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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208616

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208616

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208616
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantZOUNGRANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 novembre 2022 M. B A, représenté par Me Zoungrana, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir,

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation médicale en proposant une deuxième expertise médicale par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de statuer sur les frais irrépétibles.

M. A soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation et il appartiendra au préfet de produire l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'examen complémentaire par le collège de médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation de son état de santé et méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une ordonnance du 23 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Zoungrana, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 2 février 1994, est entré irrégulièrement en France en novembre 2016 pour y solliciter l'asile. L'intéressé s'est vu notifier, le 6 février 2017, un arrêté portant remise aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile, qui sera confirmé par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 20 mars 2017. S'étant soustrait à la procédure Dublin, la demande d'asile du requérant a été examinée en France et a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 26 juin 2019 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 23 octobre 2019. Par un arrêté du 23 octobre 2019, M. A a alors fait l'objet de décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Le 3 mai 2021, l'intéressé a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté en date du 28 juin 2022, le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et précise les motifs qui ont conduit le préfet du Rhône à refuser d'admettre M. A au séjour, en l'espèce le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) dont le préfet s'est approprié la teneur, estimant que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, un éventuel défaut de soins ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que M. A peut en outre voyager sans risque vers son pays d'origine. A cet égard, s'il est loisible au requérant de contester l'analyse médicale portée sur sa situation, cette divergence d'appréciation ne saurait établir l'insuffisance de motivation invoquée alors qu'au demeurant l'autorité administrative qui n'a pas connaissance de la pathologie du demandeur en raison du secret médical n'est pas tenue de motiver sa décision par d'autres éléments que l'avis médical rendu dans le cadre l'instruction de la demande de titre de séjour. S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant d'assortir une décision portant refus de séjour d'une mesure d'éloignement et précise que M. A ne justifie pas de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses en France. Ensuite, dès lors que le requérant s'est vu accorder un délai de trente jours pour quitter le territoire français, soit le délai de départ volontaire de droit commun, le préfet n'était pas tenu de motiver sa décision sur ce point. S'agissant de la décision fixant le pays de destination, elle vise les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que le requérant est de nationalité guinéenne et qu'il ne démontre pas être exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans vise les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que le requérant, qui ne justifie pas de circonstances humanitaires, a notamment fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 23 octobre 2019. Les décisions attaquées comportent ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et permettent à M. A d'en discuter utilement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Selon les termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. (). / Le collège peut demander au médecin qui suit habituellement le demandeur, au médecin praticien hospitalier ou au médecin qui a rédigé le rapport de lui communiquer, dans un délai de quinze jours, tout complément d'information. Le demandeur en est simultanément informé. Le collège de médecins peut entendre et, le cas échéant, examiner le demandeur et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. Il peut être assisté d'un interprète et d'un médecin. Lorsque l'étranger est mineur, il est accompagné de son représentant légal.

Le demandeur dispose d'un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de sa demande en préfecture pour transmettre à l'office et de l'intégration le certificat médical mentionné au premier alinéa. Lorsque la demande est fondée sur l'article L. 431-2, le certificat médical est transmis dans le délai mentionné à ce même article. ".

4. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade à M. A, le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis rendu le 29 juillet 2021, lequel est produit à la présente instance, par le collège de médecin de l'OFII estimant que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale, un éventuel défaut de soins ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'en outre, M. A peut voyager sans risques vers son pays d'origine, de telle sorte qu'il ne relève pas des prévisions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. D'une part, le requérant fait état de ce que l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII ne lui aurait pas été communiqué et qu'il n'aurait pas pu opportunément le contester. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'autorité administrative de joindre l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII à la décision se prononçant sur le droit au séjour, ni de communiquer cet avis au demandeur préalablement à l'édiction de cette décision Par suite, le moyen tel qu'articulé doit être écarté.

