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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208019

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208019

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMESSAOUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 27 et 28 octobre et le 3 novembre 2022, M. D A, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;

3°) d'annuler :

- l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel la préfète de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;

- la décision implicite par laquelle cette autorité lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision implicite portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :

- ses conclusions à fin d'annulation sont recevables, dès lors que les voies et délais de recours contre cette décision ne lui ont jamais été notifiés ;

- la décision contestée est entachée d'incompétence de sa signataire ;

- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été édictée à l'issue d'une procédure irrégulière ; en effet :

• la préfète de la Drôme n'a pas respecté les dispositions des articles L. 432-13 et L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni celles des articles R. 432-9 et R. 432-11 du même code, relatives à la consultation de la commission du titre de séjour ;

• ces vices de procédure ont exercé une influence sur le sens de la décision attaquée ou l'ont privé de garanties ;

- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté contesté du 24 octobre 2022 :

- elles sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- elles sont insuffisamment motivées au regard des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision implicite portant refus de renouvellement d'un titre de séjour ;

- elle a été édictée à l'issue d'une procédure irrégulière ; en effet :

• il n'a jamais été destinataire d'un avis de passage relatif à la lettre recommandée avec accusé de réception du 18 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Drôme l'informait de l'engagement d'une procédure contradictoire préalable au retrait de sa carte de résident ;

• aucune décision de refus de titre de séjour ne lui a été notifiée depuis qu'il est en possession d'une carte de séjour temporaire ;

- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, telles qu'interprétées conformément aux objectifs de la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 dont elles assurent la transposition ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 31 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- elle porte atteinte à sa liberté d'aller et venir et méconnaît les stipulations de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de délai volontaire :

- elle méconnaît les dispositions des 1° et 3° de l'article L. 612-2 et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, telles qu'interprétées conformément aux objectifs de la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 dont elles assurent la transposition ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et revêt un caractère disproportionné ;

- son signalement à fin de non-admission dans le SIS l'empêchera également d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen.

La requête a été communiquée à la préfète de la Drôme, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, les 28 octobre et 2 novembre 2022, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 relatifs aux réfugiés ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;

- le règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Driguzzi, greffière :

- le rapport de M. B, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur des moyens d'ordre public relevés d'office et tirés de l'incompétence du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Lyon pour se prononcer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite portant refus de renouvellement d'un titre de séjour ainsi que sur les conclusions accessoires afférentes à cette décision, lesquelles sont également irrecevables, dès lors que de telles conclusions, qui sont dirigées contre une décision qui n'a pas été notifiée simultanément à la décision portant obligation de quitter le territoire français, ni ne l'accompagne, et qui auraient dû faire l'objet d'une requête distincte, relèvent de la compétence d'une formation collégiale du tribunal administratif territorialement compétent ;

- les observations de Me Messaoud, avocate de permanence, pour M. A qui conclut aux mêmes fins, par les mêmes moyens, mais déclare se désister, d'une part, du moyen tiré de ce que la décision implicite portant refus de renouvellement d'un titre de séjour serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le requérant n'a aucunement sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur leur fondement, et, d'autre part, des moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée de vices de procédure, qu'elle méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 511-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations des articles 2, 3, et 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 31 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et qu'elle porterait atteinte à sa liberté d'aller et venir ; elle soutient en outre, d'une part, que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de base légale, dès lors que les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables à la situation de M. A, et méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'il est dans l'intérêt supérieur de ses cinq enfants mineurs de ne pas être séparés de leur père, et, d'autre part, que les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle insiste en particulier, d'une part, sur le moyen tiré l'erreur de droit dont est entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français au regard des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'impossibilité de leur substituer les dispositions du 5° du même article dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, d'autre part, sur le moyen tiré du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A dont est entachée la décision fixant le pays de destination au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il a nécessairement conservé sa qualité de réfugié et que la préfète de la Drôme ne s'est aucunement livrée a examen approfondi des risques qu'il encoure en cas de retour dans son pays d'origine, en particulier dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, et, enfin, sur le caractère disproportionné de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, dès lors que l'intéressé réside sur le territoire français depuis plus de dix-sept ans, qu'il y a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux compte tenu de la présence de son épouse, bénéficiaire du statut de réfugié, et de leurs cinq enfants mineurs, dont l'une est de nationalité française, et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement auparavant ; elle précise enfin que le requérant n'est pas divorcé de son épouse, l'intéressée ayant été autorisée à conserver son nom de jeune fille ;

