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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208000

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208000

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208000
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantHMAIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Hmaïda, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 10 octobre 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou à défaut de procéder à un réexamen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors que l'autorisation de travail déposée par la société Juillard environnement n'a pas été examinée ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique M. Delahaye, premier conseiller, a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant kosovar né le 25 décembre 2002, entré en France selon ses déclarations le 7 janvier 2016, a sollicité le 21 mars 2022 son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par les décisions attaquées du 10 octobre 2022, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. En se bornant à produire une promesse d'embauche ainsi qu'une demande d'autorisation de travail établie le 24 novembre 2021 par la société Juillard Environnement, M. B, qui ne justifie pas du dépôt de cette demande, n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à l'édiction des décisions en litige en ayant notamment relevé que l'intéressé n'a pas produit, à l'appui de sa demande, une autorisation de travail préalablement obtenue dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail.

Sur la décision de refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

4. M. B fait valoir qu'il est entré régulièrement en France en 2016 à l'âge de 13 ans où il vit auprès des parents et de son frère, que son oncle y réside régulièrement, qu'il y a obtenu son baccalauréat et s'est ensuite inscrit en BTS sans pouvoir poursuivre sa scolarité en raison de sa situation administrative et qu'il justifie d'une promesse d'emploi au sein d'une entreprise de désamiantage. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, célibataire sans enfant, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit d'une décision de refus de séjour du 21 janvier 2021, assortie d'une mesure d'éloignement, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif le 8 novembre 2021, que son père et son frère se maintiennent également illégalement sur le territoire français malgré des mesures d'éloignement respectives du 23 novembre 2018 et du 24 mai 2019, également confirmées par le tribunal administratif, et que sa mère fait également l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 11 mai 2022. L'intéressé ne justifie en conséquence pas d'attaches familiales pérennes en France. En outre, si l'intéressé a obtenu un baccalauréat technologique STMG en juin 2021 ainsi qu'une promesse d'embauche en qualité d'opérateur de désamiantage, ces éléments ne sont pas à eux seuls de nature à démontrer que la décision en litige aurait des conséquences disproportionnées sur sa vie privée et familiale dès lors qu'il n'est pas établi, ni même allégué, qu'il ne pourrait pas poursuivre ses études ou débuter sa vie professionnelle dans son pays d'origine. Compte tenu de ces éléments, M. B n'est pas fondé en l'espèce à soutenir que la décision en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

6. Au regard de ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle et professionnelle du requérant, la décision de refus de séjour en litige ne méconnaît pas davantage les dispositions de l'article L. 435-1 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

8. En second lieu, en l'absence d'autre élément, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que précédemment.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire par voie de conséquence des précédentes devra être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivant : ()5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. ".

11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement du 21 janvier 2021 et que la préfète de l'Ain a pu en conséquence à bon droit estimer, en l'absence de circonstance particulière, qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, sans que M. B ne puisse utilement faire valoir qu'il était tenu d'effectuer une demande de titre de séjour au regard des dispositions de l'article L. 411-1 du code de l'entée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées et de l'erreur d'appréciation commise par la préfète de l'Ain doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire à l'appui des conclusions dirigées contre la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

15. Eu égard à ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle de M. B, qui s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain, qui a pris en considération l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées et de l'erreur d'appréciation doivent en conséquence être écartés.

16. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Schmerber, présidente,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

Le rapporteur,

L. DelahayeLa présidente,

C. Schmerber

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2208000

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