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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208091

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208091

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208091
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET THIERRY BRAILLARD ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2022, l'association Lyon - La Duchère, représentée par Me Braillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 juin 2022 par laquelle la commission régionale d'appel de la ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football a confirmé la décision de sa commission régionale de discipline du 7 juin 2022 prononçant à son encontre la sanction disciplinaire de deux matchs de suspension de terrain avec sursis pour l'équipe U15 évoluant en championnat Régional 1 à compter du 13 juin 2022 et lui infligeant deux amendes, l'une de 190 euros pour match arrêté et l'autre de 55 euros pour match perdu ;

2°) de mettre à la charge de la ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football le versement de la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision méconnaît le b) de l'article 2-1 du règlement disciplinaire de la Fédération française de football, dès lors que les individus ayant jeté des projectiles sur le terrain n'ont pas la qualité de spectateurs au sens de ces dispositions ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que la commission régionale d'appel n'a pas tenu compte des mesures qu'elle a prises pour assurer la sécurité dans un contexte particulièrement difficile relevant du " défi ", et qu'elle lui reproche en réalité une carence dans la sécurisation des équipements sportifs imputable à la ville de Lyon.

Par un courrier enregistré le 8 novembre 2022, le président de la conférence des conciliateurs du Comité national olympique et sportif français a transmis au tribunal une copie de la proposition de conciliation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2023, la ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football, représentée par Me Dumollard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 11 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du sport ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les conclusions de M. Gilbertas, rapporteur public,

- les observations de Me Dumollard, représentant la ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football.

Considérant ce qui suit :

1. Lors du match organisé le 15 mai 2022 par le club de football de Lyon - La Duchère dans le cadre du championnat U15 Régional 1 Poule A, le gardien de buts du club visiteur, le FC Vénissieux, a été la cible de jets de pierre de la part d'individus postés sur le toit du laboratoire de la Clinique de la Sauvegarde contigüe au stade. A la suite de cet incident, la commission régionale de discipline de la ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football a décidé, le 7 juin 2022, d'infliger au club de Lyon - La Duchère, en sa qualité d'organisateur de l'évènement, la sanction disciplinaire de deux matchs de suspension de terrain avec sursis pour l'équipe U15 évoluant en championnat Régional 1 à compter du 13 juin 2022 et deux amendes de 190 euros pour match arrêté et de 55 euros pour match perdu. Sur recours administratif préalable obligatoire présenté par l'association Lyon - La Duchère, la commission régionale d'appel de la ligue a confirmé cette sanction par une décision du 28 juin 2022. Par la présente requête, l'association Lyon - La Duchère en demande l'annulation.

2. Aux termes de l'article 2.1. de l'annexe 2 des règlements généraux de la Fédération Française de Football (FFF) portant règlement disciplinaire et barème disciplinaire, dans sa version 2022-2023 applicable aux faits litigieux, les clubs composés d'une association affiliée à la FFF " () peuvent faire l'objet de poursuites disciplinaires et éventuellement être sanctionnés, dans le cas où ils ont été les auteurs d'une des fautes disciplinaires suivantes () : b) Faits relevant de la sécurité d'une rencontre survenus avant, pendant et après cette dernière ou susceptibles d'en impacter le bon déroulement, ainsi que tous désordres, incidents ou conduites incorrectes. / Le club recevant est tenu d'assurer, en qualité d'organisateur de la rencontre, la sécurité et le bon déroulement de cette dernière. Il est à ce titre responsable des faits commis par des spectateurs. () L'accès au stade de toute personne en possession d'objets susceptibles de servir de projectiles doit être interdit (). / En cas de manquement(s) à l'obligation de résultat en ce qui concerne la sécurité et le bon déroulement des rencontres qui pèse, dans les conditions précitées, sur tous les clubs de football, l'organe disciplinaire, après avoir pris en compte les mesures de toute nature effectivement mises en œuvre par le club poursuivi pour prévenir les désordres et pour les faire cesser ainsi que toutes démarches entreprises par ce dernier par la suite, apprécie la gravité des fautes commises par le club et détermine les sanctions proportionnées à ces manquements qu'il convient de lui infliger. / Il revient ainsi à l'organe disciplinaire de déterminer la responsabilité du club au regard des obligations qui pesaient sur celui-ci le jour de la rencontre et qui dépendent du fait qu'il était organisateur du match, visiteur ou qu'il jouait sur terrain neutre, et d'apprécier la gravité des actes commis dans la mesure où elle est la conséquence des carences du club ".