- les observations de M. A, assisté de M. F, interprète en langue russe, qui indique, en réponse aux différentes questions qui lui ont été posées, qu'il est entré en France au mois de novembre 2004, accompagné de son épouse avec laquelle il s'est marié dans leur pays d'origine au mois de juillet 2004, pour y déposer une demande d'asile, que leurs cinq enfants mineurs sont nés sur le territoire français, que l'une de ses filles possède la nationalité française et qu'il a exercé, entre les années 2004 et 2021, plusieurs emplois en qualité de veilleur de nuit, d'éducateur, de livreur et de maçon ; il indique également, d'une part, qu'il s'occupe de ses enfants, et que sa présence auprès d'eux est indispensable dans la vie quotidienne compte tenu de l'état de santé de son fils cadet né au mois d'août 2022, d'autre part, qu'il ne possède aucune autre attache familiale sur le territoire français, à l'exception d'un frère, et que l'ensemble des membres de sa famille résident en Russie, et, enfin, que son épouse ne dispose pas davantage d'attaches familiales en France, l'intéressée ayant été assistée par des amies et des voisines durant son incarcération ; il déclare par ailleurs, de manière confuse, qu'il ne se souvient pas précisément des faits ayant conduit à sa première condamnation pénale mais que son épouse n'est pas toujours simple à vivre, que ses enfants étaient présents lors des faits ayant conduit à sa seconde condamnation pénale, et qu'il avait cessé de prendre le traitement qui lui avait été prescrit depuis l'année 2018 parce qu'il considérait qu'il était guéri ; il reconnaît en outre que son comportement et les disputes avec son épouse ne constituent pas un cadre propice au développement et à l'éducation de leurs enfants, et qu'il n'a pas respecté l'obligation qui lui était faite de s'abstenir de paraître au domicile conjugal entre les années 2020 et 2022 ; il déclare également, d'une part, tout en souriant, qu'il n'a aucun problème avec les femmes, et, d'autre part, qu'il ne sait pas pour quelles raisons il a agressé, le 23 avril 2022, des sapeurs-pompiers, mais qu'il avait consommé beaucoup de stupéfiants avec un ami d'origine tchétchène ce jour-là ; il déclare enfin qu'il regrette ses actes, qu'il souhaiterait retrouver sa vie d'avant et s'occuper de ses enfants, et qu'il fait en sorte de se soigner et ne se dispute avec son épouse que par téléphone pour éviter que leurs enfants en soient témoins ;

- et les observations de Me Morisson-Cardinaud, substituant Me Tomasi, représentant la préfète de la Drôme, qui conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens de M. A ne sont pas fondés, et demande au tribunal, s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de substituer aux dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles du 5° du même article, dès lors que le comportement du requérant, qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois compte tenu de l'expiration de son récépissé de demande de renouvellement d'un titre de séjour depuis le 31 juillet 2022, constitue une menace pour l'ordre public, ainsi qu'en attestent les nombreuses pièces du dossier ; elle insiste tout d'abord sur l'inopérance du moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision implicite portant refus de renouvellement d'un titre de séjour à M. A, dès lors que la mesure d'éloignement contestée ne trouve pas sa base légale dans les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la préfète de la Drôme ne s'est aucunement fondée sur cette décision implicite pour la prononcer, et qu'elle ne s'est pas davantage prononcée sur l'existence d'un droit au séjour de l'intéressé avant de l'obliger à quitter le territoire français ; elle insiste ensuite, d'une part, sur le fait que M. A ne démontre pas être le père d'un enfant français en se bornant à produire une carte nationale d'identité française, d'autre part, sur la circonstance que le requérant ne démontre pas davantage, en tout état de cause, contribuer à l'entretien et à l'éducation de cette enfant mineure conformément aux dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni à l'entretien et à l'éducation de ses quatre autres enfants, en outre, sur le fait que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public, compte tenu des trois condamnations pénales dont il a fait l'objet, et, enfin, sur la nécessité de protéger son épouse ainsi que leurs enfants mineurs de la violence de son comportement ; elle insiste en outre sur la circonstance que M. A n'apporte pas le moindre commencement de preuve de nature à démontrer qu'il serait exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine ; elle précise enfin, en réponse aux différentes questions qui lui ont été posées, d'une part, qu'elle n'est pas en mesure d'indiquer au tribunal le fondement légal du retrait de la carte de résident de M. A, ni celui sur le fondement duquel l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a mis fin à son statut de réfugié, et, d'autre part, qu'elle n'a pas davantage d'informations sur l'éventuel examen qui aurait été mené s'agissant des risques encourus par le requérant en cas de retour dans son pays ni sur le point de savoir s'il aurait été invité à formuler des observations à ce sujet.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant russe né le 28 septembre 1985 à Grozny, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 7 novembre 2004 pour y solliciter l'asile. Après s'être vu octroyer le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 7 avril 2005, l'intéressé a bénéficié, à ce titre, de deux cartes de résident dont la dernière était valable du 20 mars 2015 au 21 mars 2025. M. A ayant été condamné par le tribunal correctionnel de Valence, le 12 février 2019, à un an d'emprisonnement pour des faits de " violences habituelles n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité ", puis, le 3 février 2020, à six mois d'emprisonnement dont quatre mois avec sursis assortis d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de " dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui " et de " violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité en récidive ", la préfète de la Drôme a décidé, le 18 décembre 2020, d'engager une procédure de retrait de sa seconde carte de résident et de lui délivrer, en lieu et place, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée familiale ". L'intéressé s'est ainsi vu remettre ce titre de séjour valable du 29 janvier 2021 au 28 janvier 2022. Par une décision du 18 novembre 2021, le directeur général de l'OFPRA a mis fin à son statut de réfugié. Après avoir sollicité des services de la préfecture de la Drôme le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et s'être vu remettre, le 31 janvier 2022, un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 30 juillet 2022, M. A a été condamné par le tribunal correctionnel de Valence, le 23 mai 2022, à douze mois d'emprisonnement dont quatre mois assortis d'un sursis probatoire pendant deux ans pour des faits de " violence sur un sapeur-pompier sans incapacité ", " violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours ", et " rébellion ". L'intéressé a été écroué au centre pénitentiaire de Valence du 20 mai au 26 octobre 2022. Par un arrêté du 24 octobre 2022, la préfète de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS). Par une décision du 26 octobre 2022, cette autorité a ordonné le placement de M. A en rétention administrative, et par une ordonnance du 28 octobre suivant, la juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon a ordonné la prolongation de cette rétention pour une durée de vingt-huit jours.

