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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208511

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208511

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Tomc, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 15 novembre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination ainsi que la décision du même jour l'assignant à résidence ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence tunisien mention " vie privée et familiale " ou de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail en vue du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il remplit les conditions pour bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour compte tenu de son insertion professionnelle comme de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle a été fondée sur le seul procès-verbal de son audition par les services de police, au mépris du principe du contradictoire ;

- elle est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- à titre subsidiaire, le tribunal devra la ramener à de plus justes proportions.

Vu les pièces, enregistrées le 18 novembre 2022, produites par la préfète de la Loire.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme C ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 21 novembre 2022.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant que ;

1. M. A, né le 10 mai 1987 en France, de nationalité tunisienne, demande au tribunal d'annuler les décisions du 15 novembre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination ainsi que la décision du même jour l'assignant à résidence

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, les moyens de M. A tirés du vice de procédure faute de consultation de la commission du titre de séjour et de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants au soutien de la demande tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, dès lors que seuls les étrangers susceptibles de se voir attribuer de plein droit un titre de séjour peuvent se prévaloir d'une protection contre l'éloignement.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant l'édiction de la décision en litige.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est né en France le 10 mai 1987 et y a vécu jusqu'à l'âge de six ans. Il a ensuite résidé en Tunisie jusqu'à l'âge de vingt-trois ans, avant de revenir sur le territoire français en septembre 2010 pour y poursuivre des études. Par arrêté du 27 juillet 2020 de la préfète de la Loire, il a fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours qu'il n'a pas exécutée. Il est constant qu'il a vécu séparé de ses parents et d'une partie de sa fratrie pendant de nombreuses années, ceux-ci ayant regagné la France avant lui. S'il fait valoir ses liens familiaux en France, il n'est pas pour autant dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où il a vécu la moitié de sa vie et où demeure, à tout le moins, une de ses sœurs. M. A est célibataire et sans charge de famille en France. Il n'est pas établi que ses parents nécessiteraient l'aide d'une tierce personne ni qu'ils ne pourraient pas, le cas échéant, être assistés par leurs autres enfants qui résident sur le territoire français. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition par les services de police, que M. A a été interpellé pour détention et usage de faux document administratif et a reconnu avoir utilisé une fausse carte d'identité belge afin d'exercer une activité professionnelle. Dans ces conditions, nonobstant la durée de son séjour en France et les études qu'il y a suivies avec succès, M. A n'est pas fondé à soutenir que, par la décision en litige, la préfète de la Loire a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En dernier lieu, pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

6. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant l'édiction de la décision en litige.

7. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 2, les moyens tirés du vice de procédure et de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés comme inopérants.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. Le 15 novembre 2022, M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Par suite, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Les circonstances évoquées au point 4 ne peuvent être regardées, en l'espèce, comme des circonstances humanitaires qui auraient pu justifier que l'autorité administrative ne prononçât pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Alors que le requérant se maintient irrégulièrement en France malgré une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, qu'il est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français où il déclare être entré la dernière fois en 2010, et eu égard à la durée d'un an fixée par la préfète, la décision attaquée ne méconnaît ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions précitées et ne présente pas un caractère disproportionné.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

11. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision attaquée qu'avant de prononcer l'assignation à résidence de M. A, la préfète de la Loire a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. En outre, l'intéressé a été entendu le 15 novembre 2022 sur sa situation administrative et ses observations ont été recueillies sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement. Les moyens tirés de la méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure et de l'erreur de droit doivent, par suite, être écartés.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ()".

13. Alors que le requérant, qui déclare vivre avec ses parents à Roanne, est assigné à résidence dans le département de la Loire, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'assignation aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de présentation qui assortit l'assignation à résidence, au commissariat de police de Roanne, du lundi au vendredi à 10 heures, présente un caractère disproportionné.

14. Il résulte de tout de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La magistrat déléguée,

Claude C,

première conseillère La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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