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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208466

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208466

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 17 avril 2024, Mme C B, représentée par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 4 avril 2024 lui refusant un titre de séjour substituée à la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône lui délivrer un titre de séjour ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision implicite est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision explicite est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ; de défaut d'examen réel et sérieux avant l'édiction de la décision ;

- les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision viole l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle alors qu'elle devait faire usage de son pouvoir de régularisation.

La préfète du Rhône a produit des pièces le 5 avril 2024 et notamment la décision du 4 avril 2024 par laquelle elle rejette la demande de titre de séjour de la requérante.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Clément, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante algérienne née en 1979, est entrée en France en 2015. Le 21 septembre 2021, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien. Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur cette demande par le préfet du Rhône a fait naître une décision implicite de rejet. Par une décision du 4 avril 2024, dont Mme B demande, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation, la préfète du Rhône a expressément refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision du 4 avril 2024 a été signée par M. D A, adjoint au chef de bureau des affaires générales et du contentieux de la préfecture du Rhône, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté de la préfète du Rhône du 30 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, si le silence gardé par l'administration sur une demande de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que la décision du 4 avril 2024 par laquelle la préfète du Rhône a expressément rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme B ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, en ne communiquant pas à l'intéressée les motifs de la décision implicite initialement née sur sa demande dans le délai d'un mois qu'elles impartissent.

4. En troisième lieu, la décision en litige vise les textes dont elle fait application, notamment le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que les dispositions de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et rappelle les éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme B. En conséquence, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée en dépit de la circonstance qu'elle ne mentionne pas les éléments récents produits au dossier dont il n'est pas établi qu'ils aient été communiqués à l'administration. Il ne résulte par ailleurs ni des termes de la décision, ni des pièces du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante. Les moyens tirés du défaut de motivation et de l'erreur de droit commise par la préfète dans l'examen de la situation de Mme B doivent être écartés.

5. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Mme B, est entrée sur le territoire français en 2015 en compagnie de ses deux enfants mineurs. Si la requérante se prévaut de son insertion en France, celle-ci est seulement justifiée par des attestations d'activités bénévoles dans diverses associations et par la conclusion d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel en février 2024. Ainsi la décision de refus de titre de séjour en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 6 de la convention franco-algérienne et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de sa décision.

7. En cinquième lieu, et pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 6, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation en refusant d'admettre au séjour Mme B.

8. En septième lieu, si la requérante invoque la scolarisation en France de sa fille, il ne ressort pas des pièces du dossier que celle-ci ne pourrait pas poursuivre sa scolarité en Algérie. Par ailleurs, la décision en litige n'a pas pour effet de séparer l'enfant de sa mère. Par suite, elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 4 avril 2024 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à Mme B d'une somme au titre de ses frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

L'assesseur la plus ancienne,

C. Rizzato

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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