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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208366

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208366

vendredi 24 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL CHANON LELEU ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2022, M. B A, représenté par la SELARL Chanon Leleu Associés (Me Leleu), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est l'a maintenu en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de six mois à compter du 27 juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de le réintégrer dans ses fonctions à compter du 27 juillet 2021 et de procéder, en conséquence, à la reconstitution de sa carrière ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé en fait au regard des dispositions des articles L. 211-2, 6° et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article 43 du décret n° 85-986 du 16 septembre 1985, dès lors qu'il n'a pas été invité à présenter une demande de reclassement préalablement à son maintien en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 27 juillet 2021 ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est s'est estimé, à tort, en situation de compétence liée à l'égard de l'avis émis le 12 septembre 2022 par le conseil médical interdépartemental du Rhône statuant en formation restreinte ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il était médicalement apte à la reprise de ses fonctions à compter du 27 juillet 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, la préfète de la zone de défense et de sécurité Sud-Est conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A sont irrecevables, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à l'administration à titre principal ;

- les moyens de la requête de l'intéressé ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;

- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 ;

- l'arrêté du 6 juin 2006 portant règlement général d'emploi de la police nationale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gueguen ;

- et les conclusions de M. Bertolo, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, gardien de la paix affecté au sein du commissariat subdivisionnaire (CSUB) de Villeurbanne, a été placé en arrêt de travail à compter du 7 janvier 2020. Par deux décisions des 7 juillet et 8 décembre 2020, prises après avis du comité médical interdépartemental du Rhône des 6 juillet et 7 décembre 2020, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est a placé l'intéressé en situation en congés de maladie ordinaire du 27 janvier 2020 au 26 janvier 2021 inclus et l'a informé, le 8 décembre 2020, qu'il reprendrait ses fonctions à compter du 27 janvier 2021 à temps partiel pour raison thérapeutique sur un poste aménagé avec exemptions de port d'arme, de voie publique et de service de nuit pendant une durée de trois mois. Cependant, le 8 décembre 2020, le médecin traitant de M. A a prolongé l'arrêt de travail de l'intéressé jusqu'au 7 mars 2021. Par une décision du 27 janvier 2021, prise avec avis du comité médical interdépartemental du Rhône du 11 janvier 2021 et dont la légalité sera confirmée par un jugement du tribunal du 8 juin 2022, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est a placé l'intéressé en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de six mois à compter du 27 janvier 2021. M. A ayant formé un recours gracieux et sollicité son placement en congés de longue maladie, par une décision du 15 avril 2021, prise après avis du comité médical interdépartemental du Rhône du 12 avril 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est a maintenu l'intéressé en disponibilité d'office pour raison de santé jusqu'au 26 juillet suivant. M. A ayant formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision du 15 avril 2021, par une décision du 4 mai suivant, prise après avis du comité médical interdépartemental du Rhône du 3 mai 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est a de nouveau maintenu l'intéressé en disponibilité d'office pour raison de santé jusqu'au 26 juillet suivant et l'a invité à lui faire parvenir " une demande de réintégration ou de prolongation de repos accompagnée d'un certificat de (son) médecin traitant ". Par un courriel du 28 mai 2021, M. A a sollicité sa réintégration en transmettant à l'administration un certificat médical rédigé le 17 mai 2021 par un médecin psychiatre. Par un arrêté du 7 juillet 2021, pris après avis du comité médical interdépartemental du Rhône du 5 juillet 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est a cependant décidé de maintenir l'intéressé en disponibilité d'office pour raison de santé pour une nouvelle durée de six mois à compter du 27 juillet suivant. Alors que M. A avait été réintégré sur un poste aménagé avec exemptions de port d'arme, de voie publique et de conduite de véhicules administratifs pour une durée de six mois à compter du 27 janvier 2022, par un jugement du 8 juin 2022, le tribunal a prononcé l'annulation de l'arrêté précité du 7 juillet 2021 à raison de son insuffisance de motivation en fait et a enjoint à l'administration de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois. En suivant, par un arrêté du 20 septembre 2022, pris après avis du conseil médical interdépartemental du Rhône du 12 septembre 2022 et dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est l'a maintenu en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de six mois à compter du 27 juillet 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque que le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. En l'espèce, si l'administration fait valoir en défense que, postérieurement à l'introduction de la requête de M. A et suite à une demande du bureau des affaires juridiques du secrétariat général pour l'administration du ministère de l'intérieur Sud-Est tendant au réexamen de sa " situation médico-administrative ", l'intéressé " a(urait) été maintenu en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 27 juillet 2021 pour une durée de 6 mois " par une " décision confirmative du 9 juin 2023, prise après avis du conseil médical du 5 juin 2023 ", la lettre de notification du 9 juin 2023 versée au débat par laquelle la préfète de la zone de défense et de sécurité Sud-Est s'est bornée à informer le requérant du sens de l'avis émis par le conseil médical interdépartemental du Rhône lors de sa séance du 5 juin 2023, sans mentionner qu'elle avait décidé de le suivre, ne saurait être regardée comme une " décision " ayant retiré l'arrêté contesté du 20 septembre 2022 pour le remplacer par une décision ayant la même portée. Par suite, il y a toujours lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A dirigées contre cet arrêté du 20 septembre 2022.

