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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208539

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208539

mercredi 23 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208539
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantADJA OKE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 novembre 2022, M. B, représenté par Me Adja Oke, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 16 novembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour pendant 36 mois, ensemble l'assignation à résidence prise le même jour ;

3°) d'enjoindre audit préfet de réexaminer sa situation dans un délai de 30 jours ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée et illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation, elle méconnait son droit à être entendu en tant qu'il est protégé par la Charte et constitue un principe général du droit de l'Union européenne, ainsi que les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la mesure d'éloignement ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la mesure d'éloignement ainsi qu'insuffisamment motivée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation :

- la décision lui interdisant le retour en France est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la mesure d'éloignement ainsi qu'insuffisamment motivée ;

- la décision l'assignant à résidence est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la mesure d'éloignement ainsi qu'insuffisamment motivée et méconnait le principe de séparation des pouvoirs.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les déclarations de Me Adja Oke mentionnant une demande d'aide juridictionnelle " par la voie du Palais ",

- la prestation de serment de Mme D, interprète en langue arabe,

- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Adja Oke pour le requérant qui conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant les mêmes moyens, et en soulevant deux moyens nouveaux, l'un tiré d'un vice de procédure en tant que le préfet n'a pas saisi l'OFII pour recueillir un avis sur l'état de santé, l'autre de l'erreur d'appréciation commise concernant les perspectives d'éloignement ;

- les déclarations de M. B, assisté de Mme D, indiquant notamment qu'il a fait l'objet de trois condamnations pénales dont la dernière pour des faits d'agression sexuelle dont il ne serait pas responsable ;

- et les observations de Mme E pour le préfet du Rhône qui conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, qui est démuni de tout document d'identité ou acte d'état civil, se déclare ressortissant algérien né le 13 juillet 2003 à Annaba entré en France dans le courant de l'année 2018. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour pour une durée de deux ans, ainsi qu'une assignation à résidence, le 20 octobre 2021. Par jugement n° 2108409 du 26 octobre 2021 devenu définitif, la magistrate désignée par la présidente du Tribunal a rejeté son recours à l'encontre de ces décisions. Interpellé le 15 novembre 2022 dans le cadre d'un contrôle d'identité, il fait de nouveau l'objet, par décisions prises le lendemain, d'une mesure d'éloignement sans délai assortie cette fois-ci d'une interdiction de retour pendant 36 mois, ainsi que d'une assignation à résidence.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur le surplus des conclusions :

3. En premier lieu, par arrêté du 16 septembre 2022 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs le 20 septembre suivant, le préfet du Rhône a donné délégation à Mme C pour signer tous les actes dans la limite des attributions de la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certains au titre desquels ne figure pas la police des étrangers, en l'absence ou l'empêchement d'autres personnes dont il n'est pas établi qu'elles ne le fussent pas.

4. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire, la décision fixant le pays de destination, l'interdiction de retour et l'assignation à résidence indiquent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celles-ci permettent d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Elles sont ainsi suffisamment motivées en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ressort manifestement de ces décisions et des éléments produits par le préfet du Rhône dans l'instance qu'il a procédé à un examen de la situation personnelle de M. B préalablement à leur édiction.

5. En troisième lieu, le 9° de l'article L. 611-3 du code précité dispose que ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français l'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, lorsque l'étranger est assigné à résidence aux fins d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou placé ou maintenu en rétention administrative en application du titre IV du livre VII, l'avis est émis par un médecin de l'office et transmis sans délai au préfet territorialement compétent ". En vertu des articles 9, 10 et 11 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris en application de l'article R. 611-2 du même code, il appartient à l'étranger assigné à résidence, sous réserve de circonstances particulières, de faire établir un certificat médical initial par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier afin que l'avis requis puisse être rendu par le médecin de ce service.

6. S'il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré au service de police qu'il est " suivi par un psychiatre et un psychologue ", il n'a fourni aucun document, ni précision sur le traitement ou les modalités du suivi dont il déclarait faire l'objet. Les éléments d'information résultant de son audition ne permettaient donc pas d'en déduire que l'intéressé sollicitait la protection contre les mesures d'éloignement visée par les dispositions précitées. En outre, il n'établit nullement avoir déposé une demande de titre de séjour en raison de son état de santé ou transmis un certificat médical dans les conditions prévues. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ne pourrait effectivement bénéficier en Algérie d'un traitement approprié à son addiction " aux médicaments " et ses pensées d'autolyse, à supposer que son défaut entraîne des conséquences d'une exceptionnelle gravité puisque les éléments recueillis dans le cadre de l'instruction lors de l'audience démontrent qu'il ne suit pas régulièrement de traitement ou une prise en charge organisée. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure et, plus généralement, qu'il ne pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement en vertu du 9° de l'article L. 611-3 du code précité.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire () à la sûreté publique, () à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, si M. B réside en France depuis quatre ans dont trois durant sa minorité, il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée et d'une trentaine de signalisation au fichier des antécédents judiciaires par les services de Marseille et Lyon pour des faits de vol (simple, en effraction ou en réunion avec violences), vente frauduleuse de tabac, détention et usage de stupéfiants, port d'arme blanche sans motif légitime et agression sexuelle, laquelle a donné lieu le 24 février 2022 à une condamnation délictuelle à 4 mois d'emprisonnement prononcée par le Tribunal pour enfants pour des faits commis le 4 juin 2021. Il apparait, par ailleurs, qu'il n'est pas démuni d'attaches en Algérie où il n'est pas établi qu'il ne peut y bénéficier d'un traitement approprié à son état et où réside l'un de ses frères tandis qu'il déclare lui-même y avoir vécu environ 16 ans. La mesure d'éloignement ne saurait, dès lors, être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale eu égard aux buts poursuivis par une telle décision.

9. En cinquième lieu, M. B a lui-même déclaré à plusieurs reprises, notamment lors de son évaluation initiale, qu'il était originaire d'Annaba en Algérie et né de parents algériens. La décision fixant le pays dont il a la nationalité comme pays de destination de la mesure d'éloignement n'est donc entachée d'aucune illégalité.

10. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B, lequel a fait l'objet d'une condamnation pénale définitive et d'une interdiction d'entrer en contact avec la victime, serait placé sous le régime d'un contrôle judiciaire incompatible avec l'assignation à résidence qui trouve son fondement dans les dispositions du 1° de l'article L. 761-1 du code susvisé. Par ailleurs, si l'intéressé indique à l'audience qu'un placement au centre de rétention administrative à la fin de l'année 2021 n'a pas permis l'exécution de la précédente mesure d'éloignement, il n'apparait pas qu'à la date à laquelle la décision d'assignation à résidence a été prise son éloignement ne demeure pas une perspective raisonnable eu égard à l'état actuel des relations entre la France et l'Algérie comme le souligne la représentante du préfet à l'audience.

11. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'illégalité des décisions par voie d'exception ne sont pas fondés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 16 novembre 2022. Par suite, sa requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, au préfet du Rhône et à Me Adja Oke.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 23 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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