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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208571

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208571

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLOPEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2022, M. D C, représenté par Me Lopez, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 novembre 2022 par lequel le ministre des armées a prononcé sa mise à la retraite pour invalidité et sa radiation des cadres à compter du 7 novembre 2022, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de le réintégrer, de le placer en disponibilité d'office pour raisons de santé avec maintien de son demi-traitement dans l'attente du bénéfice de la période de préparation au reclassement ou d'un reclassement dans un emploi compatible avec son état de santé, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il y a urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté litigieux, qui affecte de manière suffisamment grave et immédiate sa situation ; en effet, cet arrêté entraîne d'une part, la perte de la qualité de fonctionnaire et d'autre part, le prive d'emploi et de revenus et ne lui permet dès lors plus d'assurer le paiement de ses charges courantes ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, les moyens tirés :

de l'incompétence de l'auteur de l'acte,

de ce qu'en méconnaissance de l'article 14 du décret du 14 mars 1986, le médecin de prévention n'a été informé ni de la tenue de la réunion du comité médical restreint ni de la réunion du conseil médical plénier, ce qui l'a privé d'une garantie et est susceptible d'avoir exercé une influence sur le sens de la décision ;

de ce que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'aucune des instances médicales n'a reconnu son inaptitude totale et définitive à toutes fonctions ;

de ce que le ministre des armées a entaché la décision attaquée d'erreurs d'appréciation et de droit ; en effet, en méconnaissance de l'article L. 826-2 du code général de la fonction publique et des articles 1, 2 et 3 du décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 relatif au reclassement des fonctionnaires de l'État reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, dès lors qu'il n'était inapte qu'aux fonctions d'agent des services hospitaliers, l'administration devait tenter de le reclasser et lui proposer une période de préparation au reclassement ;

de ce qu'elle est rétroactive et dès lors illégale en l'absence de toute justification.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors qu'admis rétroactivement à la retraite à compter du 4 novembre 2022, le versement de sa rémunération a été maintenu jusqu'au 1er février 2023 ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux, en l'état de l'instruction.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 18 novembre 2022 sous le numéro 2208570 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Baux, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Lopez, représentant M. C qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et qui précise que :

la condition d'urgence est remplie ;

dès le 2 novembre 2021, puis ensuite à plusieurs reprises, M. C a manifesté sa volonté de reprendre l'exercice de ses fonctions sur un poste de reclassement ou de pouvoir bénéficier d'une période de préparation au reclassement ;

tous les comités médicaux ont considéré qu'il devait être reclassé dès lors qu'il n'est inapte qu'à ses fonctions et non à toutes fonctions contrairement à ce qu'écrit le ministre des armées, entachant ainsi sa décision d'une erreur de fait ;

est propre à créer un doute sérieux l'absence de convocation du médecin de prévention dès lors que celui-ci aurait pu présenter des observations ayant toujours accompagné M. C et prôné le reclassement ;

en méconnaissance des décrets du 14 mars 1986 et 30 novembre 1984, l'impossibilité de le reclasser aurait dû faire l'objet d'une décision motivée, il aurait dû être placé en disponibilité d'office avant d'être mis à la retraite et enfin, il avait droit à suivre une période de préparation au reclassement ;

enfin, l'administration pouvant le placer en position de disponibilité d'office, il n'était pas nécessaire d'édicter une décision de mise à la retraire rétroactive.

- les observations de Mme B, représentant le ministre des armées, qui persiste dans ses écritures et souligne que, au regard de l'expertise, il n'était pas utile de convoquer le médecin de prévention et enfin que des tentatives de reclassement avaient échoué.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, agent de service hospitalier, affecté au sein de l'hôpital d'instruction des armées Desgenettes, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté 4 novembre 2022 par lequel le ministre des armées a prononcé sa mise à la retraite pour invalidité et sa radiation des cadres à compter du 7 novembre 2022.

2. Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " Le premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code précise que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si ses effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il résulte de l'instruction que M. C doit percevoir une pension de retraite d'un montant mensuel inférieur à 300 euros dès lors qu'il a cotisé durant moins de quinze années. Par suite, même si pour des raisons contingentes, l'intéressé ne bénéficie pas encore effectivement de sa pension et que le ministère des armées continue de lui verser un demi-traitement, l'arrêté attaqué porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation. Dès lors, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

5. En second lieu, en l'état de l'instruction, les moyens visés ci-dessus tirés d'erreurs d'appréciation et de droit sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux.

6. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions requises par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Dès lors, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué.

7. Compte tenu de ses motifs, la présente ordonnance implique nécessairement, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que le ministre des armées prenne une nouvelle décision sur la situation de M. C, et le place dans l'attente de ce réexamen, dans une position statutaire régulière Par suite, il y a lieu d'enjoindre à cette autorité administrative de prendre cette mesure d'exécution, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

8. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au profit de M. C, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 4 novembre 2022 par lequel le ministre des armées a prononcé sa mise à la retraite pour invalidité et sa radiation des cadres à compter du 7 novembre 2022 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête tendant à l'annulation de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées de prendre une nouvelle décision sur la situation de M. C, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et dans l'attente de le placer dans une position statutaire régulière.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et au ministre des armées.

Fait à Lyon le 15 décembre 2022.

La juge des référés,

A. A

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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