2. Le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté précité du 24 octobre 2022 ainsi que celle de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois par la préfète de la Drôme sur la demande de renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ".

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

4. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur la production de l'entier dossier par l'administration :

5. En vertu des dispositions de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

6. La préfète de la Drôme ayant produit, les 28 octobre et 2 novembre 2022, les pièces relatives à la situation administrative de M. A, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur la compétence du magistrat désigné et la recevabilité des conclusions dirigées contre la décision implicite portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 3 du code de justice administrative : " Les jugements sont rendus en formation collégiale, sauf s'il en est autrement disposé par la loi. ".

8. D'autre part, en vertu des dispositions de l'article L. 776-1 du code de justice administrative : " Les modalités selon lesquelles le tribunal administratif examine les recours en annulation formés contre les obligations de quitter le territoire français, les décisions relatives au séjour qu'elles accompagnent () obéissent () aux règles définies aux articles L. 614-2 à L. 614-19 du même code. ". Selon les termes de l'article R. 776-1 du même code : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du chapitre IV du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 732-8 du même code, ainsi que celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : / 1° Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prévues aux articles () L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les décisions relatives au séjour notifiées avec les décisions portant obligation de quitter le territoire français ; () ". L'article R. 776-2 de ce code énonce que : " () II. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour () notifiées simultanément. () ". L'article R. 776-5 du même code prévoit que : " () Le requérant qui, dans le délai de quarante-huit heures () a demandé l'annulation de l'une des décisions qui lui ont été notifiées simultanément peut, jusqu'à la clôture de l'instruction, former des conclusions dirigées contre toute autre de ces décisions. ". Et aux termes de l'article R. 776-6 de ce code : " Les conclusions dirigées contre des décisions mentionnées à l'article R. 776-1 notifiées simultanément peuvent être présentées dans la même requête. ".

9. Enfin, selon les termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant.

Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 () ". L'article L. 614-8 du même code prévoit que : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec () une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. ". Et aux termes de l'article L. 614-9 de ce code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction () statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. ".

10. Il résulte de ces dispositions combinées qu'il n'appartient pas au magistrat désigné en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi dans le cadre de la procédure prévue à l'article R. 776-14 du code de justice administrative, de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision par laquelle l'autorité préfectorale refuse la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour à un ressortissant étranger et qui ne lui est pas notifiée simultanément à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Ces conclusions, qui doivent faire l'objet d'une requête distincte, relèvent de la formation collégiale du tribunal administratif territorialement compétent.

