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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207877

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207877

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207877
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantGODDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Goddet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 29 septembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné un pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, subsidiairement, de réexaminer sa demande et de lui remettre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

4°) en cas d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ou de la décision désignant le pays de destination, d'enjoindre au préfet du Rhône de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans l'attente du réexamen de sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- en l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), il y a lieu de considérer que le refus de séjour a été rendu à l'issue d'une procédure irrégulière, rien ne permettant d'établir l'existence de cet avis, pas plus que la régularité de la composition du collège et de sa délibération, ni de vérifier l'identité du médecin auteur du rapport médical ;

- le refus de séjour est insuffisamment motivé ;

- le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII et n'a pas tenu compte de sa situation personnelle ;

- il appartient au préfet d'établir que son état de santé pourrait être pris en charge en Guinée, sauf à ce que la décision méconnaisse l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code précité ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en ce qu'elle est prise sur le fondement d'un refus de séjour lui-même illégal ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision désignant le pays de destination est illégale en ce qu'elle est prise pour l'exécution d'une mesure d'éloignement elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne précitée, ainsi que les articles 1er, 4 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 9 décembre 2022, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Simonin, substituant Me Goddet, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

M. A n'était pas présent.

Le préfet du Rhône n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, la décision lui refusant un titre de séjour comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait en constituant le fondement. Elle est donc suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ". Selon l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Selon l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins (). Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

4. Il ressort des pièces produites par le préfet en défense que la décision refusant de délivrer un titre de séjour à M. A sur le fondement de l'article L. 425-9 du code précité a été prise au vu d'un avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 9 août 2022. M. A, qui n'a pas répliqué à la production de ces pièces, ne conteste pas que le collège était régulièrement composé et que le médecin ayant établi le rapport en application de l'article R. 425-11 du code précité ne siégeait pas au sein de ce collège, ce qui ressort par ailleurs du procès-verbal de l'avis. Le moyen tiré de ce que la décision aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ne peut donc qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il appartient, non au préfet de justifier de la légalité de la décision en litige, mais au requérant d'apporter toute précision utile au soutien des moyens qu'il invoque en vue d'en démontrer l'illégalité. Pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour de M. A, le préfet, qui a procédé à un examen complet de sa situation et n'a pas méconnu l'étendue de sa propre compétence, a estimé, se fondant sur l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait cependant pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. En se bornant à produire une ordonnance de son médecin généraliste prescrivant un traitement antidépresseur, M. A ne conteste pas utilement que son état de santé ne remplit pas les conditions de gravité fixées par l'article L. 425-9 du code précité pour ouvrir droit à la délivrance d'un titre de séjour. Il n'est donc pas fondé à soutenir que ces dispositions auraient été méconnues.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ()./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".

7. Pour soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées, M. A fait valoir qu'il a noué des relations amicales en France, et se prévaut également de son investissement dans son parcours universitaire ainsi que des nombreux services rendus au bénéfice de plusieurs associations. Il produit, à ce titre, de nombreuses attestations et témoignages émanant d'amis ou du personnel de l'université et des associations concernées. Cependant, ces éléments ne suffisent pas à démontrer que M. A, qui est célibataire et sans charge de famille et ne réside sur le territoire français que depuis quatre ans à la date de la décision en litige, aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. En outre, M. A ne conteste pas qu'il conserve des attaches familiales en Guinée, son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de son existence. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code précité. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Ni le sérieux avec lequel M. A poursuit son parcours étudiant, ni son investissement dans le milieu associatif, ne caractérisent, à eux seuls, des motifs exceptionnels de nature à lui ouvrir droit au séjour par application des dispositions précitées. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () / Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. ".

10. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité du refus de séjour qui lui a été opposé par le préfet du Rhône, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait elle-même illégale.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 ci-dessus, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 ci-dessus, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait l'article L. 611-3 précité.

En ce qui concerne la décision désignant le pays de destination :

13. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait elle-même illégale.

14. En deuxième lieu, la décision contestée est, contrairement à ce que soutient M. A, suffisamment motivée, dès lors qu'elle fait état des considérations de droit et de fait ayant conduit le préfet à désigner le pays de renvoi pour l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre.

15. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. Au soutien du présent recours, M. A, qui renvoie au récit développé devant les autorités compétentes en matière d'asile, n'apporte aucun élément nouveau, autre que ceux qu'il a déjà fait valoir devant la Cour nationale du droit d'asile et qui n'ont cependant pas conduit cette juridiction à lui reconnaître la qualité de réfugié, pour établir la réalité des risques encourus en cas de retour en Guinée. A cet égard, la Cour a jugé insuffisamment probant le récit de M. A relatif aux liens avec la junte militaire désormais au pouvoir, sans que l'intéressé n'apporte de nouveaux éléments de nature à étayer ses allégations. Par ailleurs, si les certificats médicaux produits attestent qu'il a été victime de sévices importants au cours de son existence, M. A n'établit pas l'origine de ces mauvais traitements. Enfin, la seule persistance de son engagement politique au sein de la section lyonnaise de l'Union des forces démocratiques de Guinée n'est pas suffisante à démontrer qu'il serait exposé à des représailles dans son pays d'origine. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision désignant le pays à destination duquel il peut être éloigné d'office serait contraire à l'article L. 721-4 du code précité et aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne précitée. Le moyen tiré de la violation des stipulations similaires de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit également être écarté.

17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

18. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il n'y a donc pas lieu de faire droit aux conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par M. A.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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