3. Il résulte de ces dispositions, qui imposent aux clubs de football, qu'ils soient organisateurs d'une rencontre ou visiteurs, une obligation de résultat en ce qui concerne la sécurité dans le déroulement des rencontres, que si un club visiteur ou jouant sur terrain neutre est notamment responsable, à l'occasion d'une rencontre, de l'attitude de ses supporters et, ce faisant, des désordres imputables à ceux-ci, il appartient à l'organisateur d'assurer la police du terrain et de prendre toutes mesures permettant d'éviter les désordres pouvant résulter, tant avant que pendant et après le match, de l'attitude de l'ensemble du public, c'est-à-dire y compris les supporters du club adverse. A ce titre, il appartient aux organes disciplinaires de la fédération, après avoir pris en compte les mesures de toute nature effectivement mises en œuvre par le club pour prévenir les désordres, d'apprécier la gravité des fautes commises par lui et de déterminer les sanctions proportionnées à ces manquements. Il leur revient, en particulier, d'apprécier dans quelle mesure la gravité des actes commis par les spectateurs est la conséquence des carences du club.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, durant la deuxième mi-temps du match organisé le 15 mai 2022 par le club Lyon - La Duchère, le gardien de buts du Vénissieux Football Club a été la cible de jets de pierre ou autres matériaux, telles que des boules de goudron, perpétrés, depuis le toit d'une clinique donnant directement sur le stade, par des individus âgés d'environ seize ans. Bien que les représentants du club Lyon - La Duchère aient été en mesure de contacter les fauteurs de trouble par téléphone pour rétablir le calme et faire en sorte qu'ils s'éloignent, un mouvement de foule a débuté, de sorte que l'arbitre central du match, estimant que la sécurité des joueurs n'était plus garantie, a décidé de mettre fin à la rencontre avant le terme réglementaire. Ces individus doivent être regardés comme des spectateurs au sens de l'article 2.1. de l'annexe de l'annexe 2 des règlements généraux de la Fédération Française de Football, quand bien même ils ont assisté à la rencontre de façon irrégulière en grimpant sur le toit d'un immeuble voisin sans avoir, à aucun moment, accédé à l'enceinte sportive elle-même. Il s'ensuit qu'en déclarant le club Lyon - La Duchère responsable du comportement desdits spectateurs, la commission régionale d'appel de la Ligue Auvergne Rhône-Alpes de Football n'a commis aucune erreur de droit.

5. En second lieu, il n'est pas contesté que le gardien de buts visés par les projectiles n'a pas été blessé, que les individus qui ont perturbé la rencontre se trouvaient, ainsi qu'il a été dit, sur le toit d'un immeuble voisin dépourvu de surveillance et que les forces de l'ordre ne sont pas intervenues en raison de l'apaisement de la situation grâce à l'intervention des représentants du club requérant. Il incombait toutefois à l'association Lyon - La Duchère, en sa qualité d'organisateur de la rencontre, d'assurer la sécurité des joueurs au sein de l'aire de jeu, y compris à raison des désordres causés par des spectateurs situés physiquement en dehors de l'enceinte sportive. Il est en outre constant que les responsables de l'association Lyon - La Duchère étaient pleinement conscients des problèmes de sécurité causés par la proximité du toit de la clinique, puisqu'il résulte de leur audition devant les commissions régionales que cette association a plusieurs fois sollicité en vain la commune de Lyon, propriétaire des installations sportives, afin qu'elle installe des filets de sécurité autour du stade et qu'une bâche avait été installée par ses soins avant d'être volée, sans qu'il soit procédé à son remplacement. Le risque de débordements était d'autant plus prévisible, en outre, que les joueurs du club avaient déjà été victimes de crachats et de jets d'œufs à l'occasion du match aller organisé par le Vénissieux Football club, laissant présager un contexte tendu lors du match retour, ce qu'avait d'ailleurs signalé le dirigeant de ce club. C'est dès lors à bon droit que l'organe disciplinaire de la ligue a estimé que l'association Lyon - La Duchère a manqué à l'obligation de résultat qui était la sienne d'assurer la sécurité des joueurs et le bon déroulement de la rencontre, sans qu'elle puisse utilement se prévaloir, pour s'exonérer d'une telle obligation, des difficultés rencontrées pour sécuriser l'enceinte sportive et d'une carence de la commune de Lyon. Enfin, contrairement à ce qu'elle soutient, la commission régionale d'appel a tenu compte de l'ensemble de ces éléments pour déterminer le quantum de la sanction prononcée, dont elle a confirmé le sursis, et n'a pas entendu sanctionner l'inaction de la commune de Lyon à travers le club Lyon - La Duchère.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'association Lyon-La Duchère n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 28 juin 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement du même article par la ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de l'association Lyon - La Duchère est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'association Ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Lyon-La Duchère et à la ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football.

Copie en sera adressée au Comité national olympique et sportif français.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Hervé Drouet, président,

M. François-Xavier Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne au ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2208091

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