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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208490

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208490

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208490
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBERTRAND-HEBRARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2022 et des mémoires enregistrés le 23 mars 2023 et le 30 janvier 2024, Mme C B, représentée par Me Bracq, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 22 septembre 2022 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne a refusé de reconnaître une rechute de maladie professionnelle pour les arrêts de travail prescrits à compter du 29 juin 2022 ;

2°) d'annuler la décision du 17 janvier 2023 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne a refusé de lui accorder le bénéfice d'un congé temporaire pour invalidité imputable à compter du 29 juin 2022 ;

3°) d'enjoindre au directeur général du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail prescrits à compter du 29 juin 2022, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement, subsidiairement de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- les décisions sont insuffisamment motivées, en droit comme en fait ;

- le directeur général du centre hospitalier a méconnu l'étendue de sa propre compétence en s'estimant lié par l'avis du conseil médical ;

- la procédure suivie devant le comité médical est irrégulière, le médecin de prévention n'ayant pas été informé de la réunion du conseil et n'ayant pas transmis de rapport en vue de l'examen de son dossier, en méconnaissance de l'article 35-7 du décret du 19 avril 1988 ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation sur l'origine des troubles psychiques et le lien avec le service ; la circonstance que l'affection en cause ne figure pas au tableau des maladies professionnelles n'est pas un obstacle à la reconnaissance de son imputabilité au service, d'autant qu'elle doit bien être qualifiée comme une rechute d'une maladie professionnelle antérieure.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 juin 2023, le 19 décembre 2023 et le 28 février 2024, le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, représenté par Me Walgenwitz, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation du courrier du 17 janvier 2023 sont irrecevables, dès lors qu'elles sont dirigées contre une simple information et non une décision faisant grief ;

- les moyens nouveaux présentés par la requérante dans son mémoire enregistré le 23 mars 2023, qui se rattachent à une cause juridique nouvelle, sont irrecevables ;

- en tout état de cause, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour Mme B a été enregistré le 11 mars 2024 et n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Lacoste Lareymondie,

- les conclusions de Mme Fullana Thevenet,

- et les observations de Me Walgenwitz représentant le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ouvrière principale au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, était affectée à la cuisine centrale. Le 29 janvier 2019, elle a déclaré une tendinopathie de l'épaule gauche, reconnue comme maladie professionnelle en référence au tableau 57A annexé au code de la sécurité sociale. Elle a ainsi bénéficié de congés de maladie imputable au service jusqu'au 9 septembre 2021. La consolidation de son état de santé a été fixée au 10 septembre 2021. Le 10 janvier 2022, Mme B a repris son service à temps partiel thérapeutique, sur un emploi au self du restaurant du centre hospitalier. Le 29 juin 2022, son médecin traitant a adressé à l'établissement hospitalier un certificat médical de rechute de la maladie professionnelle, et lui a prescrit un arrêt de travail à compter de cette même date. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du 22 septembre 2022 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne a refusé de rattacher les arrêts de travail prescrits à Mme B à compter du 29 juin 2022, à la maladie professionnelle déclarée le 29 janvier 2019. Par mémoire complémentaire, Mme B demande également au tribunal d'annuler un courrier du centre hospitalier du 17 janvier 2023 relatif à la prise en charge de ses arrêts de travail.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ". Le courrier du 17 janvier 2023 dont Mme B demande l'annulation au tribunal se borne à informer l'intéressée du sens de l'avis rendu par le conseil médical sur la prise en charge des arrêts de travail prescrits à compter du 29 janvier 2019. Un tel courrier ne peut donc être analysé comme une décision faisant grief à l'intéressée et susceptible, par suite, de faire l'objet d'un recours contentieux. Les conclusions tendant à son annulation sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision en litige comporte le visa des lois du 13 juillet 1983 du 9 janvier 1986. Elle énonce par ailleurs les motifs de fait et ainsi que les critères de droit sur lesquels l'autorité administrative s'est fondée pour refuser de faire droit à la demande de Mme B, en indiquant notamment que " les éléments du dossier ne permettent pas d'établir un lien direct et certain entre la pathologie déclarée et consolidée, et la demande d'imputabilité au titre de rechute ". Elle est donc suffisamment motivée, quand bien-même elle ne mentionne pas précisément les articles des lois de 1983 et 1986 régissant les congés de maladie des fonctionnaires dont il a été fait application, qui sont aisément identifiables par la requérante qui a d'ailleurs elle-même sollicité la qualification de ses congés comme relevant d'une rechute.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 du décret du 19 avril 1988 susvisé, applicable aux agents de la fonction publique hospitalière : " Le médecin du travail attaché à l'établissement auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis au conseil médical est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir, s'il le demande, communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion. Il remet un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 23, 32 et 35-7 du présent décret. " Par ailleurs, selon l'article 35-7 du même décret : " Lorsque la déclaration est présentée au titre du même IV [de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service], le médecin du travail remet un rapport à la commission de réforme, sauf s'il constate que la maladie satisfait à l'ensemble des conditions posées au premier alinéa de ce IV. Dans ce dernier cas, il en informe l'autorité investie du pouvoir de nomination. ".

