vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207965 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 26 octobre 2022, enregistrée au greffe du tribunal le même jour, le président du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A B.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nancy le 5 octobre 2022, et un mémoire, enregistré au greffe du tribunal le 2 janvier 2023, M. B, représenté par Me Jeannot, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 4 août 2022 par laquelle le préfet du Rhône a prononcé la " clôture " de sa " demande " de renouvellement de titre de séjour sur le téléservice " administration numérique pour les étrangers en France " (ANEF) ;
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard :
- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État.
Il soutient que :
- sa requête relève de la compétence territoriale du tribunal administratif de Nancy conformément aux dispositions de l'article R. 312-8 du code de justice administrative, dès lors qu'il a déménagé dans le département de Meurthe-et-Moselle ;
- sa requête est recevable, dès lors que la décision du 4 août 2022 prononçant le classement sans suite de sa demande de renouvellement de titre de séjour a les mêmes effets qu'une décision portant refus de titre de séjour et constitue dès lors une décision faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours en excès de pouvoir ;
- la décision contestée est entachée d'un vice d'incompétence, dès lors qu'elle a été édictée par un agent instructeur de la direction générale des étrangers en France (DGEF) du ministère de l'intérieur et des outre-mer, alors que seuls les services préfectoraux du département dans lequel il a son domicile étaient compétents pour l'édicter ;
- elle est entachée de vices de forme ; en effet :
• elle ne comporte ni la signature de son auteur, ni la mention, en caractère lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
• elle est entachée d'un défaut de motivation en droit au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors que l'autorité administrative a décidé de prononcer le classement sans suite de sa demande de renouvellement de titre de séjour au motif que son dossier était incomplet, alors qu'il lui a expliqué à plusieurs reprises qu'il n'avait pas à transmettre la pièce d'identité de M. C et qu'il avait déjà joint à plusieurs reprises la pièce d'identité de son père ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'en refusant de procéder à l'instruction sa demande de titre de séjour sur le fondement du pouvoir général de régularisation dont elle dispose à titre exceptionnel, l'autorité préfectorale a méconnu l'étendue de sa propre compétence ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il dispose d'un très bon parcours et s'était légitimement fondé sur les dispositions des articles L. 422-1, R. 431-10 et R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vue d'obtenir la délivrance d'un titre de séjour ainsi qu'un récépissé lui permettant de séjourner en France et de débuter sa formation en alternance ;
- elle emporte des effets disproportionnés sur sa situation personnelle ;
- il est dans l'impossibilité d'avoir accès à un récapitulatif de l'ensemble des pièces qu'il avait produites à l'appui de sa demande de renouvellement de titre de séjour en raison de la configuration du téléservice ANEF, de sorte qu'il appartiendra à l'autorité préfectorale de verser au débat la copie de l'intégralité de son dossier.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction malgré les deux mises en demeure qui lui ont été adressées les 22 décembre 2022 et 8 mars 2023, en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.
Par un courrier du 15 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, d'une prévision d'enrôlement de l'affaire et d'une date prévisionnelle de clôture d'instruction à effet immédiat au plus tôt le 15 février 2024.
La clôture de l'instruction est intervenue le 4 mars 2024.
Une mesure supplémentaire d'instruction a été diligentée le 20 mars 2024, en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, afin que la préfète du Rhône verse au dossier, dans un délai de trois jours, la copie de l'intégralité des pièces produites par M. B à l'appui de sa demande.
Par un courrier du 25 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'enjoindre à l'autorité administrative, sur le fondement de l'article L. 911-1 du même code, de poursuivre et d'achever l'instruction de la demande déposée par M. B sur le téléservice ANEF en prenant une décision sur la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par l'intéressé.
