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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208288

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208288

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208288
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantDEFAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 novembre 2022 et 11 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Defaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 mai 2022 par laquelle le recteur de l'académie de Lyon a rejeté sa demande d'affectation sur un poste adapté de longue durée (PALD), pour l'année scolaire 2022-2023, ensemble la décision du 6 septembre 2022 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'une erreur de droit, dès lors qu'aucune disposition législative ou réglementaire ne permettait au recteur de l'académie de Lyon de rejeter sa demande d'affectation sur un PALD pour un motif tiré des contraintes budgétaires académiques ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles R. 911-12 et R. 911-19 du code de l'éducation ; en effet :

• son état de santé l'empêchant de se rendre sur le lieu d'exercice de ses fonctions de manière véhiculée ou pédestre et d'y rester debout de manière statique, elle ne peut désormais être affectée dans un établissement scolaire et nécessite une adaptation de son poste de travail ;

• elle a produit, à l'appui de sa demande d'affectation sur un PALD pour l'année scolaire 2022-2023, l'ensemble des justificatifs nécessaires à l'appréciation de son état de santé ;

• le rejet de cette demande n'est pas justifiée par des nécessités de service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le recteur de l'académie de Lyon conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'éducation ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 2022-1157 du 16 août 2022 ;

- la loi n° 2022-1616 du 23 décembre 2022 :

- le décret n° 72-581 du 4 juillet 1972 ;

- le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle le recteur de l'académie de Lyon n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gueguen ;

- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public ;

- et les observations de Me Hemery, substituant Me Defaux, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Après avoir été placée en congés de maladie ordinaire du 13 au 14 février, du 7 au 31 mai et du 1er juin au 3 juillet 2020, Mme B, professeure certifiée de physique-chimie, affectée au sein du collège Louis Vuitton de Saint-Trivier-de-Courtes, a été placée et maintenue en " autorisations spéciales d'absences avec traitement " du 24 novembre 2020 au 28 février 2023 inclus dans le contexte de la crise sanitaire liée à l'épidémie de covid-19. Le 19 novembre 2021, l'intéressée, bénéficiaire de la reconnaissance de la qualité de travailleuse handicapée (RQTH) du 20 juillet 2021 au 31 juillet 2026, a déposé auprès de la direction des personnels enseignants du rectorat de l'académie de Lyon, par l'intermédiaire du téléservice " colibris.education.fr ", une première demande d'affectation sur un poste adapté de longue durée (PALD) pour l'année scolaire 2022-2023. Suite aux avis émis par la " commission académique " et le médecin du travail, par une décision du 9 mai 2022, le recteur de l'académie de Lyon a refusé de faire droit à la demande de Mme B. Par un courrier du 9 juillet suivant, l'intéressée a formé un recours gracieux qui a été rejeté par l'autorité rectorale le 6 septembre 2022. La requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation de la décision précitée du 9 mai 2022, ensemble la décision du 6 septembre suivant portant rejet de son recours gracieux.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 114-1-1 du code de l'action sociale et des familles : " La personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap quels que soient l'origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de vie. / Cette compensation consiste à répondre à ses besoins, qu'il s'agisse () de l'insertion professionnelle, des aménagements () du cadre de travail nécessaires au plein exercice de sa citoyenneté et de sa capacité d'autonomie () ". Selon les termes de l'article L. 826-1 du code général de la fonction publique, qui reprennent les dispositions de l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État : " Lorsqu'un fonctionnaire est reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état de santé, son poste de travail fait l'objet d'une adaptation, lorsque cela est possible. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 911-12 du code de l'éducation : " Les personnels enseignants des premier et second degrés () lorsqu'ils sont confrontés à une altération de leur état de santé, peuvent solliciter un aménagement de leur poste de travail ou une affectation sur un poste adapté, dans les conditions prévues aux articles R. 911-15 à R. 911-30. ". À cet égard, l'article R. 911-19 du même code prévoit que : " L'affectation sur un poste adapté est destinée à permettre aux personnels mentionnés à l'article R. 911-12 de recouvrer, au besoin par l'exercice d'une activité professionnelle différente, la capacité d'assurer la plénitude des fonctions prévues par leur statut particulier ou de préparer une réorientation professionnelle. / Elle est de courte ou de longue durée en fonction de leur état de santé. ". Selon les termes de l'article R. 911-20 de ce même code : " La demande d'affectation sur un poste adapté s'accompagne de la présentation par le fonctionnaire, avec le concours des services académiques, d'un projet professionnel. Ce projet peut prévoir l'accomplissement d'une formation professionnelle. ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 911-21 dudit code : " Préalablement à toute décision d'octroi ou de renouvellement d'affectation sur un poste adapté, l'autorité compétente recueille l'avis du médecin conseiller technique ou du médecin de prévention. ". Enfin, selon les termes de l'article R. 911-22 du même code : " L'affectation sur un poste adapté de courte durée est prononcée pour une durée d'un an, renouvelable pour une durée égale, dans la limite maximale de trois ans. / L'affectation sur un poste adapté de longue durée est prononcée pour une durée de quatre ans renouvelable. ".

