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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208543

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208543

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208543
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantMESSAOUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 novembre 2022, et un mémoire enregistré le 13 décembre 2022, M. E D C, représenté par Me Messaoud, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 17 octobre 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné un pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de renvoyer le jugement de l'affaire à une formation collégiale.

M. D C soutient que :

- le jugement de l'affaire ne relève pas de la compétence du magistrat désigné, mais de la formation collégiale en application de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il appartient au préfet de justifier de la délégation de signature accordée au signataire des décisions contestées ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- le refus de séjour a été pris en méconnaissance de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ayant estimé à tort qu'il était entré irrégulièrement sur le territoire français ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 2 de la Charte de l'environnement ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en ce qu'elle est fondée sur un refus de séjour lui-même illégal ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne précitée ;

- elle méconnaît l'article 2 de la Charte de l'environnement ;

- la décision désignant le pays de renvoi est illégale en ce qu'elle est prise pour l'exécution d'une mesure d'éloignement elle-même illégale et sur le fondement d'un refus de séjour lui-même illégal.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 janvier 2023, le préfet de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Le préfet de l'Ain soutient que :

- le jugement de l'affaire relève de la compétence du magistrat désigné ;

- le moyen tiré de la violation de l'article 2 de la Charte de l'environnement est inopérant ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 20 janvier 2023, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Messaoud, représentant M. D C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet de l'Ain n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la compétence du magistrat désigné :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () ".

2. Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. / () Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine. / () Lorsque l'étranger conteste une décision portant obligation de quitter le territoire fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations. "

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'une décision relative au séjour est intervenue concomitamment et a fait l'objet d'une contestation à l'occasion d'un recours dirigé contre une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1, cette contestation suit le régime contentieux applicable à l'obligation de quitter le territoire, alors même qu'elle a pu être prise également sur le fondement du 3° de cet article. Dès lors, les dispositions de l'article L. 614-5 du même code sont applicables à l'ensemble des conclusions présentées devant le juge administratif dans le cadre de ce litige, y compris celles tendant à l'annulation de la décision relative au séjour.

4. En l'espèce, la décision par laquelle le préfet de l'Ain a obligé M. D C à quitter le territoire français a été prise sur les fondement des 3° et 4° de l'article L. 611-1 précité. Il s'ensuit que M. D C n'est pas fondé à soutenir que le litige ressortit de la compétence de la formation collégiale du tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. "

6. Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales () ; 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; () ". Selon l'article R. 313-1 du même code : " En fonction de ses déclarations sur les motifs de son voyage, l'étranger dont le séjour ne présente pas un caractère familial ou privé présente selon les cas : 1° Pour un séjour touristique, tout document de nature à établir l'objet et les conditions de ce séjour, notamment sa durée ; () ". Aux termes de l'article R. 313-12 de ce code : " Afin de justifier qu'il possède les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour, l'étranger qui sollicite son admission en France peut notamment présenter des espèces, des chèques de voyage, des chèques certifiés, des cartes de paiement à usage international ou des lettres de crédit. () ".

7. Aux termes de l'article 6 du règlement du 9 mars 2016 susvisé : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des Etats membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : / a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière () c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens. () "

8. M. D C, de nationalité colombienne, est entré en France par voie aérienne le 15 août 2019. Son séjour étant prévu pour une durée inférieure à 90 jours, il était dispensé de visa conformément à l'accord conclu le 2 décembre 2015 entre l'Union européenne et la Colombie. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. D C était alors en possession d'un billet d'avion pour un voyage retour vers la Colombie prévu le 12 septembre 2019, d'une réservation dans un hôtel à Lyon sur toute la durée de son séjour en France, d'une assurance couvrant sa prise en charge médicale, et de 4 000 euros de liquidités. Il s'ensuit que c'est à tort que le préfet de l'Ain a estimé qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français.

9. D'autre part, M. D C a épousé, le 25 juin 2022, Mme B A, de nationalité française, avec laquelle il avait auparavant conclu un pacte civil de solidarité le 16 juin 2021. La vie commune du couple est par ailleurs attestée par les pièces du dossier depuis le mois de novembre 2021, ce que le préfet de l'Ain ne conteste pas, soit depuis plus de six mois à la date de la décision attaquée.

10. Il résulte de ce qui précède que M. D C est fondé à soutenir que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour méconnaît l'article L. 423-2 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle doit donc être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à son encontre.

11. Doivent également être annulées, par voie de conséquence, les décisions par lesquelles le préfet de l'Ain a obligé M. D C à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné un pays de renvoi, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens soulevés à leur encontre.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de l'Ain délivre à M. D C un titre de séjour. Il y a lieu, pour le tribunal, de lui ordonner d'y procéder dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à M. D C d'une somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet de l'Ain du 17 octobre 2022 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Ain de délivrer à M. D C un titre de séjour, dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. D C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E D C et au préfet de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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