vendredi 3 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208492 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | STINAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2022, M. C B, représenté par Me Stinat, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 14 octobre 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné un pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de réexaminer sa situation et de lui remettre un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;
- le refus de séjour a été pris, à tort sur le fondement de l'article 5 de la convention conclue entre la France et la Centrafrique, qui n'est pourtant pas applicable aux demandeurs d'asile ;
- la préfète a refusé de lui délivrer un titre de séjour sans attendre la décision rendue sur la demande d'autorisation de travail ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en ce qu'elle est prise sur le fondement d'un refus de séjour lui-même illégal ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 8 de la même convention ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en ce qu'elle est prise pour l'exécution d'une mesure d'éloignement elle-même illégale ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne précitée ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.
Vu :
- l'arrêté du 31 janvier 2022 de la préfète de l'Ain, publié le 1er février 2022, portant délégation de signature à Mme A ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord conclu entre la République française et la République centrafricaine le 26 septembre 1994, relative à la circulation et au séjour des personnes ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 20 janvier 2023, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Stinat, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
M. B n'était pas présent.
La préfète de l'Ain n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité centrafricaine, est entré en France le 25 novembre 2019, muni d'un visa de court séjour valable jusqu'au 14 décembre 2019, pour y demander l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 14 décembre 2021. Le 24 août 2022, M. B a sollicité le bénéfice d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision de la préfète de l'Ain lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant un pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation et à fin d'injonction sous astreinte :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
2. Il appartient, non à l'autorité administrative de justifier a priori de la légalité de la décision attaquée, mais au requérant de soulever des moyens assortis de précisions suffisantes permettant au juge d'y statuer. En outre, une délégation de signature ayant une portée réglementaire, elle devient opposable dès sa publication. Il suit de là que la décision en litige ne saurait être entachée d'incompétence au seul motif que le défendeur ne produit pas l'acte qui habilitait le délégataire à les signer. L'arrêté susvisé portant délégation de signature à Mme A ayant été régulièrement publié et le Tribunal s'étant assuré, au titre de son office, que la signataire a agi dans les limites de la délégation qui lui a été consentie, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de séjour :
3. Aux termes de l'article 4 de la convention susvisée conclue entre la République française et la République centrafricaine : " Pour un séjour de plus de trois mois, () les ressortissants centrafricains à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour () ". Aux termes de l'article 5 de la même convention : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre Etat une activité professionnelle salariée doivent en outre, pour être admis sur le territoire de cet Etat, justifier de la possession : 1° D'un certificat de contrôle médical () ; 2° D'un contrat de travail visé par le ministère du Travail de l'Etat d'accueil () ".
4. D'une part, contrairement à ce que soutient M. B, les stipulations précitées ont vocation à régir la situation de l'ensemble des ressortissants centrafricains sollicitant la délivrance d'un titre de séjour en France en vue de l'exercice d'une activité professionnelle, sans considération des motifs de leur venue sur le territoire français. Dès lors, la circonstance que M. B a quitté la Centrafrique pour solliciter une protection internationale en France ne fait pas obstacle à ce que lui soient opposées lesdites stipulations.
5. D'autre part, il est constant que M. B est entré irrégulièrement en France, sans être muni d'un visa de long séjour. La préfète de l'Ain pouvait donc, sans entacher sa décision d'erreur de droit, et pour ce seul motif, sans attendre l'issue de l'examen de la demande d'autorisation de travail, refuser de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", en application des articles 4 et 5 précités de la convention entre la France et la Centrafrique.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / ()3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () ".
7. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir par la voie de l'exception, sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait elle-même illégale.
8. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet de renvoyer M. B vers la République centrafricaine, mais seulement d'ordonner son éloignement de la France. Dès lors, M. B ne peut utilement se prévaloir de ce que l'obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au motif qu'il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Centrafrique.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
10. Pour soutenir que la décision contestée méconnaît l'article 8 de la convention européenne précitée, M. B fait valoir qu'une partie de sa famille réside en France. Toutefois, il n'apporte aucune pièce en vue d'établir la réalité de ses allégations. En outre, si l'intéressé a entamé des démarches pour régulariser son séjour et s'il s'est par ailleurs investi dans la vie associative, ces éléments sont insuffisants pour démontrer qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. M. B n'est donc pas fondé à soutenir que son éloignement porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi ;
11. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". Selon le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
12. Lorsque le degré de violence aveugle caractérisant le conflit armé atteint un niveau si élevé qu'il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'un civil renvoyé dans le pays ou la région concernés courrait, du seul fait de sa présence sur le territoire, un risque réel de subir des menaces graves, l'existence d'une menace grave et individuelle contre la vie ou la personne du demandeur n'est pas subordonnée à la condition qu'il rapporte la preuve qu'il est visé spécifiquement en raison d'éléments propres à sa situation personnelle. En revanche, lorsque la situation de violence, bien que préoccupante, n'apparaît pas aussi grave et indiscriminée, il appartient au demandeur d'établir qu'il serait, à titre individuel, directement exposé à ladite violence dans le contexte prévalant dans sa région d'origine
13. D'une part, s'il ressort de la documentation générale citée par M. B dans son recours que la situation sécuritaire en Centrafrique est particulièrement dégradée, notamment à Bangui d'où M. B déclare être originaire, elle ne saurait être regardée comme exposant tout civil à un risque réel de subir des menaces graves et indiscriminées, ainsi que l'a d'ailleurs relevé une récente décision du 27 juillet 2022 de la Cour nationale du droit d'asile, jointe au recours de M. B.
14. D'autre part, au soutien de son recours, M. B, qui se borne à renvoyer au récit exposé devant les autorités compétentes en matière d'asile, n'apporte aucun élément en vue d'établir qu'il serait personnellement exposé à des menaces pour sa sécurité en cas de retour en Centrafrique.
15. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne précitée et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
16. Enfin, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception et sans soulever d'autres moyens que ceux qui ont été précédemment écartés, pour soutenir que la décision désignant le pays de renvoi serait elle-même illégale.
17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, de même que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la préfète de l'Ain.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.
La magistrate désignée,
E. de Lacoste Lareymondie
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026