jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208013 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CADOUX |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête n° 2208013 et un mémoire, enregistrés les 27 octobre 2022 et 23 mai 2023, M. B C, représenté par la SELARL Lozen avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite de refus née du silence conservé par le préfet du Rhône sur sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocat, ou à lui-même si sa demande d'aide juridictionnelle est rejetée, au titre des frais liés au litige.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, faute pour la préfète du Rhône d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, la préfète du Rhône conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
Elle fait valoir que la requête est devenue sans objet puisqu'elle a décidé de faire droit à la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. C, qui a retiré son titre de séjour le 5 juillet 2023.
Par ordonnance du 17 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 décembre 2023.
La demande d'aide juridictionnelle de M. C a été rejetée par une décision du 25 novembre 2022.
II. Par une requête n° 2208596, enregistrée le 21 novembre 2022, M. B C, représenté par la SELARL Lozen avocats, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision de 11 450 euros à valoir sur l'indemnisation des préjudices résultant de l'illégalité de la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son avocat, ou à lui-même si sa demande d'aide juridictionnelle est rejetée, au titre des frais liés au litige.
Il soutient que :
- il justifie de l'existence d'une obligation non sérieusement contestable en raison de l'illégalité de la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour ;
- la décision implicite de refus est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour le préfet du Rhône d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- du fait de cette décision, il a subi un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 17 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 décembre 2023.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 27 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Cadoux, représentant M. C, requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant albanais né le 5 septembre 1974, est entré en France le 20 octobre 2013 selon ses déclarations. Il a sollicité, le 18 mars 2019, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une première requête, M. C demande l'annulation de la décision implicite de refus née du silence conservé par le préfet du Rhône sur cette demande. Par une seconde requête, il sollicite du tribunal l'allocation d'une provision, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, suite à la demande indemnitaire qu'il a adressée au préfet le 16 juin 2022. Les requêtes présentées par M. C présentent à juger des questions communes. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Postérieurement à l'introduction de la requête, la préfète du Rhône a délivré à M. C une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " salarié ", valable du 24 avril 2023 au 23 avril 2024. Cette décision n'a cependant pas fait perdre leur objet aux conclusions du requérant tendant à l'annulation de la décision implicite de refus née du silence conservé par le préfet du Rhône sur sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". L'exception de non-lieu doit, dès lors, être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au présent litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France le 20 octobre 2013, soit presque six ans avant l'intervention de la décision attaquée, et qu'il s'est vu remettre une première autorisation provisoire de séjour le 30 octobre 2013. Il n'est en outre pas contesté qu'il justifiait à cette date, par les pièces qu'il produit, d'une présence continue sur le territoire français. Par ailleurs, si l'épouse du requérant réside en France depuis le 16 septembre 2013 sans justifier de la régularité de son séjour, les trois enfants du couple, nés en 2000, 2002 et 2004, ont suivi leur scolarité en France depuis 2013 et y résident en situation régulière, s'étant vu délivrer, chacun, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Enfin, M. C produit différentes attestations de nature à établir son intégration sociale en France et sa maîtrise de la langue française, quand bien même son insertion professionnelle reste limitée. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. C, le préfet du Rhône a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et, ainsi, a méconnu les dispositions précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de refus née du silence conservé par le préfet du Rhône sur sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
Sur la demande de provision :
6. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".
7. Pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
8. Pour les raisons indiquées précédemment, M. C remplissait les conditions pour obtenir le titre de séjour sollicité. Dans ces conditions, l'intéressé est fondé à soutenir que le refus implicite opposé à sa demande de titre de séjour est entaché d'une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Néanmoins, dans les circonstances de l'espèce, si le requérant n'a pas bénéficié, au cours de la période en litige, d'un titre de séjour l'autorisant à travailler, il n'est pas démontré que la situation de précarité dans laquelle il s'est trouvé durant cette période résulterait directement de sa situation administrative. En outre, si M. C se prévaut d'une promesse d'embauche du 25 mars 2019 délivrée par la société Plattard SAS, il n'établit pas avoir été employé par cette société après la délivrance du titre de séjour portant la mention " salarié ". Ainsi, cette promesse d'embauche ne présente aucune garantie suffisante de sérieux. Dans ces conditions, il ne peut être fait droit à sa demande de condamner l'Etat à lui verser une indemnité provisionnelle.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée de refus de titre de séjour implique nécessairement, en l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait, qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré au requérant. Par suite, il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Rhône de délivrer ce titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés aux litiges :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le requérant, dans ses deux requêtes, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de refus née du silence conservé par le préfet du Rhône sur la demande de M. C de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2208013 et la requête n° 2208596 sont rejetés.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,
Mme Marie Chapard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
La rapporteure,
F.-M. ALe président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
A. Baviera
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Nos 2208013-2208596
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026