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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208525

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208525

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET GUERIN STIEVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2022, Mme B A, représentée par Me Stievet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2022 par laquelle la métropole de Lyon a retiré son agrément d'assistante maternelle ;

2°) de mettre à la charge de la métropole de Lyon une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle reprend des propos que Mme A aurait tenu devant la commission qui ne résultent pas de son dossier administratif ni de l'avis de la commission au demeurant non produit ;

- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;

- il n'est pas démontré que la métropole de Lyon ait procédé à de nouvelles investigations après la dénonciation des époux D et la visite inopinée du même jour ;

- en l'absence d'enquête administrative, l'administration ne pouvait estimer que les conditions prévues par l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles étaient réunies ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la sanction est disproportionnée ;

- le grief tiré du dépassement du nombre d'enfants susceptibles d'être accueilli a été abandonné ;

- elle dispose de références solides et de recommandations attestant de son professionnalisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2023, la métropole de Lyon conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mars 2023.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Lyon n° 2208551 du 6 décembre 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique ;

- les observations de Me Rey, avocate de la métropole de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a bénéficié d'un agrément en qualité d'assistance maternelle le 6 août 2019, pour l'accueil de deux ans enfants de tout âge. Cet accueil a été porté à trois enfants de tout âge, par un arrêté du 3 novembre 2021. Mme A a sollicité le 1er avril 2022, une modification de son agrément afin d'accueillir quatre enfants. Toutefois, à la suite d'un signalement, l'agrément de Mme A a été suspendu, le 16 mai 2022. La demande de modification d'agrément présentée par l'intéressé a fait l'objet d'une décision de refus, le 2 juin 2022. Enfin, par un arrêté du 11 octobre 2022, le président de la métropole de Lyon a retiré l'agrément délivré à la requérante. Mme A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme C E, directrice générale adjointe à la Métropole de Lyon, titulaire d'une délégation de signature, consentie à cet effet par un arrêté n° 2020-09-25-R-0764 du 25 septembre 2020 publié au recueil des actes administratifs du mois de septembre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles : " () Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée (). ".

4. La décision du 11 octobre 2022 vise notamment les dispositions des articles L. 421-6 et R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles. En outre, elle mentionne l'avis favorable à la proposition de retrait de l'agrément de Mme A rendu, par la commission consultative paritaire, le 12 septembre 2022. Par ailleurs, la décision attaquée indique précisément les faits sur lesquels l'autorité administrative s'est fondée pour estimer que la santé, la sécurité et l'épanouissement des enfants accueillis par Mme A ne pouvaient être garantis à savoir le fait d'avoir laissé un bébé endormi dans une poussette, seul sur le palier, d'avoir accueilli quatre enfants alors que l'agrément de l'intéressée était limité à l'accueil de trois enfants, l'absence de couchage des enfants dans des lits adaptés et de rituel de couchage, le fait d'avoir couché un enfant avec un porte-tétine attaché à un long foulard alors qu'il existe un risque d'étouffement ou d'étranglement, le fait d'avoir organiser un pique-nique pour quatre bébés entre huit et dix mois sans respecter le rythme et le besoin de ces enfants, l'installation des enfants dans la poussette à quatre places, dès leur arrivée, sans les déshabiller, afin de sortir pour une promenade ainsi que les explications de Mme A au regard de ces constats. Dans ces conditions, cette décision, qui énonce les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle est fondée, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la décision attaquée doit être écarté.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée reprend à son compte de prétendus propos que Mme A aurait tenu devant la commission, qui ne résultent pas de son dossier administratif, n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. En dernier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration de joindre, l'avis de la commission consultative paritaire départementale, à la décision portant retrait d'un agrément en qualité d'assistante maternelle.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel () est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside () L'agrément est accordé () si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () / Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. () / La composition, les attributions et les modalités de fonctionnement de la commission présidée par le président du conseil départemental ou son représentant, mentionnée au troisième alinéa, sont définies par voie réglementaire. (). Aux termes de l'article R. 421-3 de ce code : " Pour obtenir l'agrément d'assistant maternel ou d'assistant familial, le candidat doit : 1° Présenter les garanties nécessaires pour accueillir des mineurs dans des conditions propres à assurer leur développement physique, intellectuel et affectif ; (). ". Aux termes de l'article L. 3611-3 du code général des collectivités territoriales : " La métropole de Lyon s'administre librement dans les conditions fixées par le présent livre et par les dispositions non contraires de la première partie du présent code, des titres II, III et IV du livre Ier et des livres II et III de sa troisième partie, et de la législation en vigueur relative au département. / Pour l'application à la métropole de Lyon des dispositions de l'alinéa précédent : / 1° La référence au département est remplacée par la référence à la métropole de Lyon ; / 2° La référence au conseil général est remplacée par la référence au conseil de la métropole ; / 3° La référence au président du conseil général est remplacée par la référence au président du conseil de la métropole. ".

