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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208581

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208581

mercredi 23 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 21 et 23 novembre 2022, sous le n° 2208581, M. C B, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (690125 Lyon - Saint Exupéry), représenté par Me Vray, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 20 novembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de procéder sans délai à l'effacement de son inscription au fichier Système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

1°) s'agissant de l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation individuelle ;

2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

3°) s'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de circonstances exceptionnelles et présente des garanties de représentation ;

4°) s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier dès lors que le préfet n'a pas pris en compte la présence d'attaches familiales en France et la circonstance qu'il a fait l'objet d'une précédente interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la durée maximale de cinq ans a été dépassée ;

- elle présente un caractère disproportionné au regard de sa situation et familiale porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Le 22 novembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie a produit des pièces.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience du 23 novembre 2022 :

- le rapport de M. Pineau, magistrat désigné,

- les observations de Me Vray, avocate pour M. B, qui a repris les moyens et conclusions de la requête. S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, elle soulève le moyen tiré de l'erreur de base légale dans la mesure où l'existence d'une précédente interdiction de retour sur le territoire français devait conduire à ce que soit fait application de l'article L. 611-12 relatif à la prolongation de l'interdiction de retour et non du prononcé d'une nouvelle décision. En tout état de cause, la durée de trois ans fixée par la décision attaquée entraine un dépassement de la durée maximale de cinq ans prévus par l'article L. 611-12. Enfin, l'existence d'une précédente interdiction de retour sur le territoire français, édictée par le préfet de police de Paris, n'a pas été prise en compte au cours de l'examen de la situation de M. B en méconnaissance de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- les observations de M. B, requérant, assisté de M. A F, interprète en langue arabe, qui répond aux questions posées par le tribunal s'agissant de ses conditions d'entrée en France, des attaches familiales dont il y dispose et de celles conservées dans son pays d'origine et des activités salariées dont il fait état.

- les observations de Me Morisson-Cardinaud, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de la Haute-Savoie, qui conclut au rejet de la requête dont les moyens ne sont pas fondés. S'agissant de la menace à l'ordre public, elle est caractérisée par les agissements commis par le requérant qui ont conduit à sa condamnation et son incarcération, l'intéressé étant en outre défavorablement connu pour d'autres faits. Aucune méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être retenue dans la mesure où aucune pièce ne démontre l'existence d'attaches familiales en France, l'épouse du requérant se trouvant en Turquie et les membres de sa famille en Algérie. Le refus de délai de départ volontaire est valablement fondé sur la menace à l'ordre public, l'absence de garantie de représentation et l'inexécution d'une précédente mesure d'éloignement. S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, le moyen tiré de l'erreur de base légale manque en fait puisque la décision est prise sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, la précédente mesure d'éloignement ne pouvant être exécutée d'office puisqu'ayant plus d'un an. La durée de trois ans de la présente interdiction de retour ne vient pas prolonger la durée de la précédente interdiction de retour mais constitue une nouvelle décision autonome. S'agissant de la durée de trois ans, elle est proportionnée en raison des faits délictueux commis par le requérant, de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement et de l'absence d'attaches en France, l'existence d'une précédente interdiction de retour sur le territoire français ne constituant pas l'un des critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien né le 9 novembre 1993, déclare être entré en France au cours de l'année 2019. Par un arrêté du 20 novembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie a fait obligation de quitter le territoire français à M. B, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé du pays de destination et a prononcé à son interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, les décisions attaquées, en date du 20 novembre 2022, ont été signées par Mme D N'Tchandy, directrice du cabinet et sous-préfète de permanence à la date de l'arrêté attaqué, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du 23 août 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées visent les textes dont elles font application, notamment les stipulations et dispositions utiles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elles précisent également les motifs ayant conduit le préfet de la Haute-Savoie à faire obligation de quitter le territoire français à M. B sans délai de départ volontaire à destination du pays dont il a la nationalité ou tout pays où il établit être légalement admissible et à prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. Les décisions en litige comportent ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement, permettant ainsi au requérant d'en discuter utilement. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Savoie n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. B avant d'édicter les décisions en litige. Si le requérant fait état de ce que le préfet n'aurait pas pris en compte la circonstance que son oncle résiderait régulièrement en France où il ne serait dès lors pas dépourvu d'attaches, le préfet a cependant examiné les faits saillants de la situation familiale du requérant, en l'espèce le fait que son épouse réside en Turquie et qu'il n'a pas d'enfant, M. B n'ayant au demeurant pas fait état de la présence d'un oncle en France lors de son audition par les services de police, ainsi qu'en atteste le procès-verbal daté du 20 novembre 2022 et produit en défense. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () (). Pour faire obligation de quitter le territoire français à M. B, le préfet de la Haute-Savoie s'est fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 précité en relevant qu'il était entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations en 2019. Le requérant relevait ainsi des prévisions des dispositions précitées permettant à l'autorité administrative de prendre à son encontre une mesure d'éloignement.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. M. B fait état de la présence de son oncle en France dont il indique qu'il serait en situation régulière et vivrait dans la région parisienne. Toutefois, le requérant ne produit aucun justificatif pour établir la présence d'attaches familiales sur le territoire français, l'intéressé n'ayant au demeurant pas fait part de la présence de son oncle lors de son audition. Par ailleurs, si M. B a indiqué être marié à une compatriote, il est constant que cette dernière ne réside pas en France où le requérant ne peut dès lors être regardé comme disposant de liens particulièrement significatifs. Enfin, M. B a passé l'essentiel de son existence en Algérie où les membres de sa famille vivent et où aucun obstacle ne s'oppose à ce qu'il poursuive son existence. Dans ces conditions, en faisant obligation de quitter le territoire français à M. B, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision.". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

10. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. B, le préfet de la Haute-Savoie s'est fondé sur les dispositions citées au point précédent en relevant d'une part que le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public, l'intéressé étant défavorablement connu pour usage illicite de stupéfiants, violence avec usage ou menace d'une arme, vente à la sauvette, vol simple et vol avec violence. D'autre part, le préfet a estimé qu'il existe un risque de soustraction en l'absence d'entrée régulière en France, en raison de la soustraction à une précédente mesure d'éloignement édictée le 9 octobre 2021 et en raison de l'absence de garantie de représentation résultant de l'absence de document d'identité ou de voyage en cours de validité et de résidence permanente et effective en France et en raison du caractère irrégulier de son entrée sur le territoire français.

11. M. B conteste le motif tiré de l'absence de garantie de représentation en faisant état de ce qu'il vivrait chez des amis proches à Paris où il travaillerait et il soutient en outre que le préfet n'aurait pas pris en compte les circonstances exceptionnelles de sa situation. Toutefois, le requérant n'apporte aucune précision sur les éléments ayant trait à sa situation pouvant relever de circonstance particulière au sens des dispositions précitées permettant de considérer que le risque de soustraction à la présente mesure d'éloignement ne serait pas établi alors que l'intéressé ne peut justifier d'une entrée régulière en France, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré et qu'il n'apporte aucun justificatif permettant de démontrer qu'il disposerait de garanties de représentation au sens des dispositions de l'article L.612-3, 8° précité. Au demeurant, M. B ne conteste pas le motif tiré de ce qu'il constitue une menace à l'ordre public lequel peut, à lui seul, fonder la décision par laquelle le préfet a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire. Il résulte ainsi de ces éléments que le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code prévoit que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Enfin aux termes de l'article L. 612-11 de ce même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; / 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ". "

13. En premier lieu, M. B soutient que la décision en litige serait entachée d'une erreur de base légale en ce qu'elle aurait dû être fondée sur les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile dans la mesure où, ayant fait l'objet d'une précédente mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, édictée par le préfet de police de Paris le 31 août 2021, le préfet de la Haute-Savoie pouvait seulement prolonger cette interdiction de retour sur le territoire français et non édicter une nouvelle mesure. Toutefois, M. B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans délai de départ volontaire et il relève ainsi des prévisions de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant que l'autorité administrative assortit, sauf circonstances humanitaires, cette obligation de quitter le territoire français sans délai d'une interdiction de retour sur le territoire français dont la durée peut aller jusqu'à trois ans. Par suite, c'est à bon droit que le préfet de la Haute-Savoie s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour édicter la décision en litige. Le moyen tiré de l'erreur de base légale doit être écarté.

14. En deuxième lieu, il ressort de la lecture de la décision en litige que le préfet de la Haute-Savoie a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois et qu'il n'a pas entendu prolonger l'interdiction de retour précédente, prononcée le 31 août 2021. En effet, le préfet ne s'est pas fondé sur les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, et l'un des trois cas prévoyant la possibilité d'une prolongation d'interdiction de retour antérieure, mais il a édicté à l'encontre de M. B une nouvelle décision d'interdiction de retour sur le territoire français assortissant la mesure d'éloignement sans délai dont M. B a fait l'objet concomitamment. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle excèderait la durée maximale de cinq ans fixée par l'article L. 612-11 précité ne peut qu'être écarté.

15. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Savoie n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. Si le requérant soutient qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'aurait pas pris en compte la précédente interdiction de retour sur le territoire français, édictée par le préfet de police de Paris le 31 août 2021, l'existence d'une précédente interdiction de retour ne constitue pas l'un des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devant être pris en compte pour fixer la durée de l'interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier, ensemble la méconnaissance de l'article L. 612-10 précité, doit être écarté.

16. En quatrième lieu, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois à l'encontre de M. B, le préfet de la Haute-Savoie a relevé que sa présence représente une menace pour l'ordre public, qu'il n'est présent en France que depuis 2019 et qu'il ne justifie pas d'attaches familiales et personnelles en France. Si le requérant soutient que son comportement ne serait pas une menace pour l'ordre public dans la mesure où il n'aurait jamais fait l'objet d'une condamnation ou d'une incarcération, il ressort au contraire des pièces produites en défense que M. B a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris le 24 mai 2022 pour violence avec usage ou menace d'une arme suivi d'incapacité n'excédant pas huit jours et qu'il a été incarcéré au centre pénitentiaire de Paris La Santé et, en outre, l'intéressé est défavorablement connu des services de police pour d'autres faits. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet a pu considérer que le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public pour déterminer le quantum de la durée de l'interdiction en litige. Enfin, M. B ne démontre pas avoir noué de liens anciens et stables en France, en l'absence de toute pièce produite. Dans ces conditions, c'est sans faire une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a pu fixer la durée de l'interdiction de retour en litige à trente-six mois, cette durée ne présentant pas le caractère disproportionné invoqué, dans les circonstances de l'espèce.

17. En dernier lieu, dès lors que M. B ne démontre pas disposer d'attaches particulières en France où il se trouve en situation d'isolement et sans charge de famille, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2208581 de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Vray et au préfet de la Haute-Savoie.

Lu en audience publique le 23 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

N. E

La greffière,

G. Montezin

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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