11. En l'espèce, M. A a été placé au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry par un arrêté de la préfète de la Drôme du 26 octobre 2022. Dès lors, il appartient au magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Lyon de statuer sur la légalité de l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté contesté du 24 octobre 2022, notifié le 26 octobre suivant, par lesquelles l'autorité préfectorale l'a obligé à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. En revanche, si le requérant demande également au tribunal, par un mémoire enregistré le 28 octobre 2022, de prononcer l'annulation de la décision implicite de rejet, née du silence gardé pendant quatre mois par la préfète de la Drôme sur sa demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", il résulte de ce qui a été dit au point précédent que de telles conclusions, dirigées contre une décision qui n'a pas été notifiée simultanément à la mesure d'éloignement précitée, laquelle n'est d'ailleurs aucunement assortie d'une décision de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour et ne se prononce pas davantage sur le droit au séjour de l'intéressé, et qui auraient dû faire l'objet d'une requête distincte, relèvent de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif territorialement compétent, et non de celle du magistrat désigné. Ces conclusions, ainsi que les conclusions accessoires afférentes à la décision implicite portant refus de renouvellement d'un titre de séjour doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de trois ans :

12. En premier lieu, par un arrêté du 6 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Drôme du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, la préfète de la Drôme a donné délégation de signature à Mme E G, sous-préfète, directrice de cabinet, à l'effet de signer tous actes et documents administratifs relevant du cabinet ou des services rattachés au cabinet de la préfète de ce département, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées, ainsi que " les arrêtés de reconduite à la frontière et les obligations de quitter le territoire des étrangers en situation irrégulière ". Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées manque en fait et doit, par suite, être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon les termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". L'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Et aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 () et les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

14. Les décisions contestées visent les textes dont elles font application, notamment les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et exposent les circonstances de faits propres à la situation personnelle de M. A sur lesquelles la préfète de la Drôme s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire ainsi que pour décider, dans son principe et dans sa durée, de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. En tout état de cause, cette autorité n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé et la motivation d'une décision s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus. Dans ces conditions, les décisions attaquées, qui comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettent ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé, sont suffisamment motivées au regard des dispositions citées au point précédent.

15. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète de la Drôme n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle et familiale de M. A préalablement à leur édiction. Le moyen tiré de l'erreur de droit est infondé et doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative que si cette dernière a été prise pour son application ou s'il en constitue la base légale.

17. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier comme des observations présentées par l'administration en défense lors de l'audience publique, que la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de M. A n'a pas été prise pour l'application de la décision implicite par laquelle la préfète de la Drôme lui a refusé le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", laquelle n'en constitue pas davantage la base légale. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision contestée serait illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision implicite lui refusant le renouvellement de ce titre de séjour. Le moyen est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.

18. En deuxième lieu, d'une part, en vertu des dispositions de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprennent celles de l'article L. 311-5 du même code abrogé à compter du 1er mai 2021 : " La délivrance d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour n'a pas pour effet de régulariser les conditions de l'entrée en France, sauf s'il s'agit d'un étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire en application du livre V. ".

19. D'autre part selon les termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

20. Il ressort des termes de la décision contestée que la préfète de la Drôme s'est fondée, pour obliger M. A à quitter le territoire français, sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en retraçant sa situation administrative depuis son entrée en France au cours de l'année 2004, et en mentionnant ses condamnations pénales ainsi que sa dernière incarcération au centre pénitentiaire de Valence. Toutefois, il est constant que le requérant s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'OFPRA du 7 avril 2005, et s'il est également constant que le directeur général de l'OFPRA a mis fin au statut de réfugié dont il bénéficiait par une décision du 18 novembre 2021, la perte de ce statut est sans incidence sur la qualité de réfugié, que l'intéressé est réputé avoir conservée. La décision portant reconnaissance de la qualité de réfugié, qui revêt un caractère recognitif, a ainsi eu pour effet de rétroagir à la date à laquelle M. A est entré sur le territoire français, et donc de régulariser ses conditions d'entrée en France ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que le requérant doit être regardé comme justifiant être entré régulièrement sur le territoire national, au sens et pour l'application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du même code. Au surplus, il est constant que l'intéressé s'y est maintenu régulièrement entre les années 2004 et 2022, jusqu'à l'expiration de son récépissé de demande de renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", valide du 31 janvier au 30 juillet 2022. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la préfète de la Drôme a commis une erreur de droit en l'obligeant à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

21. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder soit à la demande des parties soit de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce dernier cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

22. Par ailleurs, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision, dont l'annulation est demandée, est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

23. La préfète de la Drôme, qui a sollicité lors de l'audience publique une substitution de base légale en ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise initialement sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif du parcours de M. A depuis son entrée sur le territoire national, peut légalement être fondée sur le 5° du même article, au motif que le comportement de M. A, qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois compte tenu de l'expiration de son récépissé de demande de renouvellement d'un titre de séjour depuis le 31 juillet 2022, constitue une menace pour l'ordre public, comme en attestent les nombreuses pièces du dossier, doit également être regardée comme ayant sollicité une substitution de motif.

