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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208584

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208584

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208584
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Lantheaume, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard, et, dans l'hypothèse dans laquelle le préfet informerait le tribunal qu'il entend lui délivrer le titre de séjour sollicité, d'indiquer la date à laquelle ce titre sera effectivement mis en fabrication ainsi que sa durée de validité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est présumée quand, comme en l'espèce, la décision attaquée constitue une décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour ; en outre, la décision contestée a des conséquences particulièrement néfastes sur sa situation ; en effet, elle rencontre des difficultés pour obtenir le renouvellement de son récépissé et voit son droit au séjour régulièrement suspendu ; elle a ainsi été licenciée en août 2022 par l'entreprise pour laquelle elle travaillait depuis 2016 ; elle se trouve en situation précaire et rencontre d'importantes difficultés dans ses recherches d'emploi ; cette situation entraîne une anxiété, et ce d'autant qu'elle est mère d'un enfant d'un an ; la décision attaquée a également mis fin à son projet d'achat immobilier ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :

. le préfet ne lui a pas communiqué les motifs de cette décision dans le délai d'un mois suivant sa demande en ce sens, en violation de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

. la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;

. elle a également été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée le 21 novembre 2022 sous le n° 2208583, par laquelle Mme B demande au tribunal d'annuler la décision dont elle demande la suspension dans la présente requête.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Chenevey, président de la 2ème chambre, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " Le premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code précise que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. " En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction, ni audience, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. Mme B, ressortissant marocaine disposait d'une carte de séjour pluriannuelle, valable du 22 septembre 2017 au 21 septembre 2021. Elle demande au juge des référés du tribunal d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Mme B fait valoir qu'elle a présenté sa demande de titre de séjour en octobre 2021. Cette demande était dès lors postérieure à la durée de validité de la carte de séjour temporaire dont elle disposait, qui expirait le 21 septembre 2021, contrairement à ce qu'imposent les dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme B ne peut être regardée comme ayant demandé le renouvellement de son titre de séjour. Il en résulte que, conformément à ce qui a été dit au point 5, il lui appartient de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité du refus de titre de séjour litigieux.

5. A cet égard, Mme B fait valoir qu'elle rencontre des difficultés pour obtenir le renouvellement de son récépissé et voit son droit au séjour régulièrement suspendu, qu'elle a ainsi été licenciée en août 2022 par l'entreprise pour laquelle elle travaillait depuis 2016, en raison de l'absence de droit au séjour, qu'elle se trouve désormais en situation précaire et rencontre d'importantes difficultés dans ses recherches d'emploi, étant au mieux munie d'un récépissé d'une durée de validité de trois mois, que cette situation entraîne une anxiété importante, et ce d'autant qu'elle est mère d'un enfant d'un an, et enfin que la décision attaquée a également mis fin au projet d'achat immobilier qu'elle envisageait avec son époux.

6. Toutefois, la requérante s'est elle-même placée en situation difficile, notamment au regard de son employeur, en présentant une demande de titre de séjour après l'expiration de la durée de validité de la carte de séjour temporaire dont elle disposait. Par ailleurs, elle ne donne aucune précision et ne produit aucun élément de justification sur les difficultés alléguées qu'elle rencontrerait pour le renouvellement des récépissés qui lui ont été remis après le dépôt de sa demande de titre, que la préfecture du Rhône continue de lui délivrer après même le rejet implicite de cette demande. Elle ne donne pas davantage de précision sur la situation professionnelle de son époux, un compatriote disposant d'une carte de résident valable jusqu'en 2028, avec lequel elle a eu un enfant. Les avis d'impôt sur le revenu du couple qu'elle verse au dossier font toutefois apparaître que l'intéressé dispose de revenus réguliers. Enfin, la prétendue renonciation à un achat immobilier n'est étayée par aucun élément.

7. Dans ces conditions, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, que la requête de Mme B doit être rejetée selon la modalité prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris les conclusions à fin d'injonction et tendant au remboursement des frais non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Rhône.

Fait à Lyon le 24 novembre 2022.

Le juge des référés

J.-P. Chenevey

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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