vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208536 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | HMAIDA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Hmaida, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard :
- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ;
- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de sa signataire ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 19 et 22 décembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant albanais né le 17 juillet 1991, déclare être entré en France le 13 décembre 2016 accompagné de son épouse et de leur premier enfant né le 10 mars 2014. Après avoir déposé, le 25 janvier 2017, une demande d'asile qui a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 3 juillet 2017, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 3 octobre 2017, la préfète de l'Ain a pris à son encontre, le 15 juin 2018, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourrait être éloigné d'office. M. B s'est toutefois maintenu sur le territoire national et a sollicité, le 13 mars 2019, le réexamen de sa demande de protection internationale. Cette demande ayant été rejetée, en dernier lieu, par la CNDA, le 20 août 2019, la préfète de l'Ain a pris à l'encontre de l'intéressé, le 24 octobre suivant, un arrêté par lequel elle l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de douze mois, dont la légalité a été confirmé par un jugement du magistrat désigné par la présidente du tribunal en date du 29 juin 2020. S'étant maintenu sur le territoire national, M. B a sollicité des services de la préfecture de l'Ain, le 15 juin 2022, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 octobre 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS).
2. Le bureau d'aide juridictionnelle n'ayant pas statué sur la demande d'aide juridictionnelle dont M. B fait état dans sa requête, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans cette instance.
3. Par un arrêté du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratif spécial de la préfecture de l'Ain du 1er février suivant, accessible tant au juge qu'aux parties, la préfète de l'Ain a donné délégation de signature à Mme E D, attachée d'administration de l'État, directrice de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, à l'effet de signer, notamment, toute décision individuelle, favorable ou non, en matière d'admission au séjour, ainsi que les mesures d'éloignement et décisions dont elles peuvent être assorties lorsqu'elles sont prises concomitamment à des refus de séjour, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Et selon les termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
5. M. B soutient qu'il a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, dès lors qu'il y réside depuis plus de six années avec son épouse et leur deux enfants mineurs, lesquels y sont scolarisés, et qu'il y est intégré socialement et professionnellement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui est entré irrégulièrement en France à la date déclarée du 13 décembre 2016, s'y maintient en situation irrégulière en dépit de deux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet les 15 juin 2018 et 24 octobre 2019, la légalité de la seconde ayant été confirmée par un jugement du tribunal en date du 29 juin 2020. Par ailleurs, en produisant notamment ses avis d'imposition pour les années 2016 à 2018 et 2020 à 2021, dont seuls les deux derniers comportent un revenu fiscal de référence, des attestations de droits à l'assurance maladie et à la complémentaire santé solidaire valables entre les années 2017 et 2022, des attestations d'hébergement auprès d'associations pour les périodes allant du 14 décembre 2016 au 19 novembre 2017 et du mois de novembre 2017 au 25 octobre 2018, une attestation d'élection de domicile au sein du centre communal d'action sociale (CCAS) de la mairie de Dortan pour la période allant du 27 janvier 2022 au 26 janvier 2023, les attestations de scolarité de ses deux enfants mineurs, dont l'un est né sur le territoire national le 21 février 2017, en écoles primaire et élémentaire entre les années scolaires 2017-2018 et 2022-2023, les preuves de paiement de frais de garderie du soir pour ces derniers, ainsi que des témoignages rédigés par des proches, l'intéressé ne justifie pas de l'ancienneté, de l'intensité et de la stabilité des liens privés et familiaux dont il se prévaut en France. En outre, si M. B verse également au dossier une attestation de travail rédigée le 1er décembre 2022, aux termes de laquelle il a travaillé pour la société ALB-ITA 2014 du 2 avril 2014 au 18 octobre 2016 en qualité d'ouvrier du bâtiment, une promesse d'embauche sous contrat à durée indéterminée en qualité de maçon façadier rédigée le 14 juin 2022 par un artisan, des attestations de bénévolat et de participation à des ateliers d'apprentissage de la langue française pour lui et son épouse, ainsi que la licence de son fils ainé au sein de l'association sportive Dortan - Lavancia depuis l'année 2020-2021, ces éléments ne sont pas de nature à établir une insertion sociale et professionnelle particulières sur le territoire national. Enfin, le requérant n'établit ni même n'allègue que sa cellule familiale, composée de son épouse, compatriote en situation irrégulière sur le territoire français ayant également fait l'objet le 24 octobre 2019 d'une mesure d'éloignement dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal daté du 29 juin 2020, et de leurs deux enfants mineurs, respectivement âgés de huit et cinq ans à la date de la décision contestée, ne pourrait se reconstituer hors de France, et notamment en Albanie, pays dont tous les membres de sa famille ont la nationalité, où il a vécu l'essentiel de son existence et où ses enfants pourront, compte tenu de leurs jeunes âges, poursuivre leur scolarité. Les circonstances que le fils ainé de l'intéressé soit entré sur le territoire national avant l'âge de treize ans et que sa fille cadette soit née en France sont, à cet égard, sans incidence. Ainsi, compte tenu de la durée et des conditions de séjour de M. B en France, la préfète de l'Ain n'a pas portée une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Et selon les termes de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Les enfants ont droit à la protection et aux soins nécessaires à leur bien-être. Ils peuvent exprimer leur opinion librement. Celle-ci est prise en considération pour les sujets qui les concernent, en fonction de leur âge et de leur maturité. / 2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / 3. Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt. "