La préfète du Rhône a produit, le 26 mars 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, un premier mémoire en défense et des pièces complémentaires qui n'ont pas été communiqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;
- l'arrêté du 9 septembre 2021 modifiant l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Gueguen a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 23 mars 1999, déclare être entré en France au cours de l'année 2017, muni de son passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour et portant la mention " étudiant ", valide du 18 août 2017 au 18 août 2018. Le 2 novembre 2021, l'intéressé a sollicité des services de la préfecture du Rhône, au moyen du téléservice " administration numérique pour les étrangers en France " (ANEF) le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la même mention, valide du 1er octobre 2020 au 30 novembre 2021. Après avoir obtenu une " confirmation du dépôt " de sa " demande de renouvellement de titre de séjour ", M. B s'est vu délivrer, par l'intermédiaire du même téléservice, une première " attestation de prolongation d'instruction " de cette demande, valide du 16 décembre 2021 au 15 mars 2022. Alors qu'il s'était vu délivrer, pour le même motif, une deuxième " attestation de prolongation d'instruction " de sa demande, valide du 11 mars au 10 juin 2022, l'intéressé a été destinataire, le 25 mai 2022, d'une " demande " de " complément d'information () nécessaire à la poursuite de son instruction ", puis, les 21 juin et 4 juillet suivant, de deux autres " demande(s) " de " complément(s) d'information(s) nécessaire(s) à la poursuite de (cette) instruction ", avant de se voir délivrer une troisième " attestation de prolongation d'instruction ", valide du 4 juillet au 3 octobre 2022. Enfin, par une décision du 4 août 2022, révélée par une " notification " du téléservice ANEF et dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a prononcé la " clôture " de sa " demande " de renouvellement de titre de séjour.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En vertu de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Selon les termes de l'article 36 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " A l'exception des situations dans lesquelles un avocat est désigné ou commis d'office, l'aide juridictionnelle ou l'aide à l'intervention de l'avocat est demandée avant la fin de l'instance ou de la procédure concernée, sans préjudice de l'application des articles L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. ". Et aux termes de l'article 61 du même décret : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
3. En l'absence d'une situation d'urgence, et alors qu'aucune demande d'aide juridictionnelle, sur laquelle il n'aurait pas été statué, n'a été déposée, les conclusions de M. B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ne peuvent qu'être rejetées.
Sur l'acquiescement aux faits :
4. Selon les termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit. Il lui appartient alors seulement, lorsque le délai imparti au défendeur pour produire son mémoire a expiré et que la date de clôture de l'instruction est échue sans que celui-ci ait présenté des observations, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier et de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'affaire.
5. En l'espèce, en dépit des deux mises en demeure qui lui ont été adressées les 22 décembre 2022 et 8 mars 2023 en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, la préfète du Rhône n'a produit aucun mémoire dans le délai de trente jours qui lui était imparti. Cette mise en demeure étant restée sans suite à la date de la clôture de l'instruction intervenue le 4 mars 2024, l'autorité préfectorale doit être regardée comme ayant acquiescé aux faits exposés dans les écritures de M. B conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du même code.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le cadre juridique applicable au litige :
6. D'une part, les dispositions législatives et règlementaires du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient la procédure de dépôt, d'instruction et de délivrance des différents titres autorisant les étrangers à séjourner en France. Ainsi, aux termes de l'article R. 431-2 de ce même code, dans sa rédaction applicable au litige : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. () ". À cet égard, l'article 1er de l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice, codifié à l'annexe 9 de ce code, prévoit, dans sa rédaction applicable au litige, que : " Sont effectuées au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : / 1° A compter du 1er mai 2021, les demandes de cartes de séjour temporaires portant la mention " étudiant " () mentionnées aux articles L. 422-1 () du même code, de cartes de séjour pluriannuelles portant les mêmes mentions, délivrées en application des articles L. 422-6 () du même code () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 431-10 de ce même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / () La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Selon les termes de l'article R. 431-11 dudit code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. ". À cet égard, l'annexe 10 à ce même code, dans sa rédaction applicable au litige, prévoit que : "
Catégorie de titre de séjour
Libellé
()
CST : carte de séjour temporaire
()
Référence du CESEDA
Pièces justificatives
()()()()()
25
Titre de séjour pour motif d'études
CST portant la mention " étudiant "
()
L. 422-1
()1. Pièces à produire dans tous les cas :
()
- justificatif de moyens d'existence suffisants (sauf pour les titulaires du visa de court séjour " étudiant concours ") : () si vous êtes pris en charge par un tiers : justificatif d'identité du tiers ; les attestations bancaires de la programmation de virements réguliers ou une attestation sur l'honneur de versement des sommes permettant d'atteindre le montant requis (615 € mensuels) ; ()
()()()()()()
".
7. D'autre part, le refus d'enregistrer une demande de renouvellement d'un titre de séjour, motif pris du caractère incomplet du dossier, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.
