Elles sont par suite motivées.

5. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se soit abstenu de procéder à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire prise à son encontre méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il vit en France avec sa compagne, de nationalité française, laquelle est enceinte de trois mois. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A a déclaré être entré en France en 2019, que lors de son audition pas les services de police le 16 octobre 2022 à la suite de son interpellation, il a déclaré être célibataire et sans enfant, avoir une cousine éloignée en France, ses parents vivant par ailleurs en Algérie. S'il soutient être en relation avec une ressortissante française vivant sur le territoire national, ainsi que cela ressort du courrier émanant de cette dernière, il est constant que leur relation est très récente et date d'à peine cinq moins. Au surplus, l'état de grossesse de cette dernière n'est établi pas aucune pièce du dossier. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

7. En vertu des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'article L. 612-2 prévoit que, par dérogation à ces dispositions, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire, lorsque le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public et qu'il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. En vertu de l'article L. 612-3 de ce code, le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, lorsque l'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, lorsque l'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ou encore lorsqu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale.

8. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A, le préfet a considéré que M. A a été interpellé le 18 septembre 2022 pour des faits de vols avec violence commis en réunion, de violation de domicile ainsi que d'une interpellation le 15 octobre 2022 pour port d'armes illégal, qu'il est entré irrégulièrement en France et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, a tenté de se prévaloir de la nationalité italienne en présentant une carte d'identité falsifiée, qu'il s'est également prévalu de la nationalité tunisienne avant de reconnaître être de nationalité algérienne, qu'il est démuni de tout document d'identité établi à son nom, qu'il ne dispose pas d'une résidence effective et permanente sur le territoire national.

9. Si l'intéressé soutient ne pas avoir été condamné par une juridiction pénale pour les faits qui lui sont reprochés et n'avoir commis aucun vol, il résulte des éléments rappelés ci-dessus, et non sérieusement contestés, que le préfet pouvait, pour les autres motifs rappelés au point précédent, refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A. Dans ces conditions le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions ci-dessus rappelées doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. En vertu des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. En vertu de l'article L. 612-10 de ce code, la durée de cette interdiction de retour tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

11. M. A soutient vivre en France avec sa compagne, de nationalité française, laquelle est enceinte de trois mois, travailler dans la maçonnerie à Valence. Il indique également que son comportement ne représente pas une menace à l'ordre public. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, M. A a déclaré être entré en France en 2019. Lors de son audition pas les services de police le 16 octobre 2022 à la suite de son interpellation, il a déclaré être célibataire et sans enfant, avoir une cousine éloignée en France, ses parents vivant par ailleurs en Algérie. S'il soutient être en relation avec une ressortissante française vivant sur le territoire national, ainsi que cela ressort du courrier émanant de cette dernière, il est constant que leur relation est très récente et date d'à peine cinq mois. Au surplus, l'état de grossesse de cette dernière n'est établi pas aucune pièce du dossier. Compte tenu des éléments ci-dessus rappelés, et alors même que sa présence sur le territoire français ne représenterait pas une menace à l'ordre public et qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet n'a pas méconnu les dispositions rappelées ci-dessus en fixant la durée de cette interdiction à trois ans. Les moyens ainsi invoqués doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées à fin d'annulation de doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 octobre 2022.

La magistrat désignée

A. CLa greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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