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'un enseignant confronté à l'altération de son état physique peut demander à être affecté sur un poste adapté de courte durée (PACD) pour une durée d'un an, renouvelable dans la limite de trois ans, ou sur un poste adapté de longue durée (PALD) pour une durée de quatre ans renouvelable sans limitation. Il appartient alors à l'autorité administrative compétente, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'examiner la demande d'affectation de l'intéressé en tenant compte de son état de santé et du projet professionnel qu'il présente avec le concours des services académiques, de rechercher si un poste adapté lui permettant d'exercer à nouveau ses fonctions ou de préparer sa réorientation professionnelle peut lui être proposé et d'apprécier si sa demande peut être satisfaite compte tenu des nécessités du service, qu'il s'agisse d'une première affectation ou de son renouvellement.

5. Pour rejeter la demande d'affectation de Mme B sur un PALD pour l'année scolaire 2022-2023, le recteur de l'académie de Lyon s'est fondé, aux termes de sa décision du 9 mai 2022, sur les motifs tirés, d'une part, de ce qu' " après étude de (sa) situation individuelle ", sa " demande " ne pouvait " pas être satisfaite pour l'année scolaire 2022/2023 ", et, d'autre part, de ce qu' " au regard de (sa) situation de santé, d'autres dispositifs " pouvaient lui " être proposés ". Par ailleurs, pour rejeter le recours gracieux formé par l'intéressée le 7 juillet 2022, après l'avoir informée " que l'affectation sur un poste adapté ne constitu(ait) pas un droit pour l'enseignant mais correspond(ait) à l'une des modalités de l'aménagement du poste de travail ", que " ce dispositif (lui) permettait () de préparer son retour dans des fonctions d'enseignement devant élèves ou bien d'envisager et (de) préparer une reconversion professionnelle " et que " l'entrée dans ce dispositif se fai(sai)t () sur critères médicaux, mis en rapport avec les difficultés à exercer les fonctions du corps d'origine et la construction du projet professionnel ", l'autorité rectorale s'est fondée sur les motifs tirés de ce que " lors de la commission académique, le médecin du travail a(vait) émis un avis favorable à (sa) demande mais non prioritaire par rapport aux autres demandes " et de ce qu' " après étude de (sa) situation individuelle (), il (apparaissait) que (sa) demande de poste adapté ne (pouvait) pas être satisfaite compte-tenu de l'ensemble de ces éléments et des contraintes budgétaires académiques ".

6. En l'espèce, contrairement à ce que soutient la requérante, il résulte de ce qui a été précédemment exposé au point 4 qu'il appartenait nécessairement au recteur de l'académie de Lyon, dans l'intérêt du service, d'apprécier si sa demande pouvait être satisfaite au regard tant du nombre de demandes d'affectation sur des postes adaptés dont il était saisi pour l'année scolaire 2022-2023 que du nombre de postes adaptés budgétairement prévus à cet effet, et, ainsi, de tenir compte des contraintes budgétaires académiques. Par ailleurs, s'il ressort des différentes pièces médicales versées au débat que Mme B présente des " douleurs chroniques " au niveau " des chevilles droites et gauches " à raison des " lésions ostéochondrales du talus " dont elle est atteinte et pour lesquelles elle bénéficie d'une prise en charge médicale depuis l'année 2013, et s'il ressort des termes de son formulaire de première demande d'affectation sur un PALD que l'intéressée souhaitait pouvoir exercer des fonctions d'enseignement au sein du centre national de l'enseignement à distance (CNED) en raison de son état de santé ne lui permettant plus d'exercer ses fonctions " en présentiel ", la requérante n'établit ni même n'allègue que sa demande aurait été prioritaire vis-à-vis des autres demandes dont l'autorité rectorale avait été saisie et auxquelles elle a décidé de faire droit pour l'année scolaire 2022-2023 compte tenu du nombre de postes restant à pourvoir. À cet égard, s'il ressort des termes du formulaire de demande précité que Mme B avait notamment fait état de ce que ses " différents aménagements de poste ne suffis(ai)ent plus à palier (s)on handicap ", et si l'intéressée se prévaut de la fiche de recommandations médicales concernant l'aménagement de son service et de son emploi du temps établie le 10 septembre 2019 par le service de médecine préventive en vue de l'année scolaire 2019-2020, l'administration, qui verse également au débat une fiche de recommandations médicales concernant l'aménagement du service et de l'emploi du temps de Mme B pour l'année scolaire 2020-2021 établie le 13 janvier 2020, fait valoir en défense, sans être sérieusement contredite, que la requérante n'avait pas été en mesure de " tester l'efficacité " des " aménagements " de son poste de travail dès lors qu'elle avait cessé d'exercer ses fonctions " en présentiel " à compter du mois de " mars 2020 " compte tenu de son état de santé et de la crise sanitaire liée à l'épidémie de covid-19. Au surplus, il ressort des pièces produites en défense que la " commission académique " avait émis un avis " défavorable " à la demande de Mme B pour l'année scolaire 2022-2023 et que le " service de santé " avait estimé que l'" état de santé " de l'intéressée n'était pas " stabilisé " et relevait " d'un congé long ". Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'" erreur manifeste d'appréciation " au regard des dispositions précitées des articles R. 911-12 et R. 911-19 du code de l'éducation que le recteur de l'académie de Lyon a rejeté la demande de la requérante.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressé, pour information, au recteur de l'académie de Lyon.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

Le rapporteur,

C. Gueguen

La présidente,

A. Baux

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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