24. Il ressort en effet des pièces produites en défense, et en particulier du bulletin n°2 du casier judiciaire de l'intéressé, que le requérant a d'abord été condamné par le tribunal correctionnel de Valence, le 12 février 2019, à un an d'emprisonnement pour des faits de " violences habituelles n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité ", commis sur son épouse entre le 9 juillet et le 31 août 2018, puis incarcéré au centre pénitentiaire de Valence du 25 février au 25 novembre 2019. Il a ensuite été condamné par le même tribunal, le 3 février 2020, à six mois d'emprisonnement dont quatre mois avec sursis pour des faits de " dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui " et de " violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité en récidive ", commis sur son épouse le 19 décembre 2019, soit quelques semaines après la fin de sa première incarcération pour de tels faits, puis incarcéré au centre pénitentiaire de Valence du 14 janvier au 29 février 2020. Cette deuxième peine était d'ailleurs assortie d'une mise à l'épreuve pendant deux ans, laquelle comprenait notamment l'obligation pour M. A de s'abstenir de paraître en tout lieu spécialement désigné, et en particulier au domicile conjugal, obligation que l'intéressé a reconnu, lors de l'audience publique, ne pas avoir respectée. Enfin, le requérant a été condamné par le tribunal correctionnel de Valence, le 23 mai 2022, à douze mois d'emprisonnement dont quatre mois assortis d'un sursis probatoire pendant deux ans pour des faits de " violence sur un sapeur-pompier sans incapacité ", " violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours ", et " rébellion " pour des faits commis le 23 avril 2022, puis écroué au centre pénitentiaire de Valence du 20 mai au 26 octobre 2022. Ainsi, compte tenu du caractère récent, réitéré et particulièrement grave de ces faits, le comportement de M. A, qui ne réside plus régulièrement en France depuis le 31 juillet 2022, date d'expiration de son récépissé de demande de renouvellement d'un titre de séjour, constituait une menace pour l'ordre public à la date de la décision contestée, contrairement à ce que soutient l'intéressé.

25. En l'espèce, la préfète de la Drôme a obligé le requérant à quitter le territoire français en retraçant sa situation administrative depuis son entrée en France au cours de l'année 2004, et en mentionnant ses condamnations pénales ainsi que sa dernière incarcération au centre pénitentiaire de Valence. Or, de tels motifs ne sont pas aux nombres de ceux permettant à l'autorité administrative d'obliger un étranger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, pour établir la légalité de la décision attaquée, l'administration a invoqué, lors de l'audience publique, un autre motif, tiré de ce que le comportement du requérant, qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois, constituait une menace pour l'ordre public à la date de cette décision. Dès lors, d'une part, qu'un tel motif est de nature à fonder légalement la décision contestée, d'autre part, qu'il résulte de l'instruction que la préfète de la Drôme aurait pris la même décision si elle s'était initialement fondée sur ce motif, et, enfin, que la substitution demandée ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué, il y a lieu de faire droit à cette substitution de motifs. Par ailleurs, la décision attaquée, qui doit désormais être regardée comme étant fondée sur le motif tiré de la menace pour l'ordre public que constituait le comportement de M. A, trouve son fondement légal dans les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent être substituées à celles du 1° du même article, dès lors, en premier lieu, que le requérant se trouvait dans la situation où, en application du 5° de l'article L. 611-1, l'autorité préfectorale pouvait l'obliger à quitter le territoire français, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie, et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Dans ces conditions, il y a également lieu de faire droit à la substitution de base légale demandée en défense par la préfète de la Drôme. Eu égard aux substitutions ainsi opérées, le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

26. En troisième lieu, aux termes l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

27. M. A se prévaut de la protection contre l'éloignement instituée par les dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est le père d'un enfant français mineur résidant en France et qu'il participe " naturellement " à son entretien et à son éducation. Contrairement à ce qu'a fait valoir la préfète de la Drôme lors de l'audience publique, l'intéressé justifie être le père d'un enfant français mineur en produisant la carte nationale d'identité qui a été délivrée le 10 octobre 2022 à sa fille aînée, désormais âgée de seize ans. En revanche, en produisant l'acte de naissance de l'intéressée, deux attestations rédigées respectivement les 5 et 10 décembre 2021 en des termes généraux et peu circonstanciés par son ancien employeur et un voisin, ce dernier indiquant d'ailleurs qu'il " déclare connaître M. C depuis (qu'il) a emménagé à cette adresse, soit août 2015 " alors que le requérant se prénomme Magomed A, ainsi qu'une attestation de vie commune rédigée par son épouse le " 3 novembre ", M. A ne démontre pas qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de cette enfant depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Au surplus, ni cette enfant, ni aucun autre membre de la famille du requérant n'étaient présents lors de l'audience publique, et l'intéressé n'établit ni même n'allègue qu'il aurait entrepris des démarches pour conserver des liens avec sa fille aînée au cours de ses différentes périodes d'incarcération. Le moyen tiré de la méconnaissance du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est infondé et doit, par suite, être écarté.