Sur les conclusions de la requête :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Selon les termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 43 du décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'État, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions, dans sa rédaction applicable au litige : " La mise en disponibilité ne peut être prononcée d'office que dans les conditions prévues par l'article 48 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires. ". À cet égard, l'article 48 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable au litige, prévoit que : " La mise en disponibilité prévue aux articles 27 () du présent décret est prononcée après avis du conseil médical sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions. / Elle est accordée ou renouvelée par période de six à douze mois dans la limite de trois ans consécutifs. () ". Selon les termes de l'article 27 du même décret : " Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du conseil médical : en cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis d'un conseil médical. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. () ". Enfin, aux termes de l'article 49 du décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'État, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions : " () Dans tous les autres cas de disponibilité, lorsque les fonctions requièrent des conditions de santé particulières, la réintégration est subordonnée à la vérification du respect de ces conditions par un médecin agréé et, éventuellement, par le conseil médical compétent. / Trois mois au moins avant l'expiration de la disponibilité, le fonctionnaire fait connaître à son administration d'origine sa décision de solliciter le renouvellement de la disponibilité ou de réintégrer son corps d'origine. Sous réserve des dispositions du deuxième alinéa du présent article et du respect par l'intéressé, pendant la période de mise en disponibilité, des obligations qui s'imposent à un fonctionnaire même en dehors du service, la réintégration est de droit. / () Le fonctionnaire qui, à l'issue de sa disponibilité ou avant cette date, s'il sollicite sa réintégration anticipée, ne peut être réintégré pour cause d'inaptitude physique, est soit reclassé dans les conditions prévues par la réglementation en vigueur, soit mis en disponibilité d'office dans les conditions prévues aux deux derniers alinéas de l'article 43 du présent décret, soit, en cas d'inaptitude définitive à l'exercice des fonctions, admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié. ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue de sa séance en formation restreinte du 12 septembre 2022, le conseil médical interdépartemental du Rhône, saisi pour avis de la situation de M. A suite au jugement précité du 8 juin 2022, s'est prononcé en faveur du " maintien de l'avis du (comité médical interdépartemental) CMI (du Rhône) du (5 juillet 2021) à l'inaptitude de reprise (au regard) de l'ensemble des éléments médicaux rapportés dans le dossier ". En outre, il ressort desdites pièces que, par un avis du 5 juillet 2021, le comité médical interdépartemental du Rhône, saisi pour avis de la situation du requérant suite à sa demande de réintégration présentée le 28 mai 2021, avait estimé qu'il était " inapte à la reprise au vu de son état de santé et des pièces du dossier " et s'était prononcé en faveur de son " maintien en (disponibilité d'office pour raison de santé) DORS pour (une durée) de (six) mois à compter du (27 juillet 2021) ". Ainsi, en l'absence d'une déclaration d'aptitude à l'exercice de ses fonctions de gardien de la paix à compter du 27 juillet 2021, la réintégration de M. A à l'issue de sa disponibilité prononcée d'office du 27 janvier au 26 juillet 2021 inclus à l'expiration de ses droits statutaires à congés de maladie ne constituait pas un droit pour l'intéressé. Par suite, l'arrêté contesté du 20 septembre 2022 par lequel le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est a refusé la réintégration du requérant et l'a maintenu en disponibilité d'office pour raison de santé pour une nouvelle durée de six mois à compter du 27 juillet 2021 ne peut être regardé comme une décision qui refuse un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 211-2, 6° du code des relations entre le public et l'administration, et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait de cet arrêté, qui est ainsi inopérant, ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, il résulte de la combinaison des articles L. 514-4 du code général de la fonction publique, L. 826-1 et suivants du même code et des dispositions citées au point 5 que l'administration doit, après avis du conseil médical, inviter le fonctionnaire qui a été déclaré inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état physique et dont le poste de travail ne peut être adapté, à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps. En revanche, lorsque le fonctionnaire a été déclaré apte à reprendre ses fonctions et que le placement en disponibilité d'office n'intervient qu'à titre rétroactif pour régulariser sa situation, l'administration ne saurait être tenue de l'inviter à présenter une demande de reclassement.

