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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208209

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208209

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBELIGON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrés les 5 et 9 novembre 2022, sous le n° 2208209, M. A D demande au tribunal d'annuler la décision du 4 novembre 2022 par laquelle le préfet du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département du Rhône.

M. D doit être regardé comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, et des pièces complémentaires, enregistrés le 8 novembre 2022, le préfet du Rhône a conclu au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 9 novembre 2022, M. Pineau, magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Belligon, avocat pour M. D, qui sollicite son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Après avoir rappelé à titre liminaire le parcours de M. D depuis son arrivée en France où il a disposé d'un titre de séjour en raison de son état de santé, M. D n'ayant pas eu ensuite connaissance de l'interdiction judiciaire du territoire dont il a fait l'objet, elle soulève les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen dans la mesure où la décision ne fait mention ni de sa durée de présence, ni de sa vulnérabilité médicale et de son besoin de soins en raison de sa transplantation hépatique, ni de ses activités professionnelles, éléments dont il avait fait part lors de son audition, ni du fait qu'il dispose d'un emploi en France. En outre, son état de santé peut faire obstacle à son éloignement ainsi que le prévoit la circulaire du 20 janvier 2004 relatives à la mise en œuvre de la loi du 26 novembre 2003. La décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où elle n'est ni justifiée dans son principe, ni justifiée dans ses modalités, notamment au regard des contraintes imposées par son état de santé. Elle méconnaît également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisque son suivi médical implique son maintien sur le territoire français.

- les observations de M. D, assisté de M. C interprète en langue russe, qui répond aux questions posées dans le cadre de l'instruction s'agissant de son état de santé, des traitements et suivis reçus en France, de ses activités salariées et sur ses éventuelles attaches familiales en France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant géorgien né le 5 juin 1986, déclare être entré en France en 2011. Par un jugement du tribunal correctionnel de Bordeaux en date du 29 mars 2019, l'intéressé a été condamné à une peine d'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de dix ans. Le préfet du Rhône a fixé le pays à destination duquel l'intéressé pourrait être éloigné, par une décision du 3 avril 2021 qui sera confirmé par un jugement du tribunal du 8 novembre 2021. Par une décision du 4 novembre 2022, le préfet du Rhône a assigné M. D à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreint à se présenter deux fois par semaine, les lundis et jeudis, y compris les jours chômés et fériés, entre 9 heures et 18 heures, à la direction zonale de la police aux frontières de Lyon. M. D demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision en litige vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise les éléments qui ont conduit le préfet du Rhône a assigné M. D à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département du Rhône, en l'espèce le fait que le tribunal correctionnel de Bordeaux a prononcé à son encontre une interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de dix ans par un jugement du 29 mars 2019 et que le requérant se maintient irrégulièrement sur le territoire français, que si l'intéressé n'a pas été en mesure de présenter un document d'identité ou de voyage et ne peut quitter immédiatement le territoire, il peut néanmoins solliciter la délivrance d'un laisser-passer ou d'un passeport auprès des autorités consulaires et que son éloignement demeure ainsi une perspective raisonnable. Enfin la décision précise qu'une présentation bihebdomadaire, les lundis et jeudi entre 9h00 et 18h00 est apparue nécessaire et appropriée. La décision attaquée comporte ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et permet au requérant d'en discuter utilement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de prononcer son assignation à résidence. Le requérant soutient que le préfet n'aurait pas pris en compte les éléments dont il s'était prévalu lors de son audition par les services de police où il avait indiqué avoir subi une transplantation hépatique, bénéficier d'un suivi médical et d'un traitement médicamenteux et travailler dans un supermarché. Toutefois, l'autorité administrative n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments que le requérant avait porté à sa connaissance mais seulement les faits saillants de sa situation alors qu'il ressort au demeurant du procès-verbal d'audition de M. D que ce dernier a seulement fait état de la prise d'un médicament au quotidien et d'une consultation à l'hôpital tous les trois mois. S'il est loisible au requérant de soutenir que son état de santé serait incompatible avec la décision en litige, cette divergence d'analyse ne saurait démontrer le défaut d'examen invoqué. Le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit par suite être écarté.

5. En troisième lieu, M. D soutient que son état de santé pourrait s'opposer à l'exécution de l'interdiction judiciaire du territoire ainsi que le prévoit la circulaire du 20 janvier 2004 du ministre de l'intérieur prise pour l'application de la loi du 26 novembre 2003. Toutefois, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la circulaire précitée, laquelle est dépourvue de valeur réglementaire. Par suite, son moyen doit être écarté comme inopérant. Au surplus, si le requérant indique ne pas avoir eu connaissance de l'interdiction judiciaire du territoire prononcée à son encontre en 2019 avant l'édiction de la décision contestée, il ressort des pièces produites en défense que M. D a fait l'objet, le 3 avril 2021, d'une décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné, prise consécutivement à l'interdiction judiciaire précitée, et que la décision du 3 avril 2021 a été confirmée par un jugement du tribunal du 8 novembre 2021, établissant qu'en tout état de cause M. D avait eu connaissance de l'interdiction judiciaire du territoire dont il avait fait l'objet.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () / 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal () ". Enfin, aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

7. M. D soutient que la mesure d'assignation à résidence prononcée à son encontre serait infondée dans son principe et inadaptée dans ses modalités d'application en raison du suivi médical dont il justifie et des activités professionnelles qu'il exerce. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément pour démontrer que les démarches qu'il devra justifier avoir engagées auprès des autorités consulaires de son pays d'origine pour obtenir un document de voyage ne pourraient aboutir et qu'il n'existerait dès lors pas des perspectives raisonnables au sens des dispositions précitées alors que M. D relève des prévisions du 7° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il doit être éloigné en exécution d'une interdiction judiciaire du territoire prononcé par un jugement définitif du tribunal correctionnel de Bordeaux du 29 mars 2019. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les modalités de présentation qui sont imposées au requérant, en l'espèce un pointage les lundis et jeudi entre 9h00 et 18h00 à la direction zonale de la police aux frontières de Lyon, soit dans sa commune de résidence, feraient obstacle à la poursuite du suivi médical de M. D, dont il ressort des pièces produites, notamment d'un certificat établi le 26 septembre 2018, qu'il nécessite des perfusions à échéances trimestrielles, le requérant se bornant à produire un rendez-vous de consultation pour le 28 avril 2022 et aucune pièce n'établissant que les modalités d'assignation de M. D pourrait faire un obstacle à une éventuelle consultation médicale. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette obligation de pointage ferait peser sur le requérant une contrainte excessive s'agissant de ses activités professionnelles, au demeurant exercées irrégulièrement en l'absence de droit au séjour en France. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône aurait méconnu les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. M. D fait état de ce qu'il devrait poursuivre son existence en France dans la mesure où il ne pourrait être soigné en Géorgie où les médicaments qui lui sont nécessaires seraient indisponibles et les infrastructures médicales insuffisantes. Toutefois, la décision en litige n'a ni pour objet d'entrainer, par elle-même, le retour de M. D en Géorgie et dès lors qu'il est célibataire et sans charge de famille en France où il ne fait état d'aucune attache particulièrement significative, la décision portant assignation à résidence ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis, ni comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle compte tenu des éléments exposés au point 7 relativement au suivi médical du requérant.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées,

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Beligon et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

N. B

La greffière

G. Montezin

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier.

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