5. D'une part, il ressort des pièces produites en défense par le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne que le service de médecine préventive est systématiquement informé, selon une procédure interne à l'établissement mise en place depuis plusieurs années, des dossiers des agents soumis à l'examen du conseil médical, anciennement de la commission de réforme. Mme B, qui se borne, par une contestation de principe, à soutenir que le médecin de prévention n'aurait pas été informé, n'apporte aucun élément accréditant ses allégations et infirmant les pièces ainsi produites par l'établissement hospitalier.

6. D'autre part, il résulte explicitement des dispositions précitées des articles 9 et 357 du décret du 19 avril 1988, que le médecin de prévention doit remettre un rapport écrit au conseil médical lorsque celui-ci est saisi de la question de l'imputabilité au service d'une maladie ou d'un accident dont un agent a été victime. Par ailleurs, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. En l'espèce, le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne ne conteste pas qu'un tel rapport, dont aucune trace ne figure au dossier de Mme B, n'a jamais été transmis au comité médical s'étant réuni le 9 septembre 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le médecin de prévention avait établi un précédent rapport le 29 janvier 2019 à l'occasion de la première demande de reconnaissance de maladie professionnelle. Ce rapport, très complet sur les lésions dont Mme B était atteinte à l'épaule et sur les fonctions exercées au sein de l'établissement, était alors de nature à éclairer complètement les instances compétentes sur la situation professionnelle et médicale de l'agent. Dans le cadre du présent recours, Mme B n'apporte aucune pièce médicale en vue de démontrer que ces lésions auraient évolué défavorablement. A ce titre, il est constant que la demande de reconnaissance d'une rechute de maladie professionnelle, objet de la saisine du conseil médical s'étant réuni le 9 septembre 2022, portait non sur son affection à l'épaule, mais sur le retentissement psychologique de cette affection, ce dont le conseil médical était informé par d'autres pièces. De plus, outre les autres pièces médicales jointes à la demande de l'intéressée, était également transmis au conseil médical un rapport de M. A, ingénieur et responsable hiérarchique de Mme B à la cuisine centrale, décrivant avec une grande précision l'historique des fonctions exercées par la requérante et le contexte professionnel de l'apparition de son mal-être et de sa souffrance psychique. Dans ces circonstances particulières, le conseil médical doit être regardé comme ayant été pleinement informé de la situation de Mme B. L'absence de nouveau rapport du médecin de prévention n'a donc pas privé la requérante de la garantie instituée par les dispositions précitées du décret du 19 avril 1988.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

9. En troisième lieu, si Mme B soutient que le directeur général du centre hospitalier se serait estimé lié par l'avis du comité médical, ce qui ne ressort pas des termes de la décision en litige, elle ne démontre, et ne soutient d'ailleurs pas, avoir porté à sa connaissance des informations complémentaires, autres que celles couvertes par le secret médical, dont il aurait dû tenir compte et qui auraient été susceptibles d'influer sur le sens de sa décision.

10. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 822-1 du code général de la fonction publique : " Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. "

11. D'autre part, aux termes de l'article 35-17 du décret du 19 avril 1988, constitue une rechute d'une maladie professionnelle, " toute modification dans l'état de santé du fonctionnaire, dont la première constatation médicale est postérieure à la date de guérison ou de consolidation de la blessure et qui entraîne la nécessité d'un traitement médical ". Il résulte de ces dispositions que seule peut être qualifiée de rechute d'une maladie professionnelle, une affection dont les manifestations cliniques justifiant l'interruption du service sont identiques ou à tout le moins voisines de l'affection initiale avec laquelle elles sont par ailleurs en lien direct.

12. En l'espèce, la demande de Mme B, qui portait exclusivement sur la rechute de la maladie professionnelle déclarée le 29 janvier 2019 et non sur la demande de reconnaissance d'une nouvelle maladie professionnelle, concernait des troubles psychologiques dont les manifestations cliniques sont étrangères à la symptomatologie d'une tendinopathie de l'épaule. Dans ces circonstances, le directeur du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, qui a fait une exacte application de l'article 35-17 du décret du 19 avril 1988, n'a pas davantage méconnu les dispositions de l'article L. 822-1 du code général de la fonction publique.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il n'y a donc pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme que demande le centre hospitalier au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Allais, première conseillère,

Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,

E. de Lacoste Lareymondie

Le président,

T. Besse

La greffière

S. Lecas

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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