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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208004

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208004

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2022, M. A D, représenté par Me Bescou (Selarl BS2A Bescou et Sabatier associés), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer le titre de séjour temporaire, ou à défaut de procéder à un réexamen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions litigieuses sont entachées d'incompétence ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen préalable et sérieux de sa situation et d'un vice de procédure dès lors que la préfète de l'Ain ne s'est pas prononcée sur la demande d'autorisation de travail dont elle était saisie ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle est insuffisamment motivée ; elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Delahaye, premier conseiller, a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant arménien né le 19 décembre 1986, entré en France selon ses déclarations le 21 novembre 2018, a sollicité le 18 juillet 2022 son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 20 octobre 2022, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté litigieux du 20 octobre 2022 a été signé par Mme C, directrice de la citoyenneté et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de l'Ain en date du 31 janvier 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

Sur la décision de refus de séjour :

3. En premier lieu, en se bornant à produire une promesse d'embauche du 22 juin 2022 en qualité d'opérateur de tri ainsi qu'une demande d'autorisation de travail signée par la société CRIT, M. D, qui ne justifie pas du dépôt de cette demande, n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à l'édiction de la décision en litige, ou qu'elle aurait entaché sa décision d'un vice de procédure, en ayant notamment relevé que l'intéressé n'a pas produit, à l'appui de sa demande, une autorisation de travail préalablement obtenue dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. M. D fait valoir qu'il réside habituellement en France depuis le 21 novembre 2018 avec son épouse et leurs deux enfants nés le 7 juillet 2019 et le 5 mars 2021, que son fils aîné y est scolarisé, qu'il justifie d'une expérience bénévole au sein des ateliers solidaires de l'association L'Oasis, qu'il maîtrise la langue française et qu'il dispose d'une promesse d'embauche en qualité d'opérateur de tri ainsi qu'une demande d'autorisation de travail. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé ainsi que son épouse, Mme B E, se maintiennent irrégulièrement sur le territoire français en dépit, suite au rejet de leur demande d'asile, d'une obligation de quitter le territoire français du 22 janvier 2021, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif le 14 avril 2021. En outre, alors que sa demande d'asile a été rejetée et en se bornant à faire état de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine liées à l'activité politique de son père, l'intéressé ne démontre pas être dans l'impossibilité de poursuivre sa vie familiale dans son pays d'origine, ainsi que la scolarité de ses enfants. Enfin, l'activité bénévole de l'intéressé ainsi que la promesse d'embauche en qualité d'opérateur de tri dont il se prévaut ne sont pas de nature à caractériser une intégration sociale et professionnelle significative sur le territoire français, alors, ainsi qu'il a été dit précédemment, qu'il se borne à produire un formulaire de demande d'autorisation de travail. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. D n'est pas fondé en l'espèce à soutenir que la décision litigieuse aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, ni qu'elle aurait méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants. Les moyens tirés de la violation des stipulations précitées doivent par suite être écartés. En l'absence d'autre élément, la décision litigieuse n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

7. Au regard de ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle et professionnelle du requérant, la décision de refus de séjour en litige ne méconnaît pas davantage les dispositions de l'article L. 435-1 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

9. En second lieu, en l'absence d'autre élément, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, ainsi que l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivant : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. ".

12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. D s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement du 22 janvier 2021 dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif le 14 avril 2021. La préfète de l'Ain, qui a suffisamment motivé sa décision, a pu en conséquence à bon droit estimer, en l'absence de circonstance particulière, qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. En conséquence, les moyens tirés de l'insuffisance motivation de la décision en litige et de la méconnaissance des dispositions précitées doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

15. En se bornant à faire état de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine en raison de l'activité politique de son père, M. D, dont la demande d'asile a été rejetée, ne démontre pas qu'il serait susceptible de faire l'objet de peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire à l'appui des conclusions dirigées contre la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

18. Eu égard à ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle de M. D, qui s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain, qui a pris en considération l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées et de doivent être écartés.

19. En dernier lieu, en l'absence d'autre élément, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Schmerber, présidente,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

Le rapporteur,

L. DelahayeLa présidente,

C. Schmerber

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2208004

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