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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208033

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208033

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête, enregistrée sous le n° 2208033 le 27 octobre 2022, M. A B, représenté par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer dans un délai de cinq jours une attestation de demande d'asile renouvelable jusqu'à ce qu'il soit statué sur son recours devant la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile et d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une attestation de demande d'asile renouvelable jusqu'à ce même terme ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros hors taxes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ devra être annulée compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination devra être annulée, par exception d'illégalité des décisions précédentes ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est fondé à demander la suspension de la mesure d'éloignement compte tenu du sérieux des éléments qu'il entend soumettre à la Cour nationale du droit d'asile.

La préfète de la Loire a présenté des pièces qui ont été enregistrées les 17 novembre 2022 et 5 décembre 2022.

II- Par une requête, enregistrée sous le n° 2208035 le 27 octobre 2022, Mme C D épouse B, représentée par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a obligée à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer dans un délai de cinq jours une attestation de demande d'asile renouvelable jusqu'à ce qu'il soit statué sur son recours devant la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile et d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une attestation de demande d'asile renouvelable jusqu'à ce même terme ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros hors taxes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ devra être annulée compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination devra être annulée, par exception d'illégalité des décisions précédentes ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est fondée à demander la suspension de la mesure d'éloignement compte tenu du sérieux des éléments qu'elle entend soumettre à la Cour nationale du droit d'asile.

La préfète de la Loire a présenté des pièces qui ont été enregistrées les 17 novembre 2022 et 5 décembre 2022.

M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 2 décembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Reniez, conseillère, pour statuer en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Les rapports de Mme Reniez, magistrate désignée, ont été entendus au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2208033 et n° 2208035 présentées respectivement pour M. et Mme B sont relatives à un même couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. et Mme B, ressortissants albanais, sont entrés en France en décembre 2021 et ont présenté chacun une demande d'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes par deux décisions du 29 avril 2022. Par deux arrêtés du 28 septembre 2022, la préfète de la Loire les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être reconduits d'office. M. et Mme B demandent au tribunal, chacun en ce qui le concerne, l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, les décisions attaquées portant obligation de quitter le territoire français ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté de la préfète de la Loire du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le lendemain, d'une délégation pour signer de tels actes. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque ainsi en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. M. et Mme B se prévalent de la présence de leurs quatre enfants mineurs sur le territoire français. Toutefois, leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ainsi que celles de leurs quatre enfants et ils font tous les deux l'objet de mesures d'éloignement. Dans ces conditions, compte tenu du caractère très récent du séjour en France des intéressés et en l'absence d'impossibilité pour eux de reconstituer leur cellule familiale en Albanie, les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne portent pas au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, elles ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et elles ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur leur situation personnelle.

6. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 28 septembre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire les a obligés à quitter le territoire français.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire :

7. M. et Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions les obligeant à quitter le territoire français, ils ne sont pas fondés à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de ces décisions pour demander l'annulation des décisions fixant le délai de départ volontaire.

8. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 28 septembre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire a fixé à trente jours le délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, M. et Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions les obligeant à quitter le territoire français, ils ne sont pas fondés à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de ces décisions pour demander l'annulation des décisions fixant le pays de destination.

10. En deuxième lieu, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de l'illégalité des décisions fixant le délai de départ volontaire pour demander l'annulation des décisions fixant le pays de destination.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

12. Les requérants font valoir qu'ils craignent des représailles de la part de familles influentes en raison des arrestations auxquelles a procédé M. B. Toutefois, ils n'apportent aucun élément permettant d'établir la réalité des risques invoqués et ils n'établissent pas l'impossibilité de faire appel aux autorités albanaises pour les protéger contre ces risques. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions en litige méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 28 septembre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin de suspension :

14. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 752-11 de ce code dispose que : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

15. L'étranger, faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui forme un recours contentieux contre celle-ci peut, en application de l'article L. 752-5 précité, saisir le tribunal administratif de conclusions à fin de suspension de cette mesure d'éloignement. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.

16. Les requérants, dont les demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, font valoir qu'ils craignent des représailles de la part de familles influentes en raison des arrestations auxquelles a procédé M. B. Toutefois, il ne ressort pas des seuls éléments dont ils font état dans la présente instance qu'il existerait un doute sérieux sur le bien-fondé des décisions de refus d'asile opposées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. M. et Mme B ne sont par suite pas fondés à demander la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français prises à leur encontre jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par les requérants doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C D épouse B et à la préfète de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La magistrate désignée,

E. Reniez

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

Nos 2208033,2208035

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