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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207768

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207768

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantBARBU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 18 octobre 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée pour M. A.

Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2022 au greffe du tribunal administratif de Paris et régularisée le 1er novembre 2022, et un mémoire, enregistré le 10 janvier 2023, M. D A, représenté par Me Barbu, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de réexaminer sa situation aux fins de délivrance d'un titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet d'effacer son signalement dans le fichier européen de non-admission ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen ;

- il méconnaît les droits de la défense ;

- il est entaché d'une erreur de fait, dès lors qu'il est entré sur le territoire français avec un visa Schengen ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2023, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 11 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il y a lieu de substituer les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles du 1° du même article comme base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- il sollicite une substitution de base légale, les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pouvant être substituées à celles du 1° du même article ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Reniez, première conseillère, pour statuer en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de Mme Reniez, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né en 1982, conteste l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions attaquées en date du 22 septembre 2022 ont été signées par M. B C. Ce dernier, attaché d'administration de l'Etat à la préfecture de police de Paris, bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet de police de Paris du 24 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour, d'une délégation pour signer de tels actes. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque ainsi en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, et dès lors que le préfet n'est pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments concernant la situation personnelle du requérant, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un réel examen de la situation de M. A. Le moyen tiré du défaut d'examen doit par suite être écarté.

5. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense est dépourvu de précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français le 14 juillet 2022, muni d'un visa valable du 8 juillet 2022 au 2 août 2022, et s'y est maintenu au-delà de la durée de validité de son visa sans être titulaire d'un titre de séjour. Si le préfet de police de Paris a retenu à tort que l'intéressé était dépourvu de passeport et de visa, l'intéressé ayant déclaré lors de son audition que son passeport lui avait été volé, cette erreur de fait n'a pas eu d'incidence sur le sens de la décision dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision en se fondant sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il y a lieu de substituer à celles du 1° du même article, une telle substitution ne privant l'intéressé d'aucune garantie et l'administration disposant du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est né en 1982, a déclaré lors de son audition par les services de police le 21 septembre 2022 être entré sur le territoire français le 14 juillet 2022, soit moins de trois mois avant l'arrêté attaqué. S'il se prévaut de la présence de plusieurs membres de sa famille sur le territoire français, il est célibataire sans enfant à charge et n'est entré que très récemment sur le territoire français. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune insertion sur le territoire français. Dans ces conditions, l'arrêté en litige n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet de police de Paris aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A doit être écarté.

10. En dernier lieu, le requérant, qui n'a pas d'enfant mineur, ne peut utilement invoquer une méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La magistrate désignée,

E. Reniez

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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