8. En l'espèce, si le requérant soutient que l'arrêté contesté du 20 septembre 2022 serait entaché d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article 43 du décret du 16 septembre 1985 dans sa rédaction applicable antérieurement au 14 mars 2022, dès lors que le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est ne l'a pas été invité à présenter une demande de reclassement préalablement à son maintien en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de six mois à compter du 27 juillet 2021, il ne se prévaut cependant d'aucune disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe imposant à l'administration de l'inviter à présenter une telle demande préalablement à son maintien en disponibilité d'office pour raison de santé. Par ailleurs, et en tout état de cause, alors qu'il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que l'administration n'est tenu d'inviter le fonctionnaire déclaré inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état physique à présenter une demande de reclassement que si son poste de travail ne peut être adapté, M. A n'établit ni même n'allègue que son poste de travail ne pouvait être adapté à la date du 27 juillet 2021. À cet égard, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que le comité médical interdépartemental du Rhône s'était prononcé, dès le 7 décembre 2020, en faveur du " maintien (de l'intéressé) en (congé de maladie ordinaire) CMO jusqu'au (26 janvier 2021) ", date de l'expiration de ses droits statutaires à congés de maladie ordinaire, puis de sa " reprise à (temps partiel thérapeutique) TPT (à) 50 % (pendant) (trois) mois " sur un poste aménagé avec exemptions de voie publique, de service de nuit et de port de l'arme administrative, et, d'autre part, que le requérant a été réintégré sur un poste aménagé avec exemptions de port d'arme, de voie publique et de conduite de véhicules administratifs pour une durée de six mois à compter du 27 janvier 2022 conformément à un arrêté du préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est du 11 janvier 2022. Enfin, au surplus, M. A avait été déclaré apte à reprendre ses fonctions par un avis du comité médical interdépartemental du Rhône du 10 janvier 2022, soit préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué du 20 septembre 2022, et cet arrêté n'est intervenu qu'à titre rétroactif en exécution du jugement précité du tribunal du 8 juin 2022. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté du 20 septembre 2022, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est se serait estimé en situation de compétence liée au regard de l'avis émis le 12 septembre 2022 par le conseil médical interdépartemental du Rhône statuant en formation restreinte. À cet égard, et contrairement à ce que soutient le requérant, la seule circonstance que l'autorité préfectorale ait visé cet avis n'est pas, par elle-même, de nature à démontrer qu'elle aurait considéré que ledit avis " avait un caractère décisoire ", ni qu'elle aurait " méconnu l'étendu de sa compétence " en s'abstenant de porter une appréciation sur son aptitude à la reprise de ses fonctions de gardien de la paix à compter du 27 juillet 2021. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit est infondé et doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 514-1 du code général de la fonction publique : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors son administration d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. ". Selon les termes de l'article L. 514-4 du même code : " La disponibilité d'un fonctionnaire est prononcée soit à la demande de l'intéressé, soit d'office au terme des congés pour raisons de santé prévus au chapitre II du titre II du livre VIII. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 40 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale : " () En cas de mise en disponibilité d'office, le fonctionnaire perçoit une allocation représentant un demi-traitement et la moitié des indemnités prévues à l'article 39 ci-dessus. Ce demi-traitement est celui afférent à l'indice détenu par le fonctionnaire au moment de sa mise en disponibilité. Cette allocation est soumise à l'impôt sur le revenu. ". Enfin, le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur la décision par laquelle l'autorité administrative maintien un fonctionnaire en disponibilité d'office pour raisons de santé.