28. En quatrième lieu, en vertu des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

29. M. A soutient qu'il a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français depuis plus de dix-sept ans, dès lors qu'il y réside avec son épouse, titulaire du statut de réfugié, " malgré (leurs) problèmes conjugaux ", ainsi que leurs cinq enfants mineurs, dont l'une est de nationalité française, que sa présence auprès d'eux est " indispensable " compte tenu de l'état de santé de son fils cadet, et qu'il a travaillé en qualité de maçon carreleur du 18 mai 2021 au 5 avril 2022. Il fait également état de l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale dans son pays d'origine. Il produit, pour en justifier, son ancienne carte de résident, valable du 21 mars 2015 au 20 mars 2025, le récépissé de sa demande de renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valide du 31 janvier au 30 juillet 2022, son acte de mariage, la carte de résident de son épouse, valable du 21 mars 2015 au 20 mars 2025, les actes de naissance de leurs cinq enfants mineurs, respectivement nés sur le territoire français les 3 février 2006, 30 janvier 2009, 2 décembre 2010, 3 septembre 2013 et 9 août 2022, les comptes rendus rédigés les 10 et 11 août 2022 par le Centre hospitalier de Valence à la suite de la prise en charge de son fils cadet au sein du service de néonatologie pour " hypoventilation ", " bradycardie fœtale " et " souffrance fœtale aigue sur hématome rétro placentaire " du 9 au 11 août 2022, la carte nationale d'identité française délivrée à sa fille aînée le 10 octobre 2022, une quittance de loyer pour le mois d'octobre 2022, un certificat de travail délivré par son employeur mentionnant son emploi de maçon carreleur entre le 18 mai 2021 et le 5 avril 2022, ainsi que quatre attestations rédigées respectivement les 5, 9 et 10 décembre 2021, et le " 3 novembre ", par son ancien employeur, un voisin et son épouse. Toutefois, s'il est constant que M. A a résidé régulièrement en France entre les années 2004 et 2022, il résulte de ce qui a été dit au point 24 que sa présence représente une menace pour l'ordre public et que son comportement délictuel depuis l'année 2018, qui a conduit à son incarcération au centre pénitentiaire de Valence à trois reprises entre les années 2019 et 2022, révèle une très mauvaise insertion dans la société française, en dépit de la circonstance qu'il ait pu exercer plusieurs activités professionnelles depuis son entrée sur le territoire national. À cet égard, il ressort du procès-verbal de son audition par les services de la police nationale le 13 janvier 2020, qu'entendu sur les faits de violences commis sur son épouse le 19 décembre 2019, soit seulement quelques semaines après la fin de sa première incarcération pour des faits de violences conjugales commis sur cette dernière entre le 9 juillet et le 31 août 2018, le requérant a reconnu avoir " mis deux claques " à sa conjointe " au niveau de son oreille afin qu'elle arrête de (lui) crier dessus " en réponse à l'intéressée qui lui reprochait d'avoir consommé des produits stupéfiants, ce qu'il a d'ailleurs également admis, après avoir indiqué que " lorsqu'on ne (le) respecte pas (cela) à tendance à (l') énerver ". Ce manque de respect de M. A envers les femmes est d'ailleurs corroboré tant par les déclarations de l'intéressé lors de l'audience publique, lesquelles ne démontrent d'ailleurs aucunement qu'il aurait pris conscience de la gravité de ses actes, que par le procès-verbal de la commission départementale d'expulsion du 12 juillet 2022 qu'il produit, lequel relève qu'il a " également rencontré (au cours de sa détention) des problèmes relationnels avec les femmes dont il n'accepte pas l'autorité ". Le procès-verbal précité du 13 janvier 2020 mentionne également que le requérant a reconnu avoir " cassé le téléphone de (sa) fille sur un coup de nerf " le 19 décembre 2019, ainsi qu'une télévision car il était " en colère ". Interrogé sur ces faits lors de l'audience publique, M. A a admis que ses enfants mineurs, à l'éducation et l'entretien desquels il ne démontre d'ailleurs pas avoir contribué par les pièces qu'il produit, avaient pu être les témoins de ses disputes avec son épouse. Par ailleurs, si le requérant soutient que sa présence auprès de son épouse et de leurs enfants mineurs serait " indispensable " compte tenu de l'état de santé de son fils cadet né le 9 août 2022, il ressort en tout état de cause de ses déclarations lors de l'audience publique que sa conjointe bénéficie de l'assistance de tierces personnes, alors que l'intéressé a été écroué au centre pénitentiaire de Valence du 20 mai au 26 octobre 2022 et qu'il n'établit pas avoir contribué aux tâches de la vie quotidienne antérieurement à cette dernière incarcération. M. A a d'ailleurs convenu, lors de l'audience publique, que son comportement et les disputes avec son épouse ne constituaient pas un cadre propice au développement et à l'éducation de leurs enfants. Enfin, il ressort du procès-verbal de son audition par les services de la police nationale le 20 mai 2022, qu'entendu sur des faits de violences aggravées, le requérant a déclaré s'être dirigé vers des sapeurs-pompiers, présents à proximité de son domicile le 23 avril 2022, " en vue de les agresser " et en criant " Allahu akbar ", alors qu'il avait notamment consommé des produits stupéfiants, puis ne pas se souvenir " avoir mordu un policier ", et ne pas être en mesure d'expliquer précisément les raisons de ses actes, si ce n'est qu''il était " énervé, suite à la guerre en Ukraine, concernant le président tchétchène ". Au surplus, le procès-verbal de la commission départementale d'expulsion du 12 juillet 2022 précité relève que M. A, qui ne " fréquente que des personnes issues de la communauté tchétchène mais n'a toutefois pas montré de signe de radicalisation religieuse à caractère violent depuis qu'il a retrouvé la liberté ", s'était " fait remarquer lors de son incarcération par des comportements de fondamentalisme religieux et une fréquentation exclusive de personnes détenues liées à la radicalisation religieuse ou au terrorisme ". Dans ces circonstances, compte tenu des conditions de séjour du requérant et en dépit des attaches dont il se prévaut sur le territoire national ainsi que de la circonstance que ses accès de violence pourraient trouver leur origine dans une consommation de psychotropes mêlée à des troubles comportementaux nécessitant des soins, la préfète de la Drôme n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

