mardi 24 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207824 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Rodrigues, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2022 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
M. A soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;
- elle est entachée d'illégalité par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour en date du 19 avril 2021, qui est entachée d'erreur de fait et de droit sur son âge, qui méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Le préfet de la Haute-Loire a produit des pièces, non communiquées, enregistrées le 6 janvier 2023, mais n'a pas produit de mémoire en défense.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Tocut, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien se disant né le 17 août 2002, demande l'annulation de l'arrêté du 29 août 2022 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
En ce qui concerne le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour du 19 avril 2021 :
2. En premier lieu, pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A présentée sur le fondement des dispositions alors codifiées à l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Loire a opposé le motif tiré de l'absence de présentation de documents d'état civil, l'analyse conduite par les services de la police aux frontières, le 13 février 2019, ayant conclu à l'inauthenticité des documents produits.
3. Aux termes des dispositions alors codifiées à l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
4. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
5. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
6. Il ressort, d'une part, que pour considérer comme falsifié l'acte de naissance, le service de la police aux frontières a retenu que l'extrait du registre des actes de l'état civil du 2 juillet 2018 délivré à Liliyo (Côte d'Ivoire) ne comportait pas l'heure de naissance en violation de l'article 52 du code de l'état civil ivoirien, que le fonds d'impression est douteux, que le cachet humide est de forme légèrement ovale et non de forme ronde. S'il a produit un extrait du registre des actes de l'état civil N°279 délivrée le 25 janvier 2019 et une copie intégrale du registre des actes de l'état civil non analysée par les services de polices, ce document ne comporte toujours pas l'heure de naissance et l'extrait d'acte de registre des actes d'état civil comporte une cacographie dès lors qu'il mentionne " née " alors qu'il est de sexe masculin. Enfin s'il produit une copie intégrale du registre des actes d'état civil datée du 12 mars 2021 ainsi qu'un extrait du registre des actes de l'état civil établi par le sous-préfet de Liliyo le 30 juin 2021, ce premier mentionne une date de naissance différente (même si un certificat d'authentification daté du 22 juillet 2021 a été également produit) et le dernier document est postérieur à la décision en litige. Les seules dénégations du caractère frauduleux des actes, affirmant que la " consolidation " de son état civil a été obtenue grâce à l'accompagnement à l'ambassade de Côte d'Ivoire par un conseiller municipal, ne suffisent à établir son état civil de manière précise et circonstanciée alors que les services consulaires établis en Côte d'Ivoire ont estimé que ces mêmes documents établis le 16 juillet 2021 ne remplissaient pas les conditions prévues par la loi ivoirienne.
7. Eu égard à cet ensemble d'éléments, dès lors que les documents présentés par l'intéressé ne pouvaient qu'être regardés comme étant manifestement irréguliers quant à la détermination de la date de naissance et de l'identité de M. A, et, nonobstant les circonstances alléguées quant au sérieux de la formation suivie par ce dernier et à la nature de ses liens familiaux dans son pays d'origine et au fait que les personnes et institutions qui l'ont suivi quotidiennement confirment le caractère vraisemblable de l'âge qu'il a déclaré, et, d'autre part, la production d'un passeport et d'une carte consulaire, documents d'identité ne disposant d'aucune force probante particulière et qui ont pu être établis sur la base des actes irréguliers, le préfet de la Haute-Loire pouvait légalement se fonder sur ce seul motif tiré de l'absence de documents justifiant de son état civil pour rejeter la demande de l'intéressé présentée au titre de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il ressort des pièces du dossier qu'au jour de la décision de refus de séjour du 19 avril 2021, M. A n'était présent en France que depuis moins de trois ans, ne justifiait d'aucune progression scolaire particulière ni d'aucune intégration professionnelle, était célibataire et sans charge de famille, et n'était pas dépourvu d'attaches en Côte d'Ivoire où réside son père et où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 14 ans. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision de refus de séjour portait une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et méconnaissait ainsi les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré, par exception, de l'illégalité de la décision de refus de séjour opposée à M. A le 17 avril 2021 doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens :
11. En premier lieu, l'arrêté du 29 août 2022 a été signé par M. D E, directeur des services du cabinet de la préfecture de la Haute-Loire, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet de la Haute-Loire du 1er juillet 2021 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, afin de prendre, dans le cadre des permanences et dans le ressort du département de la Haute-Loire, " les décisions prises en application du livre II, VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le cadre de l'éloignement des étrangers en situation irrégulière ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
12. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, le préfet de la Haute-Loire indique, dans son arrêté, que le requérant a fait état de sa concubine de nationalité française, mais relève qu'il ne précise pas la durée de cette relation et n'établit pas résider avec elle, et qu'il n'apporte pas davantage la preuve qu'elle serait enceinte de ses œuvres. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le défaut de motivation de l'arrêté en litige révélerait que le préfet de la Haute-Loire n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.
13. En troisième lieu, il résulte de ce qui a déjà été dit au point 9 que M. A n'est entré en France qu'en 2018, soit depuis quatre années au jour de la décision attaquée, et qu'il était toujours, au jour de la décision attaquée, célibataire et sans charge de famille. S'il établit avoir désormais validé un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en qualité de peintre en bâtiment, et être actuellement en deuxième année de bac professionnel " finitions aménagement " à Lyon, son insertion sociale et professionnelle sur le territoire demeure récente au jour de la décision attaquée. De même, s'il se prévaut désormais d'une vie commune avec une ressortissante française qui serait enceinte de lui, il ne justifie d'une telle vie commune que depuis le mois de janvier 2022 au plus tôt, soit moins d'un an avant la décision attaquée, alors que la grossesse de sa compagne n'aurait débuté qu'à l'été 2022. Dans ces conditions, en dépit de ses relations amicales et des commentaires encourageants de ses enseignants, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour, M. A n'est pas fondé, en l'état du dossier, à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. En outre, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.
Sur le pays de destination :
14. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi devra par voie de conséquence, être écarté.
Sur les conclusions accessoires :
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de cette requête doivent être rejetées en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Loire.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Tocut, première conseillère,
Mme Gros, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.
La rapporteure,
C. Tocut
Le président,
M. CLa greffière,
T. Zaabouri
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026