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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208299

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208299

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 9 novembre et 19 décembre 2022, M. B C, représenté par Me Paquet, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2022 par lequel la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Loire :

- de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en le munissant dans l'attente de l'issue de l'instruction, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard,

- d'effacer le signalement à fin de non admission dans le système d'information Schengen dans le délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative une somme de 1500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, s'il n'est pas admis à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation individuelle et d'une erreur d'appréciation des faits ;

1°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

2°) s'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 611-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et présente un caractère disproportionné.

Par une ordonnance du 22 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 février 2023

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M D,

- et les observations de Me Paquet, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant serbe né le 24 mai 2001, déclare être entré en France en 2001. L'intéressé a fait l'objet, par un arrêté du préfet de Seine-Saint-Denis en date du 23 août 2019, de décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Le 22 juillet 2021, M. C a fait l'objet d'une décision portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par un arrêté de la préfète de la Loire, assignation qui sera prolongée pour une durée supplémentaire de quarante-cinq jours par une décision du 14 septembre 2021. Par un arrêté du 25 octobre 2021, M. C a été assigné à résidence pour une durée de six mois et déclaré en carence de pointage à compter du 11 mars 2022. Par un arrêté du 8 novembre 2022, la préfète de la Loire a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté. Si enfin, M. C avait concomitamment fait l'objet d'un placement en rétention dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire à Lyon, le juge des libertés et de la détention en a ordonné la levée.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par la décision susvisée du 3 février 2023, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande tendant à l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Par l'arrêté attaqué, en date du 8 novembre 2022, la préfète de la Loire a obligé M. C à quitter le territoire français, sur le fondement des dispositions du 5° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en relevant que l'intéressé était défavorablement connu des services de police. La préfète a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire en raison du risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et a fixé le pays à destination duquel M. C pourra être reconduit d'office. Enfin, la préfète a prononcé à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Il ressort de la lecture de l'arrêté en litige que la préfète de la Loire a indiqué qu'après examen approfondi de la situation personnelle du requérant, de l'ensemble de ses déclarations et des documents produits, qu'il était justifié que l'intéressé soit obligé de quitter le territoire français, ce dernier se déclarant célibataire et sans charge de famille en France et ne justifiant pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et qu'ainsi, les décisions précitées ne portaient pas atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C. Toutefois, ainsi que le soutient le requérant, la préfète de la Loire n'a nullement fait mention de la date à laquelle l'intéressé était entré sur le territoire national, ni lors du rappel de son parcours, ni au stade de l'examen de sa situation pour déterminer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, laquelle doit notamment être appréciée au regard de l'ancienneté des liens avec la France. Or, il ressort du procès-verbal d'audition de M. C qu'il a précisé être entré sur le territoire français en 2001, avec ses parents, et ne pas avoir regagné son pays d'origine depuis lors. En outre, l'arrêté susmentionné du préfet de Seine-Saint-Denis du 23 août 2019, visé dans l'arrêté attaqué de la préfète de la Loire et produit en défense, mentionne également que M. C est entré en France au cours de l'année 2001. Il résulte ainsi de ces éléments qu'en ne prenant pas en compte la date d'entrée du requérant sur le territoire français et par suite, la durée de son séjour sur le territoire national, alors que ces éléments avaient effectivement été portés à sa connaissance, la préfète de la Loire n'a pas procédé à un examen complet de la situation du requérant et a, par suite, entaché ses décisions d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2022 par lequel la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. D'une part, aux termes de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L.731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

7. L'exécution du jugement, qui annule la décision portant obligation de quitter le territoire français et les décisions subséquentes, implique qu'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler soit délivrée à M. C, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Et aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".

9. L'annulation de la décision en date du 8 novembre 2022 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans impose nécessairement à l'administration qu'elle procède à l'effacement de la mention de cette mesure dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Loire d'y faire procéder, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

10. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, le versement à Me Paquet, d'une somme de 1 200 euros, sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. C tendant à l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: L'arrêté du 8 novembre 2022 de la préfète de la Loire est annulé.

Article 3: Il est enjoint à la préfète de la Loire, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de munir M. C d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas.

Article 4 : Il est enjoint à la préfète de la Loire de prendre toute mesure utile afin qu'il soit procédé à l'effacement du signalement de M. A à fin de non-admission dans le système d'information " Schengen " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : L'Etat versera à Me Paquet une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que M. C obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Paquet et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

Le rapporteur,

N. D

La présidente,

A. Baux

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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