30. En cinquième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

31. Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

32. En l'espèce, compte tenu de ce qui a précédemment été dit aux points 27 et 29, la préfète de la Drôme n'a pas méconnu l'intérêt supérieur des cinq enfants mineurs de M. A en l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, par suite, être écarté.

33. En dernier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. Une décision en ce sens peut être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent ou négligent l'enfant, ou lorsqu'ils vivent séparément et qu'une décision doit être prise au sujet du lieu de résidence de l'enfant. / 2. Dans tous les cas prévus au paragraphe 1 du présent article, toutes les parties intéressées doivent avoir la possibilité de participer aux délibérations et de faire connaître leurs vues. / 3. Les Etats parties respectent le droit de l'enfant séparé de ses deux parents ou de l'un d'eux d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant. / 4. Lorsque la séparation résulte de mesures prises par un Etat partie, telles que la détention, l'emprisonnement, l'exil, l'expulsion ou la mort (y compris la mort, quelle qu'en soit la cause, survenue en cours de détention) des deux parents ou de l'un d'eux, ou de l'enfant, l'Etat partie donne sur demande aux parents, à l'enfant ou, s'il y a lieu, à un autre membre de la famille les renseignements essentiels sur le lieu où se trouvent le membre ou les membres de la famille, à moins que la divulgation de ces renseignements ne soit préjudiciable au bien-être de l'enfant. Les Etats parties veillent en outre à ce que la présentation d'une telle demande n'entraîne pas en elle-même de conséquences fâcheuses pour la personne ou les personnes intéressées. ".

34. Ces stipulations créant seulement des obligations entre les États parties, sans ouvrir de droits aux intéressés, sont dépourvues d'effet direct. Dans ces conditions, M. A ne peut utilement se prévaloir de leur méconnaissance à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision contestée. Le moyen est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.

35. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

36. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

37. En second lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Selon les termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

38. Il ressort des termes de la décision contestée que pour refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire, la préfète de la Drôme s'est fondée sur les dispositions précitées des 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur celles du 8° de l'article L. 612-3 du même code, en retenant, d'une part, que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public compte tenu des trois condamnations pénales dont il a fait l'objet entre les années 2019 et 2021, et, d'autre part, qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, dès lors qu'il est démuni de tout document d'identité à son nom et en cours de validité. Or, contrairement à ce que soutient le requérant, il résulte de ce qui a été dit précédemment au point 24 que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, et s'il soutient qu'il justifie de circonstances particulières et qu'il n'a aucunement l'intention de se soustraire à la " décision d'expulsion " prononcée à son encontre dès lors qu'il est " dans l'attente de la délivrance d'un titre de séjour dont il a demandé le renouvellement ", il résulte en tout état de cause de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de la menace pour l'ordre public que constitue son comportement, ce motif étant de nature à justifier à lui seul la décision en litige. Au surplus, M. A ne peut utilement faire valoir qu'il ne s'est jamais soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, dès lors que la décision contestée n'a pas été prise sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 612-3 du même code. Dans ces conditions, la préfète de la Drôme n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

39. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

40. En vertu de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont les stipulations ont été reprises à l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Selon les termes de l'article 19 de la même charte : " () 2. Nul ne peut être éloigné () vers un État où il existe un risque sérieux qu'il soit soumis à la peine de mort, à la torture ou à d'autres peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

41. Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou aux articles 4 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Toutefois, ainsi qu'il ressort de l'arrêt n° 5560/19 du 15 avril 2021 de la Cour européenne des droits de l'homme K.I. contre France, le fait que la personne ait la qualité de réfugié est un élément qui doit être particulièrement pris en compte par les autorités et qui représente le point de départ quant à l'analyse de la situation actuelle de la personne. Dès lors, la personne à qui le statut de réfugié a été refusé ou retiré ne peut être éloignée que si, au terme d'un examen approfondi et complet de sa situation, et de la vérification qu'elle possède encore ou non la qualité de réfugié, il est conclu, en cas d'éloignement, à l'absence de risque au regard des stipulations précitées de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ou de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui consacre le même droit que l'article 4 de cette charte.

42. En l'espèce, il est constant que M. A s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'OFPRA du 7 avril 2005. S'il est également constant que le directeur général de l'OFPRA a mis fin au statut de réfugié dont il bénéficiait par une décision du 18 novembre 2021, la perte du statut de réfugié est sans incidence sur la qualité de réfugié, que l'intéressé est réputé avoir conservée. Il appartenait ainsi à l'autorité administrative, avant de désigner le pays dont M. A a la nationalité comme pays de destination, de rechercher si les craintes personnelles de persécutions ayant motivé l'octroi au requérant du statut de réfugié perduraient à la date de sa décision. Or, il ressort des termes de la décision attaquée que pour estimer que l'éloignement de l'intéressé à destination de la Russie ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la préfète de la Drôme s'est bornée à indiquer que M. A n'alléguait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine, sans même se prononcer sur le point de savoir si le requérant avait conservé la qualité de réfugié. Par ailleurs, l'administration n'a pas été en mesure d'indiquer au tribunal, lors de l'audience publique, si un examen avait été mené s'agissant des risques effectivement encourus par l'intéressé en cas de retour en Russie, ni s'il avait été invité à formuler des observations sur ce point. Dans ces conditions, la préfète de la Drôme ne peut être regardée comme ayant vérifié si M. A possédait encore ou non la qualité de réfugié et comme ayant procédé, comme il lui incombait de le faire, à un examen complet et approfondi de la situation personnelle de l'intéressé au regard des risques encourus en cas d'éloignement à destination de la Russie. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit.

43. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 octobre 2022 par laquelle la préfète de la Drôme a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office en tant qu'elle désigne le pays dont il a la nationalité, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

44. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

45. En deuxième lieu, selon les termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

46. Il ressort des pièces du dossier que M. A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'est assortie d'aucun délai de départ volontaire. Or, l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit précédemment aux points 24 et 29 que sa présence représente une menace pour l'ordre public et que son comportement délictuel révèle une très mauvaise insertion dans la société française. Dans ces conditions, en dépit de la durée de sa présence en France, des attaches familiales dont il se prévaut et de la circonstance qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, la préfète de la Drôme a pu, sans méconnaître les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.

47. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. () ".

48. M. A soutient que son signalement à fin de non-admission dans le SIS résultant de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, l'empêchera d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue " une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen ". Toutefois, il résulte des dispositions du règlement du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes, et en particulier du c) du paragraphe 5 de son article 6, que, par dérogation au d) du paragraphe 1 du même article, le signalement d'un ressortissant d'un pays tiers dans le SIS n'interdit pas à un État membre de l'autoriser à entrer sur son territoire pour des motifs humanitaires ou d'intérêt national, ou en raison d'obligations internationales. Le moyen doit, par suite, être écarté.

49. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 24 octobre 2022 par laquelle la préfète de la Drôme a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office en tant qu'elle désigne le pays dont il a la nationalité.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratives et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

50. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 24 octobre 2022 par laquelle la préfète de la Drôme a fixé le pays à destination duquel M. A pourra être éloigné d'office est annulée en tant qu'elle désigne le pays dont il a la nationalité.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète de la Drôme.

Lu en audience publique le 3 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

C. B

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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