11. Pour maintenir M. A en disponibilité d'office pour raisons de santé pour une durée de six mois à compter du 27 juillet 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est s'est fondé, ainsi que l'oppose l'administration dans son mémoire en défense, sur le motif tiré de l'inaptitude physique de l'intéressé à la reprise de ses fonctions de gardien de la paix à compter de cette même date compte tenu de son état de santé.

12. En l'espèce, si le requérant soutient qu'aucune expertise médicale n'a été diligentée préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté du 20 septembre 2022, il ne se prévaut cependant d'aucune disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe imposant de procéder à une telle expertise, alors qu'il ressort de l'avis émis par le conseil médical interdépartemental du Rhône statuant en formation restreinte le 5 juin 2023 qu' " une nouvelle expertise ne se justifiait pas " à " la date du (27 juillet 2021) ". Par ailleurs, si M. A se prévaut de la décision du 8 décembre 2020 par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est l'avait informé qu'il reprendrait ses fonctions à compter du 27 janvier 2021 à temps partiel pour raison thérapeutique à 50 % sur un poste aménagé avec exemptions de port d'arme, de voie publique et de service de nuit pendant une durée de trois mois, cette décision n'est pas de nature à démontrer qu'il était apte à la reprise de ses fonctions de gardien de la paix à compter du 27 juillet 2021 dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé avait produit, dès le 8 décembre 2020, un certificat médical de son médecin traitant prolongeant son arrêt de travail jusqu'au 7 mars 2021 et empêchant ainsi sa réintégration sur ce poste aménagé. De même, si le requérant se prévaut de son absence de production d'arrêts de travail postérieurement au 7 mars 2021, cette seule circonstance n'est pas davantage, par elle-même, de nature à démontrer qu'il était nécessairement apte à la reprise de ses fonctions à compter du 27 juillet 2021. Enfin, si M. A verse au débat le certificat établi le 17 mai 2021 par un médecin psychiatre ayant " constaté un état de santé compatible avec la reprise d'un travail à compter de ce jour " tout en relevant qu'une " mutation dérogatoire à Narbonne serait de nature à faciliter cette reprise ", ce certificat médical produit à l'appui de sa demande de réintégration le 28 mai suivant et rédigé dans des termes particulièrement généraux, succincts et peu circonstanciés n'est pas de nature à contredire l'appréciation portée par l'autorité préfectorale alors qu'il ressort des trois avis successivement émis les 5 juillet 2021, 12 septembre 2022 et 5 juin 2023 que le comité médical interdépartemental du Rhône et les formations restreintes du conseil médical interdépartemental du Rhône avaient collégialement estimé que l'intéressé était inapte à la reprise de ses fonctions de gardien de la paix à compter du 27 juillet 2021. Par suite, dès lors que M. A ne pouvait être réintégré dans ses fonctions pour cause d'inaptitude physique à la date du 27 juillet 2021, c'est sans faire une inexacte application des dispositions précitées que le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est l'a maintenu en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de six mois à compter de cette même date.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée, pour information, à la préfète de la zone de défense et de sécurité Sud-Est.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.

Le rapporteur,

C. Gueguen

La présidente,

A. Baux

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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