mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207909 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SACEPE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Sacépé, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 août 2022 par laquelle directeur interrégional des services pénitentiaires Auvergne-Rhône-Alpes a confirmé la sanction de quatorze jours de cellule disciplinaire, dont neuf jours avec sursis, prononcée à son encontre par le président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Lyon-Corbas le 21 juillet 2022 ;
2°) de prononcer l'effacement de la mention de cette sanction de ses antécédents disciplinaires ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à M. B, d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que :
* le compte-rendu d'incident a été rédigé tardivement, le lendemain des faits, et non dans les plus brefs délais, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 234-12 du code pénitentiaire ;
* l'agent rédacteur du compte-rendu d'incident et du compte-rendu professionnel n'est pas identifiable, en l'absence de précision de son nom et de son numéro de matricule, et sans qu'un motif valable de sécurité ne soit invoqué pour justifier de son anonymat, en méconnaissance des dispositions combinées de l'article R. 234-12 du code pénitentiaire et du point 2.4.3 de la circulaire du 9 juin 2011 ; en outre, cette circonstance ne permet pas de s'assurer qu'il n'a pas siégé lors de la commission de discipline ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions de la circulaire du 9 juin 2011 ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale, en méconnaissance du principe de légalité des sanctions, dès lors qu'elle est fondée sur des dispositions juridiques abrogées ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les fautes qui lui sont reprochées sont incompatibles entre elles ;
- la sanction prononcée à son encontre est disproportionnée.
La requête a été communiquée au garde des sceaux, ministre de la justice, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Par ordonnance du 4 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 5 juillet 2024.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux, conseillère,
- et les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, écroué à la maison d'arrêt de Lyon Corbas, s'est vu infliger, par une décision du directeur de l'établissement pénitentiaire en commission de discipline du 21 juillet 2022, une sanction de quatorze jours de cellule disciplinaire, dont neuf jours avec sursis, pour avoir introduit au sein de l'établissement un objet de nature à compromettre la sécurité des personnes, en l'occurrence un couteau. Cette sanction a été confirmée par une décision du directeur interrégional des services pénitentiaires Auvergne-Rhône-Alpes du 25 août 2022, faisant suite au recours administratif préalable obligatoire formé par le requérant. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires Auvergne-Rhône-Alpes du 25 août 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 234-12 du code pénitentiaire, en vigueur depuis le 1er mai 2022 : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ". Il résulte de ces dispositions que la présence dans la commission de discipline d'un assesseur choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement, qui ne peut être l'auteur du compte rendu établi à la suite d'un incident, constitue une garantie reconnue au détenu, dont la privation est de nature à vicier la procédure, alors même que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires, prise sur le recours administratif préalable obligatoire exercé par le détenu, se substitue à celle du président de la commission de discipline.
3. En l'espèce, comme le soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de discipline réunie le 21 juillet 2022 était composée dans le respect des dispositions de l'article R. 234-12 du code pénitentiaire, faute pour le garde des sceaux, ministre de la justice, de produire à l'instance une version du compte-rendu d'incident relatif à la procédure n° 202200383 comportant les initiales de son rédacteur, ainsi que le registre de la commission qui a siégé le 21 juillet 2022 mentionnant les initiales des membres présents, malgré une mesure d'instruction adressée par le tribunal en ce sens le 7 octobre 2024. M. B est, dès lors, fondé à soutenir que l'irrégularité de la composition de la commission de discipline a eu pour effet de le priver d'une garantie, entachant ainsi d'illégalité la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires Auvergne-Rhône-Alpes du 25 août 2022.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires Auvergne-Rhône-Alpes du 25 août 2022 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'effacement de la mention de la sanction :
5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement la suppression de toute mention de la sanction annulée dans le dossier de M. B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de procéder à cet effacement dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'Etat. ".
8. Il résulte de ces dispositions que le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle ne peut demander au juge de condamner à son profit la partie perdante qu'au paiement des seuls frais qu'il a personnellement exposés, à l'exclusion de la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle confiée à son avocat. Néanmoins, l'avocat de ce bénéficiaire peut demander au juge de condamner la partie perdante à lui verser la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit, en cas de condamnation, le recouvrement à son profit de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
9. En l'espèce, M. B sollicite le versement des frais de l'instance à son seul bénéfice. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale et le requérant n'établit pas avoir personnellement exposé des frais non compris dans les dépens. Dans ces conditions, alors que Me Sacépé n'a pas demandé le versement à son bénéfice de la somme correspondant aux frais exposés qu'elle aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle totale, les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 25 août 2022, par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires Auvergne-Rhône-Alpes a confirmé la sanction disciplinaire prononcée à son encontre par le président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Lyon-Corbas le 21 juillet 2022, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de procéder à l'effacement de toute mention de la sanction annulée dans le dossier de M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente ;
Mme Jorda, conseillère ;
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
La rapporteure,
J. Le Roux
La présidente,
A-S. Bour
La greffière,
S. Rivoire
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026