8. Enfin, selon les termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. () ".
En ce qui concerne la nature de la décision contestée :
9. Pour " clôture(r) " la " demande en ligne de titre de séjour " effectuée par M. B au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Rhône s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'en dépit des " relances " de ses " services ", l'intéressé avait " présenté un dossier incomplet qui n'a(vait) pu faire l'objet d'une instruction ", et l'a invité, " avant de réaliser une nouvelle demande en ligne, () à rassembler l'ensemble des justificatifs prévus ".
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'après avoir obtenu sur le téléservice ANEF, le 2 novembre 2021, la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne de sa demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention étudiant, valide du 1er octobre 2020 au 30 novembre 2021, M. B s'est vu délivrer à trois reprises, par l'intermédiaire du même téléservice, des " attestation(s) de prolongation d'instruction " de sa demande, valides du 16 décembre 2021 au 15 mars 2022, du 11 mars au 10 juin 2022 et du 4 juillet au 3 octobre 2022, au motif d'une " difficulté de fonctionnement du service ", précisant, d'une part, que ladite " demande () déposée le (2 novembre 2021) " était " toujours en cours d'instruction " mais " ne pourra(it) aboutir avant l'expiration de (son) titre de séjour " et, d'autre part, qu'accompagnées de ce précédent titre de séjour expiré, elles lui permettaient de justifier de la régularité de son séjour en France, de maintenir l'ensemble des droits ouverts à raison dudit titre de séjour et d'autoriser son franchissement des frontières de l'espace Schengen. Par suite, dès lors que ces attestations de prolongation d'instruction ne sont délivrées, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'au cours de l'instruction d'une demande complète effectuée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du même code et ayant nécessairement fait l'objet d'un enregistrement préalable, la décision contestée du 4 août 2022, par laquelle le préfet du Rhône a prononcé la " clôture " de la " demande " de M. B sans porter une appréciation sur le droit au séjour de l'intéressé, ne peut être regardée, ni comme un refus d'enregistrement d'un dossier incomplet de demande de renouvellement de titre de séjour, ni comme un refus de renouvellement de titre de séjour, mais constitue un classement sans suite de cette même demande.
En ce qui concerne la légalité de la décision contestée :
11. En premier lieu, d'une part, aux termes du II de l'article 1er de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives : " Sont considérés, au sens de la présente ordonnance : / () 4° Comme téléservice, tout système d'information permettant aux usagers de procéder par voie électronique à des démarches ou formalités administratives ". Par ailleurs, selon les termes de l'article L. 112-9 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration met en place un ou plusieurs téléservices, dans le respect () des règles de sécurité et d'interopérabilité prévues aux chapitres IV et V de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives. / () Lorsqu'elle a mis en place un téléservice réservé à l'accomplissement de certaines démarches administratives, une administration n'est régulièrement saisie par voie électronique que par l'usage de ce téléservice. () ".
12. D'autre part, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Toutefois, selon les termes de l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 () ".
13. La décision de " clôture " de l'instruction d'une " demande " de renouvellement de titre de séjour portant la mention " étudiant " présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prise par le préfet ou par une personne disposant d'une délégation à cet effet, entre, en l'absence de texte législatif en disposant autrement, dans le champ d'application des articles L. 212-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, relatifs à la signature des actes administratifs. Il en résulte que si sa notification par l'intermédiaire d'un téléservice permet, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 212-2 de ce code, de déroger à l'obligation d'y faire figurer la signature de son auteur, elle ne dispense pas de l'obligation tenant à ce qu'elle comporte les prénom, nom et qualité de celui-ci ainsi que la mention du service auquel il appartient.
14. En l'espèce, si la décision attaquée du 4 août 2022, notifiée par l'intermédiaire du téléservice ANEF et par conséquent dispensée de l'obligation de comporter la signature de son auteur, mentionne la qualité de ce dernier, " agent instructeur " du " ministère de l'intérieur et des outre-mer ", elle ne comporte cependant aucune mention du nom et du prénom de celui-ci. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision contestée du 4 août 2022 est entachée d'un vice de forme au regard des dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.
