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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208422

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208422

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

E une requête, enregistrée le 15 novembre 2022 à 14h19, M. B C, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 13 novembre 2022 E laquelle le préfet de l'Isère a désigné le pays à destination duquel il doit être éloigné ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors qu'il a sollicité l'asile en France conduisant à sa réadmission en Espagne dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile ;

- le préfet doit justifier des délégations de signature consenties à l'auteur de la décision ;

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et 24 de la loi du 12 avril 2000 dès lors qu'il n'a pas disposé d'un délai suffisant pour présenter ses observations avant la notification de la décision.

Le préfet du Rhône a produit des pièces, enregistrées le 16 novembre 2022.

Vu :

- le règlement (UE) n°604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 ;

- le code pénal ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lacroix, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue E l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacroix, magistrate désignée ;

- les observations de Me Mantione, qui reprend les conclusions et moyens développés dans la requête et se désiste en outre du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision ;

- les observations de Me Sablon, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de l'Isère qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés ;

- les observations de M. C, assisté de M. A D, interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 2 mars 1998, a été condamné E un jugement de la chambre correctionnelle du tribunal judiciaire d'Avignon du 16 octobre 2020 à une peine d'emprisonnement de trois mois pour des faits de vol avec violence et à une interdiction judiciaire du territoire français pour une durée de trois ans. A la suite de son interpellation donnant lieu à la vérification de son droit au séjour en France, le préfet de l'Isère, E l'arrêté attaqué du 13 novembre 2022, notifié à 15h10, a fixé le pays à destination duquel l'intéressé sera éloigné en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre. E un arrêté du même jour l'intéressé a été placé l'intéressé en rétention administrative.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article 131-30 du code pénal, auquel renvoie l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle est prévue E la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée E la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. /() ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, E une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). " Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile (). "

5. Enfin, aux termes de l'article 2 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " Aux fins du présent règlement, on entend E () c) " demandeur ", le ressortissant de pays tiers ou l'apatride ayant présenté une demande de protection internationale sur laquelle il n'a pas encore été statué définitivement () ". Aux termes de l'article 18 de ce même règlement " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de: /a) prendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 21, 22 et 29, le demandeur qui a introduit une demande dans un autre État membre () 2. Dans les cas relevant du champ d'application du paragraphe 1, points a) et b), l'État membre responsable est tenu d'examiner la demande de protection internationale présentée E le demandeur ou de mener à son terme l'examen () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a sollicité auprès du préfet de l'Isère l'enregistrement d'une demande d'asile le 9 août 2021, qu'à la suite de la consultation du fichier Eurodac il a été identifié en Espagne le 7 juillet 2020 suite à un franchissement irrégulier des frontières extérieures, que les autorités espagnoles, interrogées sur ce point, ont donné leur accord implicite à la prise en charge de M. C pour l'examen de sa demande le 19 octobre 2021, qu'un arrêté de transfert vers l'Espagne lui a ainsi été notifié le 8 février 2022, arrêté en exécution duquel il a été éloigné à destination de ce pays sous la contrainte le 16 juin 2022. L'arrêté attaqué, qui se fonde sur l'interdiction judiciaire du territoire français à laquelle a été condamné M. C et fixe comme pays de destination le pays dont M. C a la nationalité, ne fait aucune mention des suites données à sa demande de protection internationale. Il ne ressort pas des autres pièces du dossier que le préfet de l'Isère a examiné sa situation compte tenu de cette demande. Ce faisant, il n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. E suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté attaqué doit être annulé.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 800 euros au profit de Me Mantione, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme sera versée à ce dernier.

D E C I D E

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 13 novembre 2022, E laquelle le préfet de l'Isère a désigné le pays à destination duquel M. C doit être éloigné, est annulée.

Article 3 : L'Etat versera à Me Mantione, avocat de M. C, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée et sous réserve de son admission définitive à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme sera versée à ce dernier.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Isère.

Lu en audience publique le 17 novembre 2022.

La magistrate désignée,

A. Lacroix La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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