6. D'autre part, M. A soutient que l'avis du collège de médecins de l'OFII n'aurait été rendu que sur la base du dossier médical communiqué par son médecin traitant sans qu'aucun examen supplémentaire ne lui soit proposé alors que ce type d'examen aurait été nécessaire et que la procédure aurait en conséquence été viciée. Toutefois, si les dispositions citées au point 3 prévoient que le demandeur ayant sollicité un titre de séjour en raison de son état de santé peut être convoqué pour être examiné ou pour que des examens estimés nécessaires soient réalisés, il s'agit d'une simple faculté lorsque le collège de médecins estime nécessaire d'entendre l'intéressé et éventuellement de demander la réalisation d'examens complémentaires. Ainsi, le fait que le collège de médecins n'ait pas jugé opportun de convoquer M. A ou de faire procéder à des examens complémentaires ne sauraient constituer un vice de procédure. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que, conformément aux dispositions précitées, le collège de médecins de l'OFII s'est prononcé, non au regard du seul certificat médical renseigné par le médecin traitant de M. A, mais sur le fondement d'un rapport établi le 20 juillet 2021 par un médecin rapporteur de l'OFII, rapport transmis le lendemain au collège de médecins. En outre, il ressort également de l'avis précité du 29 juillet 2021 qu'avant que le médecin rapporteur précité n'établisse son rapport, M. A a été convoqué par ce médecin rapporteur pour examen complémentaire. Il résulte de ces éléments que le moyen tiré du vice de procédure, ensemble le vice de forme invoqué, ne peut qu'être écarté.

7. Enfin, la partie qui justifie d'un avis d'un collège de médecins du service médical de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi.

8. M. A fait état de ce qu'il est atteint d'une pathologie psychiatrique qui nécessiterait un suivi et un traitement régulier, qu'il souffre de céphalées de type migraines nécessitant un examen approfondi spécialisé et que lors d'un examen médical réalisé le 26 janvier 2022, il a été constaté qu'il était également atteint d'une tuberculose latente. Toutefois, si le requérant soutient qu'en l'absence de traitement, sa pathologie psychiatrique pourrait avoir des conséquences gravissimes et irréversibles sur son état de santé, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a consulté un psychiatre qu'à deux reprises et qu'il a interrompu la prise du médicament qui lui avait été prescrit et qu'il ne peut ainsi être regardé comme encourant des conséquences d'une exceptionnelle gravité dans l'hypothèse où cette prise en charge ne pourrait être assurée en Guinée, ce traitement ayant été interrompu et le requérant n'étant plus suivi en France pour cette pathologie. Par ailleurs, s'il ressort du certificat établi par le médecin généraliste de M. A, le 18 juin 2021, que son patient a consulté un neurologue, le 2 juin 2021, et qu'une IRM a été programmée le 28 juin 2021, aucun document médical n'est produit pour établir que cet examen d'imagerie aurait conduit à un diagnostic et à la mise en place d'un traitement particulier, le requérant se bornant à produire des ordonnances de 2022 portant sur la prescription de doliprane ou de paracétamol. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu diagnostiquer une " tuberculose latente, sans argument pour une tuberculose maladie ", selon les termes du certificat établi le 26 janvier 2022 par un médecin de l'hôpital de la Croix Rousse, et qu'un traitement spécifique a été mise en œuvre, il ressort d'un certificat du même médecin, daté du 20 avril 2022, que le traitement précité a pris fin et qu'il devrait éviter une évolution vers une tuberculose, le médecin précisant qu'il n'était pas prévu de revoir systématiquement le patient. Ainsi, les documents versés au débat, exempts de notion de gravité, ne viennent pas remettre en cause l'analyse du collège de médecins de l'OFII ayant estimé qu'un éventuel défaut de soins ne devrait pas être de nature à entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour M. A. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entacher sa décision d'erreur de fait que le préfet du Rhône a pu refuser de délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade à M. A et lui faire concomitamment obligation de quitter le territoire français dans la délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ou tout pays où il est légalement admissible en assortissant cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de M. A eu égard à son état de santé et à la nature des soins dont il justifie en France.

9. Il résulte de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

Le rapporteur,

N. C

La présidente,

A. Baux

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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