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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207990

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207990

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207990
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGIUDICELLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2022 à 11 heures 10, M. B C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2022 du préfet du Rhône portant mise en demeure de quitter la parcelle AE0019 située 2 avenue d'Amsterdam à Saint-Laurent-de-Mure (Rhône) dans un délai de 24 heures à compter de sa notification.

Il soutient qu'il ne peut quitter les lieux du fait de la présence dans le groupe de personnes âgées et malades ; la commune a mis en place des containers pour les déchets et le site est sécurisé du fait qu'il est clos.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 modifiée ;

- le décret n° 2019-171 du 5 mars 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Clément, vice-président, en application de l'article R. 779-8 du code de justice administrative.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Guidicelli pour M. C qui maintient les moyens et conclusions de la requête. Il précise que les adductions d'eau et d'électricité sont disponibles et que les déchets sont collectés. Il n'existe pas d'emplacement permettant leur installation. Le campement comporte une quarantaine de caravanes et héberge environ 200 personnes. Aucun problème avec le voisinage n'est identifié. Il est demandé un délai.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les services de la police municipale de Saint-Laurent-de-Mure ont constaté la présence de soixante-dix caravanes et véhicules accueillant plus d'une centaine de personnes occupant la parcelle AE0019 située 2 rue d'Amsterdam à Saint-Laurent-de-Mure. Faisant suite à la demande présentée par le maire de la commune de mettre en œuvre la procédure d'évacuation des occupants sans droit ni titre prévue par les dispositions de la loi du 5 juillet 2000, par un arrêté du 26 octobre 2022, le préfet du Rhône a mis en demeure les personnes illégalement installées sur le terrain de quitter les lieux dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'arrêté en litige. M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 9 de la loi 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I. - Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er () / II. - En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / () ".

5. Aux termes de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales : " I. - A. : - () Par dérogation à l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre est compétent en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, les maires des communes membres de celui-ci transfèrent au président de cet établissement leurs attributions dans ce domaine de compétences. / () II. - Lorsque le président de l'établissement public de coopération intercommunale prend un arrêté de police dans les cas prévus au I du présent article, il le transmet pour information aux maires des communes concernées dans les meilleurs délais. A la date du transfert des pouvoirs mentionnés au I, le président de l'établissement public de coopération intercommunale est substitué aux maires concernés dans tous les actes relevant des pouvoirs transférés. / () III. - () Si un ou plusieurs maires des communes concernées se sont opposés au transfert de leurs pouvoirs de police, le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales peut renoncer, dans chacun des domaines mentionnés au A du I, à ce que les pouvoirs de police spéciale des maires des communes membres lui soient transférés de plein droit, dans un délai d'un mois suivant la fin de la période pendant laquelle les maires étaient susceptibles de faire valoir leur opposition. Il notifie sa renonciation à chacun des maires des communes membres. Dans ce cas, le transfert des pouvoirs de police n'a pas lieu ou, le cas échéant, prend fin à compter de cette notification, sur l'ensemble du territoire de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales. / () ".

6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que lorsqu'une commune inscrite au schéma départemental est dotée d'une aire d'accueil ou est membre d'un groupement de commune qui est compétent pour la mise en œuvre du schéma départemental, le préfet ne peut mettre en œuvre la procédure prévue à l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 que si un arrêté y interdit le stationnement des résidences mobiles. Si les obligations d'une commune en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage ont été transférées à un établissement public de coopération intercommunal à fiscalité propre, il appartient alors au président de cet établissement public de prendre l'arrêté interdisant le stationnement des résidences mobiles.

7. Il est constant que la commune de Saint-Laurent-de-Mure est membre de la communauté de communes de l'Est lyonnais, mais que par un arrêté du 19 août 2014, le maire de la commune s'est opposé au transfert des pouvoirs de police qu'il détient en matière de stationnement des gens du voyage. Par arrêté du 29 septembre 2008, régulièrement publié, le maire de la commune a interdit le stationnement des gens du voyage en dehors des aires aménagées.

8. Alors que la commune de Saint-Laurent-de-Mure dispose sur son territoire d'une aire d'accueil, rien ne permet d'établir que la commune de Saint-Laurent-de-Mure ne remplit pas ses obligations au regard des dispositions de la loi du 5 juillet 2000.

9. Il résulte de l'instruction que le terrain en litige ne dispose pas d'installations sanitaires, que les branchements réalisés sur les réseaux d'eau et d'électricité sont illégaux et que le campement est situé à proximité d'un axe routier sur une zone industrielle. Si le requérant affirme que certaines personnes sont âgées et malades, il n'établit pas que ces personnes ne pourraient voyager. Par suite, le préfet du Rhône pouvait se fonder sur les motifs d'atteinte à la sécurité publique et d'atteinte à la salubrité publique pour mettre en demeure les intéressés de quitter l'emplacement en litige.

10. Par ailleurs, les dispositions de la loi du 5 juillet 2000 ne permettent pas au tribunal administratif d'accorder aux occupants un délai supplémentaire pour évacuer le terrain occupé illégalement.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Rhône.

Fait à Lyon, le 28 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

M. ALa greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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