mardi 17 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207994 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Sabatier (Selarl Bescou et Sabatier avocats associés), demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour temporaire, ou à défaut de procéder à un réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'il n'a pas été licencié pour abandon de poste mais parce que son récépissé ne l'autorisait plus à travailler, qu'il justifie d'un nouvel emploi et que sa date d'entrée en France est certaine puisqu'il réside habituellement en France depuis 2012 ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen préalable, réel et sérieux de sa situation et d'une erreur de droit dès lors qu'elle n'a pas apprécié l'opportunité de faire usage de son pouvoir de régularisation ou de mettre en œuvre la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions des articles L. 114-5 et L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la préfète, qui s'est fondée sur le caractère incomplet de son dossier résultant de l'absence de contrat de travail, ne lui a pas permis de remettre l'ensemble des documents utiles à son appréciation alors que l'injonction prononcée par le tribunal lui faisait obligation de réexaminer sa situation ;
- la préfète a méconnu les principes du contradictoire et de loyauté dès lors que la préfète n'a pas respecté le délai fixé par la mesure d'injonction du tribunal en se bornant à lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ne l'autorisant plus à travailler, ce qui a conduit à la perte de son emploi qu'il occupait depuis l'année 2017 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- l'accord-cadre franco-tunisien relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire et le protocole relatif à la gestion concertée des migrations du 28 avril 2008, publiés par décret n° 2009-905 du 24 juillet 2009 ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique M. Delahaye, premier conseiller, a donné lecture de son rapport.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 11 juillet 1992, entré irrégulièrement en France pour la dernière fois selon ses déclarations le 24 mars 2019, a sollicité le 18 septembre 2019 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien. Par un arrêté du 1er décembre 2020, la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination. Cette décision de refus de séjour, ainsi par voie de conséquence que les décisions subséquentes, ont été annulées pour erreur de droit par un jugement du 17 mai 2021 du tribunal administratif de Lyon faisant injonction à la préfète de la Loire de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Après lui avoir délivré plusieurs récépissés dans l'attente du réexamen de sa demande, la préfète de la Loire a par, l'arrêté attaqué du 29 juin 2022, refusé de de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. L'arrêté litigieux du 29 juin 2022 a été signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire en date du 5 mai 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.
Sur la décision de refus de séjour :
3. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié" ". Aux termes de l'article 2 de l'accord franco-tunisien du 28 avril 2008 susvisé : " () 2.3.3. Le titre de séjour portant la mention " salarié ", prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 modifié, est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'annexe I du présent protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi () ".
4. Pour rejeter la demande de titre de séjour portant le mention " salarié " présenté par B sur le fondement des stipulations précitées de l'article 3 de l'accord franco-tunisien, la préfète de la Loire, après avoir rappelé que la délivrance de ce titre est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, s'est également fondée sur la circonstance que l'intéressé a été licencié par la société TSM Est par courrier du 10 mars 2022 pour abandon de poste depuis le 4 janvier 2022 et qu'il n'a ainsi plus d'emploi.
5. En premier lieu, si M. B fait valoir qu'il n'a pas été licencié pour abandon de poste mais en raison du fait que son dernier récépissé de demande de titre de séjour ne l'autorisait plus à travailler et qu'il a conclu un nouveau contrat de travail le 8 septembre 2022, il ne justifie pas de la cause alléguée de son licenciement en se bornant à produire son dernier récépissé délivré le 20 juin 2022, valable jusqu'au 19 septembre 2022 ne l'autorisant pas à travailler, ni en tout état de cause être détenteur d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes tel qu'exigé par les stipulations précitées, ainsi que le rappelle la décision en litige. Par suite, l'intéressé, qui ne justifie par ailleurs pas de manière certaine de sa dernière date d'entrée en France suite à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 1er juillet 2016 ainsi que le mentionne la décision contestée, n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations précitées de l'accord franco-tunisien serait entachée d'erreurs de fait de nature à affecter sa légalité.
6. En deuxième lieu, compte tenu des motifs précédemment rappelés de la décision en litige, et alors qu'il est constant que l'intéressé ne dispose pas d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes auquel est subordonnée la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des stipulations précitées de l'article 3 de l'accord franco-tunisien, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles L. 114-5 et L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la décision litigieuse, qui a statué au fond sur la demande de l'intéressé, n'est pas fondée sur le caractère incomplet de son dossier, ni sur un vice de forme ou de procédure de sa demande faisant obstacle à l'examen de sa demande. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas plus des pièces du dossier que la préfète de la Loire aurait méconnu les principes du contradictoire et de loyauté.
7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de l'intéressé préalablement à l'édiction de la décision en litige, ni qu'elle aurait commis une erreur de droit à ce titre, alors même qu'elle ne fait pas expressément mention de que la préfète aurait apprécié l'opportunité de faire usage de son pouvoir de régularisation ou de mettre en œuvre à ce titre les orientations de la circulaire du 28 novembre 2012, alors que l'intéressé ne peut en tout état de cause utilement s'en prévaloir dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ().".
9. Si M. B produit des bulletins de paie justifiant de l'exercice d'une activité professionnelle en tant que manutentionnaire ou de chauffeur-livreur dans le cadre de missions d'intérim, de contrats à durée déterminée et d'un contrat à durée indéterminée conclu le 2 mai 2017, l'intéressé, célibataire sans enfant et titulaire d'une carte de séjour longue durée délivrée par les autorités italiennes, qui a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement du 1er juillet 2016 et indique être entré en France pour la dernière fois le 24 mars 2019, n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine ou en Italie où il dispose d'un droit au séjour. Il ne se prévaut par ailleurs d'aucune attache personnelle sur le territoire français. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté. La décision litigieuse n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
11. En second lieu, en l'absence d'autre élément, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que précédemment.
Sur la décision fixant le pays de destination :
12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Schmerber, présidente,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Collomb, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.
Le rapporteur,
L. DelahayeLa présidente,
C. Schmerber
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2207994
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026