mardi 24 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208238 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CARON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Caron, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Mme B soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle méconnaît les dispositions de l'article 5, a) de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 en ce qui concerne la prise en compte de l'intérêt supérieur de son enfant ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle et de sa situation de vulnérabilité en qualité de mère isolée, au regard de l'article 21 de la directive 2013/33/UE ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Tocut, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante tunisienne née le 24 avril 1983, demande l'annulation de l'arrêté du 20 mai 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.
Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. L'arrêté du 20 mai 2022 a été signé par M. D F, chef du bureau de l'accueil et du séjour des étrangers de la préfecture de l'Ain, qui a reçu délégation à cet effet, en cas d'absence de Mme G E, directrice de la citoyenneté et de l'intégration, par un arrêté de la préfète de l'Ain en date du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture en date du 1er février 2022, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte qui manque en fait, doit être écarté.
Sur le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, alors que la préfète n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, la décision contestée précise les éléments déterminants qui ont conduit la préfète de l'Ain à refuser de lui délivrer un titre de séjour et indique à cet égard que Mme B, qui sollicitait un titre de séjour portant la mention " entrepreneur / profession libérale ", n'a pas été en mesure de démontrer que son activité est économiquement viable et qu'elle en tire des moyens d'existence suffisants. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait pourra être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la lecture de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la viabilité de l'activité de Mme B.
5. En troisième lieu, l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an. ". Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui se borne à produire l'extrait d'immatriculation de sa société d'aide-ménagère au répertoire des métiers de la chambre des métiers et de l'artisanat de l'Ain, n'établit par aucune pièce la viabilité économique de son activité, ni les moyens d'existence qu'elle pourrait en tirer. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision de la préfète lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, aux termes de l'article 5 de la directive 2008/11/CE du 16 décembre 2008 : " Lorsqu'ils mettent en œuvre la présente directive, les États membres tiennent dûment compte : / a) de l'intérêt supérieur de l'enfant () ". La décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer l'enfant de Mme B de sa mère, l'intéressée ne faisant état d'aucune circonstance particulière qui ferait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale en Tunisie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de son enfant doit, en tout état de cause, être écarté.
7. En deuxième lieu, Mme B n'a pas sollicité l'asile en France. Par suite, elle ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 21 de la directive 2013/33/UE, qui concerne uniquement les conditions d'accueil des personnes demandant la protection internationale. Le moyen tiré du défaut d'examen de sa vulnérabilité au sens de ces dispositions doit donc être écarté comme inopérant.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'est entrée en France qu'en mars 2019, à l'âge de 36 ans. Si elle se prévaut de la présence de sa fille mineure née en France, elle ne fait état d'aucune attache personnelle ou familiale en France, ni d'aucune intégration professionnelle ou sociale, à l'exception de la création de son activité en mars 2022 dont elle n'établit pas tirer de revenu. En outre, elle ne conteste pas conserver des attaches en Tunisie où elle a vécu la plus grande partie de sa vie. Dans ces conditions, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.
Sur le délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".
10. En premier lieu, Mme B, en se bornant à se prévaloir de sa présence en France depuis 2019 et de son activité professionnelle débutante, ne démontre pas que sa situation personnelle justifie que la préfète de l'Ain lui accorde un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation affectant la décision du 20 mai 2022 fixant le délai de départ volontaire à trente jours doit être écarté.
11. En second lieu, Mme B ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 7, concernant le départ volontaire, de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 susvisée, dès lors qu'elle a été transposée en droit interne à la date de la décision contestée et qu'il n'est pas soutenu que cette transposition serait incorrecte.
Sur le pays de destination :
12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
13. Si Mme B se prévaut de manière générale des discriminations dont font l'objet les femmes en Tunisie et des châtiments corporels dont font l'objet les enfants dans ce pays, et auxquels sa fille pourrait être exposée, elle ne produit aucun élément de nature à établir qu'elle-même ou sa fille pourraient être exposées personnellement à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Tunisie. Il en résulte que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de cette requête doivent être rejetées, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Tocut, première conseillère,
Mme Gros, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.
La rapporteure,
C. Tocut
Le président,
M. CLa greffière,
T. Zaabouri
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026