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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208495

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208495

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre
Avocat requérantJOUANIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 novembre 2022, le 22 mars 2023, les 28 mars, 23, 25 et 27 novembre 2024 et le 1er janvier 2025, M. D C, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision révélée par le télégramme du 7 juillet 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté sa candidature au poste de chef de service du renseignement territorial de l'Ardèche, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 24 600 euros en réparation des préjudices qu'il a subis du fait de l'illégalité de ces décisions du ministre de l'intérieur.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 modifiée, le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 et le décret n° 2005-716 du 29 juin 2005 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est constitutive d'une sanction déguisée ;

- l'absence de soutien et de cohérence de sa hiérarchie a entraîné la dégradation de ses conditions de travail et de sa santé ;

- sa situation relève du conflit d'intérêt ;

- le préjudice matériel et le préjudice moral qu'ils a subis doivent être évalués à la somme de 24 600 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2024, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Dubois (Dorean Avocats), conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 625 euros soit mise à la charge de M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête de M. C est irrecevable, dès lors qu'elle est dépourvue de moyens précis ;

- les conclusions indemnitaires de M. C sont irrecevables en l'absence de liaison du contentieux ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Un mémoire, enregistré le 9 décembre 2024, a été présenté par Mme A B.

Par un courrier en date du 19 novembre 2024, M. C a été invité à régulariser, dans un délai de quinze jours, sa requête conformément aux dispositions prévues à l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 2016-483 du 20 avril 2016 ;

- le décret n° 2005-716 du 29 juin 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leravat,

- les conclusions de M. Gueguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, commandant de police affecté au service du renseignement territorial de l'Ardèche en qualité de chargé de mission depuis le 1er août 2018, a candidaté sur le poste de chef de service du renseignement territorial de l'Ardèche. Sa candidature a été rejetée par une décision révélée par un télégramme du 7 juillet 2022 du ministre de l'intérieur et des outre-mer. Par un courrier du 18 juillet 2022, M. C a formé un recours, rejeté implicitement. M. C demande l'annulation de ces décisions et la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 24 600 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de ces décisions.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 29 juin 2005 portant statut particulier du corps de commandement de la police nationale : " Les officiers de police qui constituent ce corps assurent les fonctions de commandement opérationnel des services et d'expertise supérieure en matière de police et de sécurité intérieure. () ". Aux termes de l'article 3 de ce même décret : " 1° Capitaine de police, qui comporte un échelon d'élève, un échelon de stagiaire, et onze échelons. / () / 2° Commandant de police, qui comporte sept échelons ; / 3° Commandant divisionnaire, qui comporte quatre échelons et un échelon spécial. "

3. Il ressort des pièces du dossier que si M. C, commandant de police, était titulaire d'un grade supérieur à celui de Mme B, capitaine de police, qui a été nommée sur le poste convoité par le requérant, cette dernière avait occupé des postes dans les services départementaux du renseignement territorial depuis 2014, alors que M. C ne justifiait que de quatre années d'expérience dans ce domaine et justifiait ainsi d'une plus grande expérience dans ces services. Il ressort également des pièces du dossier que Mme B a, sur les années 2017 à 2022, été notée au maximum de l'échelle chiffrée en vigueur pour les officiers du corps de commandement, 7 sur 7, à l'exception de l'année 2018 où elle a été notée 6 sur 7, alors que M. C a été, durant cette même période, noté 6 sur 7. Par ailleurs, si M. C était recommandé par son supérieur hiérarchique pour exercer les fonctions de chef de service du renseignement territorial de l'Ardèche, fonctions dont il assurait déjà l'intérim lors des absences du précédent chef de ce service, Mme B bénéficiait également de recommandations en ce sens par ses supérieurs hiérarchiques et avait déjà exercé les fonctions d'adjoint au chef du service de renseignement territorial dans la Drôme, la circonstance qu'elle ait demandé sa mutation d'un autre département n'ayant pas constitué un critère déterminant dans le choix du candidat, contrairement à ce que soutient M. C. En outre, la seule circonstance que M. C a exercé l'intérim du chef de service du renseignement territorial de l'Ardèche ne saurait impliquer qu'il aurait dû être nommé sur ce poste alors, au demeurant, qu'aucune règle n'impose la prise en compte d'un tel critère. Enfin, M. C ne démontre pas la priorité d'affectation dont il se prévaut en raison de son affectation sur un poste temporaire, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il était positionné sur un poste correspondant à son grade. Dans ces conditions, compte tenu de l'intérêt du service, la nomination de Mme B sur le poste de chef du service du renseignement territorial de l'Ardèche, nonobstant le fait que la fiche de ce poste mentionnait qu'il avait vocation à être occupé par un commandant de police, aucune disposition législative ou règlementaire ni aucun principe général applicable aux fonctionnaires n'interdisant de placer un agent sous les ordres d'un autre agent de grade inférieur au sien, n'est pas entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, si M. C soutient que la décision en litige constitue une sanction déguisée, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait eu pour objet ou pour effet de le sanctionner. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la hiérarchie du requérant a souligné " ses aptitudes aux fonctions de chef d'un [service départemental du renseignement territorial] ", et que la cheffe de la direction départementale de la sécurité publique de l'Ardèche ainsi que Mme B ont également soutenu sa candidature sur le poste de chef de service de la circonscription de la police nationale de Guilherand-Granges. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le requérant n'aurait pas bénéficié du soutien de sa hiérarchie et aurait subi une dégradation de ses conditions de travail ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, M. C ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 25 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, créé par la loi du 20 avril 2016 relative à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires, dès lors que sa situation ne relève pas du conflit d'intérêt tel qu'entendu par ces dispositions. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur tiré de l'imprécision de la requête, que, par les moyens qu'il invoque, M. C n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient illégales.

8. En l'absence d'illégalité des décisions attaquées, les conclusions indemnitaires de M. C ne peuvent, en tout état de cause et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du ministre de l'intérieur présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du ministre de l'intérieur présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au ministre de l'intérieur et à Mme A B.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Leravat, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

La rapporteure,

C. Leravat

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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