15. En second lieu, le requérant fait état dans ses écritures de ce que sa demande de renouvellement de titre de séjour a fait l'objet d'une " clôture " de son " instruction " le 4 août 2022 au seul motif qu'il n'avait pas été en mesure de compléter son dossier par la transmission du justificatif d'identité du tiers le prenant en charge financièrement dans le cadre de ses études en France, à savoir son père. Il soutient que la décision contestée serait ainsi entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il avait déjà joint à plusieurs reprises la pièce d'identité de ce dernier et qu'il avait informé les services de la préfecture du Rhône de ce qu'il n'était pas en mesure de transmettre la pièce d'identité de " M. C " qui lui avait été demandée, l'administration ayant à cet égard été induite en erreur par une attestation relative à la mise en place d'un virement financier permanent délivrée par une agence bancaire portant le nom de cette personne célèbre, décédée depuis de nombreuses années et ayant donné son nom à un arrondissement de la ville de Rabat, avec laquelle il n'avait aucun lien de parenté.
16. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, en particulier des captures d'écran du téléservice ANEF, que M. B a été destinataire, le 25 mai 2022, d'une première " demande " de " complément d'information " l'invitant à produire un " relevé de notes " pour l'année universitaire 2020-2021 ainsi qu'un " document de ressources fournies par un tiers ". L'intéressé, qui avait répondu à cette demande le 16 juin suivant, a été destinataire, le 21 juin 2022, d'une deuxième " demande " de " complément d'information " l'invitant une nouvelle fois à produire un " relevé de notes " pour l'année universitaire 2020-2021 ainsi qu'un " document de ressources fournies par un tiers ", et précisant qu'il avait " envoyé " son " relevé " de notes pour l'année universitaire " 2021-2022 ". Après avoir répondu à cette demande le 3 juillet suivant, le requérant a été destinataire, le lendemain, d'une troisième " demande " de " complément d'information " l'invitant à produire un " document de ressources fournies par un tiers ", et plus précisément " la copie de la pièce d'identité de Mr Yaacoob Al Mansour ", demande à laquelle il a répondu les 4 et 22 juillet 2022 en précisant, d'une part, qu'il avait " déjà joint le passeport de (s)on père ", et, d'autre part, que la " pièce d'identité de " Yaacoub el Mansour " " correspondait au " nom d'un quartier " de " (s)on ancienne résidence au Maroc ", ainsi que cela ressort notamment d'une attestation bancaire du 8 octobre 2020 versée au débat. Alors que l'inexactitude matérielle des faits exposés par M. B ne ressort d'aucune pièce du dossier et que l'autorité préfectorale qui n'a pas produit de mémoire en défense doit être regardée comme ayant acquiescé, tant à la circonstance tirée de ce que la " clôture " de l'" instruction " de la demande de l'intéressé a été prononcée le 4 août 2022 au seul motif qu'il n'avait pas été en mesure de compléter son dossier par la production du justificatif d'identité de son père qu'à celle tirée de ce qu'il avait déjà produit ce justificatif d'identité, par suite, dès lors d'une part, qu'il résulte de ce qui a été exposé au point 10 que M. B avait nécessairement produit un dossier complet à l'appui de sa demande, d'autre part, que le justificatif d'identité du tiers le prenant en charge financièrement dans le cadre de ses études en France n'était pas au nombre des pièces dont l'absence rendait impossible l'instruction de sa demande et, enfin, que l'intéressé avait en tout état de cause produit ce justificatif d'identité en réponse aux différentes relances des services préfectoraux, le requérant est fondé à soutenir que le préfet du Rhône a entaché la décision attaquée d'inexactitude matérielle des faits en prononçant la " clôture " de l' " instruction " de sa demande au motif qu'il avait présenté un dossier incomplet n'ayant pu faire l'objet d'une instruction.
17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision contestée du 4 août 2022.
Sur l'injonction d'office :
18. Selon les termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police. ".
19. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que l'autorité préfectorale poursuive et achève l'instruction de la demande de M. B en prenant une décision sur son droit au séjour. Par suite, et ainsi qu'en ont été informées les parties en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administratif, il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du même code, d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'y procéder, dans un délai de deux mois, à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à M. B, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les frais liés au litige :
20. M. B ne pouvant se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser au requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 4 août par laquelle le préfet du Rhône a prononcé la " clôture " de la " demande " de renouvellement de titre de séjour déposée par M. B sur le téléservice " administration numérique pour les étrangers en France " (ANEF) est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de poursuivre et d'achever l'instruction de la demande de M. B en prenant une décision sur son droit au séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'État versera une somme de 1 500 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
Le rapporteur,
C. Gueguen
La présidente,
A. Baux
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026