8. Il résulte des dispositions des articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, notamment de suspicions de maltraitance, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime des comportements en cause ou risque de l'être. Enfin, il incombe au président du conseil départemental, lorsqu'il décide de retirer une décision d'agrément en cours de validité, de se prononcer dans le respect des droits de la défense et d'établir que la personne titulaire de l'agrément ne satisfait pas, à la date de la décision de retrait, aux conditions auxquelles la délivrance de l'agrément est subordonnée.

9. Le président de la métropole de Lyon s'est fondé, pour retirer l'agrément d'assistante maternelle de Mme A, sur le fait que les services de la métropole ne pouvaient plus garantir la santé, la sécurité et l'épanouissement des enfants accueillis au domicile de l'intéressée en raison des manquements relevés à l'encontre de Mme A, de l'absence d'explications convaincantes présentées par l'intéressée, de remise en question de ses pratiques et de l'existence d'un mode de communication rigide ne permettant pas un échange constructif.

10. Il ressort des pièces du dossier qu'une voisine de Mme A a appelé le service de la protection maternelle et infantile, le 12 mai 2022, pour signaler la présence d'un enfant seul, endormi dans une poussette, dans le hall d'un étage de l'immeuble où réside la requérante. Ce signalement était accompagné d'une photographie permettant d'attester de la réalité des faits signalés. A la suite de ce signalement, le service de la protection maternelle et infantile a procédé à une visite inopinée au sein du domicile de Mme A, le 13 mai 2022. A cette occasion, il a constaté à propos du couchage des enfants, et en dépit des consignes délivrées à l'intéressée lors d'une précédente visite effectuée le 2 mai 2022, d'une part, la présence d'un seul lit à barreaux, de deux transats non adaptés à l'âge des enfants et d'un matelas au sol et, d'autre part, que l'un des enfants disposait d'un porte-tétine attaché à un long foulard inadapté compte-tenu d'un risque d'étouffement ou d'étranglement. En outre, le service a notamment relevé que quatre enfants étaient accueillis alors que l'agrément délivré à Mme A se limitait à l'accueil de trois enfants, que les enfants étaient installés, dès leur arrivée et sans les déshabiller, dans la poussette à quatre places afin de sortir pour une promenade, le premier enfant arrivé pouvant ainsi rester près de 15 à 30 minutes dans la poussette et enfin que l'intéressée avait organisé, le 13 mai 2022, aux heures les plus chaudes de la journée, un pique-nique avec quatre enfants entre huit et dix mois avec un retour à 14 heures 45 sans respecter le rythme et les besoins des enfants.

11. Si Mme A conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés, les faits en cause résultent soit d'un signalement circonstancié effectué par un témoin, soit des constatations auxquelles s'est livré le service de la protection maternelle et infantile lors de sa visite inopinée du 13 mai 2022 au sein du domicile de l'intéressée et des propos mêmes de la requérante également recueillis, par le service, lors de cette visite. L'administration pouvait ainsi légalement se référer aux faits précités, compte tenu de leur caractère avéré, suffisamment grave et précis, sans être tenue de diligenter une enquête administrative ou de nouvelles investigations et alors même, à supposer cette circonstance établie, qu'aucun grief n'aurait été retenu à l'encontre de Mme A avant le 12 mai 2022. En outre, si la requérante invoque le fait qu'un dépassement pouvait être admis à titre exceptionnel, la décision attaquée se borne à relever qu'elle a déclaré se mettre en conformité avec la réglementation applicable en déclarant, par un courriel du 23 mai 2022, un accueil exceptionnel pour la journée du 12 mai 2022. Par ailleurs, en dépit des attestations favorables dont elle se prévaut, Mme A n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la matérialité des faits qui lui sont reprochés. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation et sans méconnaître les dispositions de L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles, que le président de la métropole de Lyon a prononcé le retrait de l'agrément d'assistante maternelle de Mme A en estimant que cette dernière ne présentait pas les garanties nécessaires pour accueillir des mineurs dans des conditions propres à garantir leur sécurité, leur santé et leur épanouissement.

12. En dernier lieu, Mme A ne peut utilement soutenir que le retrait d'agrément, qui ne constitue pas une sanction, présenterait un caractère disproportionné.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2022 présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la métropole de Lyon qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la métropole de Lyon.

Délibéré après l'audience le 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

E. Seytre

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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