mercredi 26 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207862 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | GUERAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 23 et 26 octobre 2022, M. A D, représenté par Me Guérault, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 21 octobre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'entrée sur le territoire français au titre de l'asile et prescrit son réacheminement à destination de la Turquie ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de mettre fin à sa privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les modalités de transmission de l'avis de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la décision attaquée ont méconnu le principe de confidentialité de la demande d'asile ;
- compte tenu des conditions matérielles de cet entretien, il ne peut être déduit de ses déclarations que celles-ci seraient dépourvues de crédibilité ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte, en violation de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la fixation du pays de destination de son éloignement viole l'article 3, voire l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision viole le principe de non-refoulement des demandeurs d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par SCP Saidji et Moreau conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme D n'est fondé.
Vu la prestation de serment de Mme B, interprète en langue turque.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer en application de l'article L. 352-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 26 octobre 2022, au cours de laquelle, après le rapport de l'affaire, ont été entendues les observations de Me Guérault, pour M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
Le ministre de l'intérieur et des outre-mer, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant turc né le 26 juin 1983, est arrivé à l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry le 19 octobre 2022 par un vol en provenance d'Istanbul. Ayant présenté un visa estimé contrefait pour le passage de la frontière, un refus d'entrée sur le territoire français lui a été opposé et il a été maintenu en zone d'attente. Le même jour, il a sollicité l'asile à la frontière. Après son audition par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui a rendu un avis de non-admission, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, par une décision du 21 octobre, a rejeté sa demande d'entrée sur le territoire français au titre de l'asile et prescrit son réacheminement à destination de la Turquie ou de tout pays où il serait légalement admissible. M. D demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 352-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, si la confidentialité des éléments d'information collectés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur la personne sollicitant en France la qualité de réfugié est une garantie essentielle du droit d'asile, ce principe ne fait pas obstacle à ce que les agents habilités à mettre en œuvre le droit d'asile aient accès à ces informations. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la procédure suivie aurait porté atteinte au principe de confidentialité des éléments d'information résultant de la demande d'asile, dès lors que ces éléments n'ont été connus, transmis et étudiés que par les agents des autorités habilitées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à traiter les demandes, à savoir les agents de police ainsi que les agents de l'office et du ministère de l'intérieur, tous astreints au secret professionnel. Enfin, la circonstance que la décision serait transmise par télécopie pour être remise au demandeur en zone d'attente n'est pas davantage de nature à méconnaître le principe de confidentialité.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 531-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut décider de procéder à l'entretien personnel en ayant recours à un moyen de communication audiovisuelle dans les cas suivants : () 2° Lorsqu'il est retenu dans un lieu privatif de liberté () Les modalités techniques garantissant la confidentialité de la transmission et l'exactitude de la transcription des propos tenus au cours de l'entretien sont définies par décision du directeur général de l'office. / Le local destiné à recevoir les demandeurs d'asile entendus par un moyen de communication audiovisuelle doit avoir été préalablement agréé par le directeur général de l'office. () ".
5. Le recours par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à un moyen de communication audiovisuelle pour procéder à l'entretien personnel avec un demandeur d'asile, comme le prévoient ces dispositions, ne porte pas par lui-même une atteinte aux droits de la défense. Il ne ressort ni des termes du compte rendu de l'entretien de M. D avec l'officier de protection de l'office, ni d'aucune pièce du dossier, que cet entretien aurait été perturbée par quelque élément extérieur que ce soit, ni que ce dernier n'aurait pas pu librement s'exprimer. Le moyen tiré de ce que cet entretien n'aurait pas eu lieu dans des conditions matériellement satisfaisantes ne peut dès lors être accueilli.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : () 2° La demande d'asile est irrecevable en application de l'article L. 531-32 ; ". Selon l'article L. 531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : () 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article ". L'article L. 531-42 de ce code dispose que : " A l'appui de sa demande de réexamen, le demandeur indique par écrit les faits et produit tout élément susceptible de justifier un nouvel examen de sa demande d'asile. / L'Office français de protection des réfugiés et apatrides procède à un examen préliminaire des faits ou des éléments nouveaux présentés par le demandeur intervenus après la décision définitive prise sur une demande antérieure ou dont il est avéré qu'il n'a pu en avoir connaissance qu'après cette décision. () Lorsque, à la suite de cet examen préliminaire, l'office conclut que ces faits ou éléments nouveaux n'augmentent pas de manière significative la probabilité que le demandeur justifie des conditions requises pour prétendre à une protection, il peut prendre une décision d'irrecevabilité ".
7. D'une part, il résulte de ces dispositions et des mentions de la décision attaquée que, contrairement à ce que soutient M. D, le ministre de l'intérieur n'a pas porté d'appréciation sur le fond de la demande de réexamen d'asile du requérant mais s'est borné à tirer les conséquences de l'avis de rejet pour irrecevabilité de cette demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) opposé le 21 octobre 2022.
8. D'autre part, l'OFPRA, après audition de M. D, a rendu un avis d'irrecevabilité de la demande de réexamen de la demande d'asile de l'intéressé, une décision définitive de rejet lui ayant été opposée le 23 février 2018 et le requérant ne faisant état d'aucun fait ou élément augmentant de manière significative la probabilité qu'il justifie des conditions requises pour prétendre à une protection. Plus particulièrement, l'Office a ainsi relevé que l'identification dont il aurait fait l'objet en France, lors de manifestation de soutien à la communauté kurde, aurait eu lieu à la période où son dossier était examiné par l'OFPRA et qu'il n'en avait pas fait état à l'appui de sa demande d'asile, et que les faits ultérieurs indiqués étaient des conséquences directes des persécutions antérieures tenues pour non établie. Si M. D précise à l'audience certains points abordés lors de l'entretien, et notamment l'arrestation et la détention dont il indique avoir fait l'objet à son retour en Turquie, à l'exclusion de toute production nouvelle, les éléments ainsi relevés ne permettent de faire regarder les conditions requises pour prétendre à la protection internationale comme significativement augmentée et le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions précitées doit ainsi être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. / L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées à l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article. () ".
10. Ces dispositions ont pour objet la prise en compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile durant l'instruction de sa demande d'entrée sur le territoire, et non en cas de retour dans son pays d'origine. Elles prévoient en outre des garanties pour l'étranger, auquel son avocat ou l'association habilitée peuvent rendre visite en zone d'attente, contrairement à ce qu'a soutenu le requérant à l'audience. Le moyen tiré de ce que son état de vulnérabilité n'aurait pas dûment été pris en compte doit par suite être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 33 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés : " 1. Aucun des États Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. 2. Le bénéfice de la présente disposition ne pourra toutefois être invoqué par un réfugié qu'il y aura des raisons sérieuses de considérer comme un danger pour la sécurité du pays où il se trouve ou qui, ayant été l'objet d'une condamnation définitive pour un crime ou délit particulièrement grave, constitue une menace pour la communauté dudit pays ". Par ailleurs, aux termes du premier paragraphe de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
12. M. D, qui ne justifie pas avoir la qualité de réfugié, ne peut utilement se prévaloir du principe de non-refoulement résultant de l'article 33 de la convention de Genève. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que sa vie serait menacée en cas de réacheminement en Turquie ou vers un autre pays où il est légalement admissible, ni qu'il y serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants, en violations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 octobre 2022 lui refusant l'entrée sur le territoire français et fixant le pays de destination de son réacheminement.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. D doivent être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Jugement rendu en audience publique le 26 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
M. C
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026