7. Si M. B soutient que la décision contestée méconnaît l'intérêt supérieur de ses deux enfants mineurs, dont l'un est entré sur le territoire français à l'âge de deux ans sans jamais avoir été scolarisé en Albanie et l'autre est né sur le territoire national, cette décision n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer ces enfants de leurs parents, dès lors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ainsi que cela a été précédemment exposé au point 5, que la cellule familiale du requérant ne pourrait se reconstituer hors de France, et notamment en Albanie, ni que ses deux enfants mineurs ne pourront, compte tenu de leurs jeunes âges, y poursuivre leur scolarité. Par suite, en refusant de délivrer à l'intéressé un titre de séjour, la préfète de l'Ain n'a pas porté une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de ces enfants et n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit également être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
9. En se bornant à faire référence à l'ensemble des éléments relatifs à sa vie privée et familiale tels que relatés au point 5, M. B ne fait état d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète de l'Ain a pu refuser de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur leur fondement. Par ailleurs, si le requérant verse au dossier une attestation de qualification professionnelle obtenue en Albanie le 17 septembre 2014, dont l'administration fait d'ailleurs valoir en défense, sans être contredite, qu'elle n'avait pas été produite à l'appui de sa demande de titre de séjour, aux termes de laquelle il a " terminé le cours de " Maçon " et a été évaluée avec la mention A " par la " commission des examens de DRFPP Duress ", une attestation de travail rédigée le 1er décembre 2022, aux termes de laquelle il a travaillé pour la société ALB-ITA 2014 du 2 avril 2014 au 18 octobre 2016 en qualité d'ouvrier du bâtiment ainsi qu'une promesse d'embauche sous contrat à durée indéterminée en qualité de maçon façadier rédigée le 14 juin 2022 par un artisan, ces seuls éléments ne sauraient suffire à démontrer que l'intéressé disposerait d'une expérience professionnelle particulière s'agissant de cette promesse d'embauche, alors au demeurant que l'intéressé n'établit ni même n'allègue avoir exercé une activité salariée sur le territoire français. Dans ces conditions, la préfète de l'Ain n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application de son pouvoir discrétionnaire pour régulariser sa situation sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.
11. En second lieu, en l'absence d'argumentation particulière, et en tenant compte des conséquences spécifiques de la mesure d'éloignement contestée, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.
13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Selon les termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
14. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, la préfète de l'Ain s'est fondée sur la circonstance tirée de ce que l'intéressé s'était soustrait à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre les 15 juin 2018 et 24 octobre 2019 et a ainsi considéré qu'il existait un risque qu'il se soustraie de nouveau à l'exécution de l'arrêté contesté. Le requérant, qui ne conteste pas utilement ces motifs, soutient que la décision attaquée serait entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " au regard des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, d'une part, que sa situation personnelle et familiale a évolué depuis la précédente mesure d'éloignement du 24 octobre 2019, compte tenu de sa durée de résidence en France, de ce qu'il dispose d'une proposition d'embauche dans un emploi pérenne et de la naissance de son second enfant, et, d'autre part, de ce qu'il a respecté la convocation fixée par les services de la gendarmerie nationale de Nantua pour la notification de l'arrêté contesté. Toutefois, ces éléments, qui ne constituent pas des " circonstances particulières " au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne sont pas de nature à démontrer que la préfète de l'Ain aurait commis une " erreur manifeste d'appréciation " en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. En l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois :
16. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.
17. En second lieu, selon les termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
18. Pour prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, la préfète de l'Ain a retenu, d'une part, que le requérant ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière, d'autre part, que l'intéressé, entré en France au mois de décembre 2016, il y a " (cinq) ans et (neuf) mois ", et sans emploi ni logement autonome, ne disposait d'aucune attachée familiale sur le territoire français qui justifierait que lui soit laissé la possibilité d'y revenir à brève échéance, et, enfin, qu'il s'était maintenu sur le territoire national en dépit de deux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre en 2018 et 2019, alors au surplus que la seconde était assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 29 juin 2020. Or, M. B, qui ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire particulière de nature à faire obstacle au prononcé d'une telle interdiction de retour, ne justifie pas de l'ancienneté, de l'intensité et de la stabilité des liens privés et familiaux dont il se prévaut sur le territoire national, où il s'est maintenu en situation irrégulière en dépit de deux précédentes mesures d'éloignement, ainsi que cela a été exposé au point 5. Enfin, la préfète de l'Ain n'a édicté à l'encontre du requérant qu'une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de dix-huit mois, alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à trois ans. Dans ces conditions, et alors même qu'il n'est pas contesté que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, la préfète de l'Ain n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du même code en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois.
19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.
Le rapporteur,
C. C
La présidente,
A. Baux
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026